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Maxime Bernier a-t-il des chances de gagner son pari?

Maxime Bernier et Andrew Scheer

Maxime Bernier et Andrew Scheer

Photo : La Presse canadienne

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Quinze ans après la réunification de la droite au Canada, le député Maxime Bernier a claqué la porte du Parti conservateur dans le but de former un parti plus fidèle au conservatisme. Saura-t-il trouver des militants, puis des électeurs prêts à le suivre? Le politologue Frédéric Boily, de l'Université de l'Alberta, analyse la situation.

Propos recueillis par Sophie-Hélène Lebeuf

Dans quelle mesure cette chicane entre Maxime Bernier et les conservateurs fera-t-elle mal à la formation?

Ça peut faire mal aux conservateurs, mais il reste encore à voir à quel point. C’est clair que les conservateurs auraient beaucoup mieux aimé commencer leur congrès en montrant un visage d’unité. Ce n’est pas une bonne chose à court terme. Ce qui est encore indéterminé, c’est la force des appuis derrière Maxime Bernier. Pour le moment, il semble passablement isolé – sinon complètement isolé – à l’intérieur du Parti conservateur. Si jamais d’autres conservateurs partaient avec lui, si d’autres conservateurs se mettaient à critiquer ouvertement le leadership d’Andrew Scheer, ce serait différent. Là, ça pourrait l’aider dans sa tentative de créer un nouveau parti, et ça pourrait diviser très fortement et affaiblir le Parti conservateur et favoriser le Parti libéral.

Est-ce que ça favorisera nécessairement Justin Trudeau, comme l’a d'ailleurs notamment évoqué Andrew Scheer?

Dans un premier temps, ça aide Justin Trudeau. Ça aide d’abord à mobiliser les libéraux eux-mêmes. Ils peuvent dire : « Regardez, les conservateurs nous disent qu’ils ont changé, mais ils sont encore dans les vieilles mêmes questions qu’auparavant. » En plus, si effectivement, Maxime Bernier réussit à mobiliser une certaine base et avoir une équipe de candidats appréciables et que ça divise le mouvement conservateur, ça l’aidera. D’un autre côté, il peut y avoir aussi des effets positifs pour le Parti conservateur. Ça lui permet de faire l’unité et ça peut enlever cette carte aux libéraux , où on critiquait Andrew Scheer comme étant à la tête d’une formation politique qui n’avait pas changé, qui était la vieille formation politique de Stephen Harper, la preuve étant Maxime Bernier avec ses idées.

Lors de la course à la direction, Andrew Scheer a coiffé de peu Maxime Bernier. Dans quelle mesure Maxime Bernier pourra-t-il rallier les militants qui l’avaient appuyé?

C’est vrai qu’il a fini très près d’Andrew Scheer, mais il surestime peut-être ses appuis. Certains militants se sont probablement ralliés maintenant à Andrew Scheer. Jusqu’à ce que Maxime Bernier réagisse de manière un peu intempestive, la semaine dernière, on n’avait pas l’impression que le Parti conservateur était divisé, du moins publiquement. La plupart des députés semblent appuyer Andrew Scheer.

Maxime Bernier a accusé le Parti conservateur d’avoir pratiquement « abandonné ses principes conservateurs fondamentaux ». Les conservateurs sont-ils vraiment moins à droite sous Andrew Scheer que sous Stephen Harper?

Le congrès qui s’amorce est justement un moment pour voir où se situe exactement le Parti conservateur sur un ensemble de questions. Au plan du discours, de l’image, il est vrai qu’Andrew Scheer essaie de montrer un conservatisme plus modéré, un Parti conservateur différent de celui de Stephen Harper, plus souriant, plus positif. Au-delà du discours, c’est un petit peu plus difficile de voir où le parti se situe exactement. Mais, d’une certaine façon, Maxime Bernier a raison. Il est clair qu’Andrew Scheer ne veut pas montrer un Parti conservateur qui est trop à droite parce que c’est précisément ce qui a nui aux conservateurs à l’élection de 2015, notamment au Québec.

Son discours sur des enjeux comme la diversité, la gestion de l’offre et la renégociation de l’ALENA peut-il résonner au sein de la population?

La voie libertarienne peut résonner chez certains conservateurs ou chez des électeurs qui pensent que le gouvernement en fait parfois trop en matière de gestion économique.

Sa critique du « multiculturalisme extrême  », pendant la dernière semaine, m’a surpris parce qu’habituellement, on associait Maxime Bernier à la droite économique, à l’aile libertarienne, pas aux questions identitaires. Certains sondages montrent qu’il y a une certaine inquiétude d’un segment assez important de la population face à l’immigration, mais ce n’est pas certain que ça se traduise dans les urnes. Lors de la course à la direction du Parti conservateur, la droite identitaire n’avait pas beaucoup d’attrait. La candidate Kelly Leich s’en est aperçue.

Maxime Bernier a déclaré qu'il comptait créer un nouveau parti fondé sur les valeurs conservatrices. Quelles sont ses chances de pouvoir compter sur une base électorale solide?

Pour le moment, je dirais que ses chances ne sont pas très grandes. C’est difficile de fonder un parti politique. Au sein de l’ensemble de l’électorat canadien, il y a certainement des opinions qui vont dans cette direction, mais de là à les coaguler à l’intérieur d’un parti politique, ça reste une entreprise beaucoup plus difficile à faire. Même si les questions identitaires sont beaucoup discutées, notamment au Québec, les partis fédéraux, présentement, ne se positionnent pas en fonction de ces questions-là. Est-ce que quelque chose va se développer de manière grandissante pour que ça devienne un enjeu électoral pour l’élection fédérale de 2019? On ne peut pas l’écarter totalement, mais je ne miserais pas là-dessus.

Géographiquement, où Maxime Bernier pourrait-il obtenir le plus d'appuis?

Pendant la course à la direction, ses idées libertariennes touchaient une corde un peu plus sensible à l’extérieur du Québec, dans certaines provinces comme l'Alberta. Dans son opposition à la gestion de l’offre, Maxime Bernier allait à contre-courant pas tant de l’opinion des conservateurs canadiens-anglais que des conservateurs du Québec.

Le pourcentage de l’électorat qu’il peut séduire dans l’ouest ou en Ontario me semble trop faible pour s’imposer. C’est pour ça que pour le moment, je ne lui apporterais pas d’énormes chances. Ce qui peut arriver c’est qu’il réussisse à grappiller assez de pourcentages de voix pour nuire au Parti conservateur, mais de là à le remplacer ou à le dépasser, je ne pense pas qu’on soit dans un scénario à l’américaine où un météorite arrive de l’extérieur comme Donald Trump.

L’entrevue a été éditée par souci de concision et de clarté.

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