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Le héros de guerre et ancien candidat présidentiel John McCain n’est plus

Les explications de Raphaël Bouvier-Auclair, à Washington.
Radio-Canada

Le sénateur américain John McCain, candidat républicain battu par Barack Obama à la présidentielle de 2008, est mort samedi d'un cancer du cerveau pour lequel il venait de cesser les traitements médicaux.

Selon des informations transmises par sa famille, le politicien surnommé « Maverick » pour son franc-parler, élu six fois au Sénat, est mort vers 16 h 30, entouré de ses proches dans la demeure familiale.

Gravement malade à la suite des traitements visant à lutter contre un cancer particulièrement agressif, M. McCain ne siégeait plus depuis décembre dernier.

Ses funérailles seront célébrées à la cathédrale nationale de Washington.

Avant celles-ci, le cercueil du politicien sera présenté dans la rotonde du Capitole de Washington, un honneur partagé par d'autres Américains notables comme John F. Kennedy, Ronald Reagan, Rosa Parks. Selon le New York Times, sa dépouille passera aussi par le capitole de l'Arizona, État qu'il représentait au Sénat.

John McCain sera inhumé au cimetière de l'Académie navale d'Annapolis, institution où il a étudié pour devenir pilote militaire.

Les réactions n'ont pas tardé à la suite de l'annonce du décès du sénateur.

Mon coeur est brisé. Je suis si chanceuse d'avoir vécu l'aventure d'aimer cet homme incroyable pendant 38 ans. Il est mort comme il a vécu, selon sa propre vision, entouré des gens qu'il aimait, à l'endroit qu'il aimait le plus.

Cindy McCain, veuve de John McCain

Le président Donald Trump a écrit, sur Twitter, qu'il transmettait « ses plus sincères condoléances et son plus grand respect à la famille du sénateur John McCain ».

John McCain et la gouverneure de l'Alaska, Sarah Palin, devant le drapeau américain.John McCain et la gouverneure de l'Alaska, Sarah Palin, lors d'un rassemblement en Arizona, en mars 2010 Photo : Reuters / Joshua Lott

Son prédécesseur, Barack Obama, a pour sa part transmis un communiqué par sa fondation.

John McCain et moi-même appartenions à des générations différentes, provenions de milieux complètement différents, et nous nous sommes affrontés au plus haut niveau de la joute politique. Mais nous partagions [...] une fidélité envers quelque chose de noble, soit les idéaux pour lesquels des générations d'Américains et d'immigrants se sont battues.

Déclaration de l'ex-président Barack Obama

Le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a parlé d'un « géant de notre époque, non seulement pour ce qu'il a accompli, mais pour ce qu'il était et ce pour quoi il s'est battu toute sa vie. [...] John plaçait les principes avant la politique. Il plaçait les intérêts du pays avant les siens ».

De son côté, la leader de la minorité démocrate en Chambre, Nancy Pelosi, évoque « la perte d'un leader et un défenseur d'un patriotisme véritable, d'une bravoure sans bornes et d'une volonté sans limites ».

Pour elle, John McCain « s'est battu sans relâche pour s'assurer que notre nation demeure toujours une terre de justice, de liberté et d'espoir ».

L'ex-président Bill Clinton et sa femme Hillary ont eux aussi réagi : « Il était un politicien doué et dur en affaires, ainsi qu'un collègue auprès duquel Hillary a été honorée de servir au Sénat. Il mettait fréquemment la partisanerie de côté pour accomplir ce qu'il pensait être le mieux pour le pays, et n'avait jamais peur de casser le moule si c'était la bonne chose à faire. »

Réactions au nord de la frontière

Au Canada, le premier ministre Justin Trudeau a déclaré que « le sénateur John McCain était un patriote et un héros dont les sacrifices pour son pays et la vie qu'il a consacrée au service public ont été une source d'inspiration pour des millions de gens ».

« Les Canadiens se joignent aux Américains, ce soir, pour célébrer sa vie et pleurer son décès », a-t-il ajouté dans un message publié sur Twitter.

Son prédécesseur, Stephen Harper, s'est lui aussi tourné vers Twitter pour indiquer que « [son épouse] Laureen et moi sommes attristés d'apprendre la mort d'un grand héros américain, le sénateur John McCain. Sa vaillance n'est dépassée que par son engagement envers sa famille et son pays ».

