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Les eaux usées des bateaux suscitent des inquiétudes dans l'Arctique

Un gros bateau de croisière blanc vogue sur l'eau.
Les eaux grises des bateaux de croisière sont issues principalement des douches, des éviers et des appareils électroménagers installés à bord. Photo: iStock
Radio-Canada

Un récent rapport du Fonds mondial pour la nature (WWF-Canada) tire la sonnette d'alarme sur la quantité d'eaux usées qui sont rejetées par les bateaux de croisière dans l'Arctique, et qui menacent l'écosystème local. Un constat qui inquiète notamment chasseurs et pêcheurs dans ces régions.

Hans Lennie, chasseur traditionnel des Territoires du Nord-Ouest, raconte qu'il avait l'habitude d'accueillir les navires de croisière entrant dans la mer de Beaufort, dans l'Arctique canadien. Mais l'homme d'Inuvik a changé d'attitude, « maintenant qu'on a tous les faits [en main] », dit-il.

Ce chasseur siège au Conseil Inuvialuit de gestion du gibier. Certaines de ses préoccupations sont décrites dans un nouveau rapport sur les eaux usées non traitées rejetées par les navires qui traversent les habitats fauniques de la région.

L'étude, commandée par le Fonds mondial pour la nature du Canada, indique que la quantité d'« eaux grises » qui proviennent des éviers, des machines à laver, des baignoires, des douches ou des lave-vaisselle installés sur les bateaux de croisière pourrait doubler d'ici 2035 si les lois ne sont pas renforcées.

« C'est assez alarmant », lance Melissa Nacke de l'organisme de conservation de la faune.

« Ces zones de concentration chevauchent d'importantes zones d'habitats de diverses espèces et des secteurs culturels importants », ajoute-t-elle.

Des particules nocives

Le nombre de navires qui circulent dans les eaux nordiques devrait augmenter à mesure que les changements climatiques accélèrent la fonte des glaces. L'étude avance que le tourisme sera la plus grande source de déversement d'eaux grises dans le secteur d'ici 2035.

« Pensez à l'eau de la douche ou de la lessive : elle contient des détergents, des savons et des shampooings, souligne Melissa Nacke. Elle contient aussi des niveaux très élevés de nutriments et d'autres éléments comme de l'huile et de la graisse. Elle peut contenir des métaux, des particules alimentaires et des microplastiques. »

Selon Mme Nacke, ces matières peuvent notamment contaminer les mollusques et causer de grandes efflorescences d'algues, qui créent des zones mortes dans l'océan.

Le rapport souligne que cela pourrait avoir un impact sur la sécurité alimentaire dans les communautés du Nord, une conclusion qui ne fait qu'ajouter aux inquiétudes de Hans Lennie. Le chasseur craint les conséquences sur la vie marine, mais aussi sur l'ensemble de la chaîne alimentaire.

C'est extrêmement nocif. Ces bateaux et leurs eaux usées contiennent toutes les substances de nettoyage. Ce sont des produits très toxiques.

Hans Lennie
Une portion de la banquise de l'Arctique.Avec la fonte des glaces, de plus en plus de bateaux de croisière devraient circuler en Arctique. Photo : Radio-Canada/Découverte

Resserrement des règles

Tant le rapport que les intervenants locaux comme Hans Lennie soutiennent que des règles fédérales et internationales plus sévères sont nécessaires.

Une rencontre aurait eu lieu entre le Conseil Inuvialuit de gestion du gibier et le gouvernement du Canada. Les fonctionnaires de Transports Canada ont dit examiner le rapport.

En réaction par courriel, Transports Canada soutient que ses règlements encadrent plusieurs aspects de la navigation dans l'Arctique, mais aucune disposition ne concerne la gestion des eaux usées. Dans le sud du Canada, la réglementation exige que les bateaux de passagers construits après 2013 et transportant plus de 500 personnes utilisent un dispositif d'assainissement des eaux avant de les rejeter.

Le gouvernement des États-Unis et l'État de l'Alaska ont des règlements concernant les eaux grises des navires.

Pour Melissa Nacke, les normes élevées en Alaska soulignent d'autant plus le besoin d'une réglementation renforcée au Canada. « Les navires de croisière qui font le tour de l'Alaska peuvent littéralement utiliser le Canada comme dépotoir », fait-elle remarquer.

Avec les informations de La Presse canadienne

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