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  • Michel Tremblay et Les belles-sœurs : entre coup de théâtre et coup de poing

    Lecture publique de la pièce Les belles-soeurs le 4 mars 1968.  Cinq actrices lisent le texte donc Janine Sutto, Denise Proulx et Denise Filiatrault.
    La pièce de théâtre Les belles-soeurs célèbre ses 50 ans le 28 août 2018. Photo: Radio-Canada
    Radio-Canada

    Le 28 août 1968, un coup de poing frappe en plein plexus le public du Théâtre du Rideau vert. Quinze actrices jouent une pièce où elles expriment, dans la langue de la classe ouvrière canadienne-française, la profonde insatisfaction que leur donnent leurs vies. Une pièce crue jouée dans une langue méprisée qui soulève le débat, comme le montrent nos archives.


    Des anti-héroïnes brûlent les planches

    Ce soir-là, le Théâtre du Rideau vert s’éloigne de son répertoire habituel en présentant la pièce Les belles-soeurs. Ce ne sont pas des héroïnes de la mythologie romaine ou grecque ou encore des reines tragiques qui vont brûler les planches du théâtre situé rue Saint-Denis.

    Oh que non! Lorsque le rideau se lève, ce sont quinze femmes du milieu ouvrier de Montréal que l'on regarde occuper la scène. Des femmes ordinaires qui vont lentement révéler au public dans une langue populaire leurs vies pauvres et frustrantes.

    Aucun dramaturge n’avait osé donner la vedette à de tels personnages à cette époque au Québec. Quant au traitement du sujet, c’est un traitement de choc.

    La directrice du Rideau vert Yvette Brind’amour est anxieuse. Elle sait toute la controverse que la pièce Les belles-soeurs risque de créer.

    Elle a exprimé ce qu’elle ressentait ce jour-là à l’émission Femmes d’aujourd’hui du 19 septembre 1968 qu’anime Françoise Faucher. De cette émission, il nous reste la bande sonore.

    Femme d'aujourd'hui (audio), 19 septembre 1968

    J’avais un peu peur de présenter cette pièce-là qui n’est pas une pièce facile. […] C’est une pièce très bien faite, car elle est cruelle. Elle est exacte. C’est la peinture d’un milieu qui existe ici.

    Yvette Brind'amour

    La pièce Les belles-sœurs, par qui le scandale arrive, a été écrite par un jeune dramaturge qui s’appelle Michel Tremblay. Il a écrit cette pièce en 1965. Il n’a pu la faire représenter qu’en 1968. Dans cette aventure l’accompagne André Brassard, un jeune metteur en scène plein d’inventivité scénique.

    La pièce Les belles-sœurs a fait du bruit avant même d’être présentée au Théâtre du Rideau vert. Le 4 mars 1968, Michel Tremblay et André Brassard proposent une lecture publique de la pièce au bien nommé Théâtre des Appentis-Sorciers du Centre d’essai des auteurs dramatiques.

    On retrouve dans la distribution des actrices très connues comme Janine Sutto, Denise Filiatrault, Denise Proulx, Hélène Loiselle, qui ajoutent du prestige à la production.

    Le public qui y assiste à cette première lecture est soit ravi soit estomaqué d’entendre une pièce jouée en « joual ». On salue également la nouveauté de voir mises en vedettes des femmes, de surcroît de condition modeste, que jusque-là on marginalisait dans la dramaturgie québécoise.

    Le soir de la première représentation, Michel Tremblay et André Brassard accordent une entrevue à l’émission Aujourd’hui. André Brassard explique pourquoi il a monté la pièce de la façon dont il l’a fait.

    Aujourd'hui (audio), 28 août 1968

    J’ai pris les femmes et j’ai mis un miroir devant elles. Pis j’ai dit « c’est comme ça que vous êtes. Prenez-le ou prenez-le pas, mais c’est comme ça que vous êtes. » Je ne sais pas si elles vont le prendre, surtout au Rideau vert.

    André Brassard

    Yvette Brind’amour, Michel Tremblay et André Brassard se sont inquiétés pour rien et ont pu célébrer dans la joie l’anniversaire du metteur en scène qui arrive justement ce jour-là. La pièce Les belles-sœurs est un immense succès.

    À tel point que le Théâtre du Rideau vert reprend la pièce lors de sa saison 1969, en 1971 et en 1973. D’autres théâtres québécois prennent le relais les années suivantes.

    Aujourd’hui, la pièce a été jouée en anglais, en portugais, en allemand en yiddish et dans plusieurs autres langues. C’est une des pièces centrales de la dramaturgie québécoise.

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