John McCain et Cindy McCain apparaissent sous une pluie de confettis.John McCain et sa femme, Cindy McCain, en janvier 2000 Photo : The Associated Press / Stephan savoia

Preuves d'amour

Dans la journée de samedi, quelques heures avant le décès de M. McCain, sa famille disait être « renversée par les preuves d'amour et d'appui provenant de partout dans le monde ».

Le gouverneur républicain de l'Arizona, l'État que représentait M. McCain, nommera un remplaçant pour occuper les fonctions sénatoriales jusqu'au prochain scrutin pour ce siège, en marge de la présidentielle de 2020.

Le gagnant de cette élection terminerait le mandat du défunt sénateur, jusqu'en 2022.

En plus de trois décennies passées au Congrès, M. McCain s'est bâti une réputation d'homme agissant selon ses convictions, plutôt que de s'en tenir aux lignes de parti.

Cette preuve d'indépendance lui a attiré le respect, mais a aussi suscité l'ire de ses collègues républicains.

Plus récemment, il a vertement critiqué l'administration du président Donald Trump, alors même qu'il recevait des traitements médicaux en Arizona.

Dans ses mémoires publiés en mai dernier, le sénateur McCain a dénoncé la sympathie apparente du président américain pour Vladimir Poutine, le président russe.

Selon des membres de son entourage, le président ne sera pas invité à ses obsèques.

« C'est un homme qui essayait de rassembler les gens », a témoigné John Parisella, professeur invité du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal, en entrevue au Téléjournal, en évoquant les amitiés que le sénateur entretenait avec des politiciens des deux partis.

« C'était un beau modèle à suivre... C'était aussi un homme qui avait son franc-parler et avec qui il était parfois difficile de parvenir à un consensus, mais il faisait de la politique pour les bonnes raisons », a-t-il ajouté.

Un sénateur qui a toujours fait preuve d'indépendance

Le chercheur associé à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM, Rafael Jacob, estime qu'on doit retenir deux éléments de sa carrière politique : son indépendance et sa stature nationale dans l'univers politique américain.

« Au-delà d'avoir été sénateur de l'Arizona pendant un peu plus de 30 ans, il a été candidat présidentiel à deux reprises, en 2000 lors des primaires face à George W. Bush, et en 2008 face à Barack Obama », a-t-il expliqué au Téléjournal.

Quant à son indépendance, il a voté à plusieurs reprises contre d'importantes mesures sous des administrations républicaines, notamment des baisses d'impôts lorsque George W. Bush était président au début des années 2000.

Enfin, M. Jacob a ajouté que la population allait retenir le passé de héros de guerre de John McCain. « C'est un homme à qui on a offert de le libérer alors qu'il était torturé, et qui a refusé par solidarité envers ses confrères américains prisonniers », a indiqué le chercheur.

John McCain a des béquilles et serre la main du président américain de l'époque, Richard Nixon.John McCain serre la main de Richard Nixon, en mai 1973, après sa libération du camp de prisonniers de guerre dans lequel il était détenu au nord du Vietnam. Photo : The Associated Press / Harvey Georges

Tradition militaire

Fils et petit-fils d'amiraux 4 étoiles dans la marine américaine, John McCain suit leurs traces en s'inscrivant à l'Académie navale d'Annapolis, au Maryland, dont il ressort diplômé en 1958. Il est envoyé à Pensacola, en Floride, où il apprend à piloter des avions d'assaut. Il est par la suite engagé dans la guerre du Vietnam.

Le 26 octobre 1967, pendant qu'il participe à sa 23e mission dans l'espace aérien nord-vietnamien, son avion est abattu par un missile. Il est blessé, torturé et emprisonné pendant plus de cinq ans.

En 1977, il devient officier de liaison pour la marine auprès du Sénat américain, une fonction qui le mènera graduellement à sa carrière politique. Il quitte l'armée le 1er avril 1981, avec le grade de capitaine, et reçoit une rente d'invalidité en raison de ses blessures.

Son travail au sein de la marine américaine a été récompensé par plusieurs distinctions militaires.

En 1982, il brigue un siège à la Chambre des représentants. Il remporte une primaire républicaine chaudement contestée, défait le candidat démocrate et fait son entrée au Congrès. Il sera réélu en 1984.

En 1986, il brigue le siège de sénateur laissé vacant par le républicain Barry Goldwater et l'emporte par une confortable marge. Il devient membre de la commission sénatoriale sur les vétérans, avec laquelle il avait travaillé 10 ans plus tôt à titre d'officier de liaison de la marine.

Avec les informations de Associated Press, The New York Times, et Reuters

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