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Les propos de Maxime Bernier trouvent écho dans plusieurs régions du pays

Maxime Bernier, de profil, l'air sérieux, photographié du niveau des épaules jusqu'au haut de la tête.

Maxime Bernier lors de l'annonce de son départ du Parti conservateur.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Radio-Canada

Les positions de Maxime Bernier sur l'immigration, la diversité et les valeurs canadiennes semblent trouver des échos dans plusieurs régions du pays. Surtout dans de petits groupes très actifs sur les médias sociaux, mais aussi dans la population en général.

Un texte de Christian Noël

Charles Jiang veut devenir conseiller municipal à Markham, au nord-est de Toronto. Il fait du porte-à-porte dans le quartier numéro 2, un secteur résidentiel où il habite lui-même depuis presque 20 ans.

Sur ses dépliants électoraux, imprimés en anglais et en mandarin, on peut lire sa première promesse : il va se battre pour empêcher les immigrants clandestins de s'installer à Markham.

Un homme en veston donne un feuillet à une jeune femme dans l'entrée de sa maison.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Charles Jiang se présente comme conseiller municipal et souhaite lutter contre l'immigration.

Photo : Radio-Canada

Ces réfugiés entrent clandestinement au pays; on ne sait pas qui ils sont ni d'où ils viennent. S'ils s'installent dans notre belle ville de Markham, ça soulève des inquiétudes, les gens d'ici veulent un quartier sécuritaire.

Charles Jiang, candidat au conseil municipal de Markham

Charles Jiang prend bien soin de ne pas accuser directement les réfugiés d'être dangereux, mais il juxtapose à plusieurs reprises dans la même phrase les mots immigrants clandestins, sécurité et protection.

Un message à peine codé, qui trouve une audience. À Markham, Charles Jiang n'est pas le seul à penser de cette façon.

Plusieurs personnes brandissent des pancartes avec des slogans contre l'immigration en anglais et en mandarin sur un trottoir à Markham.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des habitants de Markham ont manifesté contre l'immigration plus tôt cet été.

Photo : YouTube

Plus tôt cet été, un groupe de résidents ont manifesté contre la venue de réfugiés à Markham. Sur les affiches on pouvait lire: « Non à l'immigration non autorisée »; « Profiteurs et parasites »; « Rentrez chez vous ». Des contre-manifestants sont venus rabrouer le groupe. Ça s'est terminé avec des coups de poing.

C'est un exemple local des tensions qui ont bouillonné partout au pays cet été. De Vancouver à Toronto, des groupes ont manifesté contre l'immigration et se sont butés à des contre-manifestants.

Au Québec, le groupe La Meute prévoit faire sentir sa présence dans les élections provinciales.

Certaines personnes s'en sont même prises directement au premier ministre Justin Trudeau.

Alors quand des politiciens comme Maxime Bernier déclarent : « Voulons-nous exploiter nos différences ethniques et religieuses pour acheter des votes comme le font les libéraux, ou insister sur ce qui nous unit et les valeurs qui garantissent la cohésion sociale? », ça réconforte de nombreux groupes, comme Immigration Watch Canada, basé à Vancouver.

Maxime Bernier comprend mieux qu'Andrew Scheer les véritables enjeux de l'immigration. Il y a beaucoup de Canadiens comme moi qui craignent que l'immigration n'entraîne une dilution de notre identité.

Dan Murray, fondateur d’Immigration Watch Canada

Une réelle mouvance?

En claquant la porte du parti conservateur, est-ce que Maxime Bernier essaie de surfer sur une vague déjà existante, ou essaie-t-il d'en créer une?

« Ce n'est pas un discours qu'on entend de façon latente au Canada à travers le pays », estime Geneviève Tellier, professeure en études politiques à l’Université d’Ottawa. « Il y a bien certains petits groupes qui peuvent être vocaux, surtout sur les médias sociaux, mais on n’a pas l'impression, si on regarde les sondages, que c'est une tendance généralisée. »

N’empêche, au Centre d’aide aux immigrants de Markham, la directrice Moy Wong-Tam s’inquiète d’une tendance qui semble se développer.

Une femme asiatique est debout dans un corridor à côté d'une étagère de dépliants. Elle porte des lunettes rondes, un cardigan et une chemise.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Moy Wong-Tam, directrice du Centre d’aide aux immigrants de Markham

Photo : Radio-Canada

Le centre vient en aide à environ 20 000 nouveaux arrivants par année. La manifestation anti-réfugiés de Markham en juillet a surpris la directrice.

« J’étais morte de honte », confie-t-elle. « Surtout quand on sait que les résidents de Markham sont issus à 80 % des communautés ethniques, et que la moitié sont nés à l’extérieur du pays. »

Moy Wong-Tam déplore la politisation du débat. Les questions d'identité et de valeurs canadiennes sont soulevées de façon codée selon elle, afin de générer une réaction viscérale.

La peur, la colère, la jalousie, ça vient toucher les gens directement dans leurs tripes. Alors quand on essaie de leur expliquer logiquement que c'est parfaitement légal de demander l'asile au Canada, peu importe la porte d’entrée, ça tombe dans l'oreille d'un sourd.

Moy Wong-Tam, directrice du Centre d’aide aux immigrants de Markham

Majorité silencieuse

Le candidat à l'élection municipale de Markham, Charles Jiang, est quant à lui convaincu qu'il parle pour une majorité silencieuse.

« Nous sommes tous des immigrants légaux, alors quand les non autorisés arrivent par la porte arrière et reçoivent du financement public, c'est complètement injuste. »

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