•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Maxime Bernier veut fonder un nouveau parti

Les explications de Philippe-Vincent Foisy

Le député Maxime Bernier a officialisé, jeudi, ce qui planait dans l'air depuis 10 jours : il quitte le Parti conservateur, qui « a abandonné ses principes de base ». Il a annoncé du même souffle qu'il mettra sur pied un « véritable parti conservateur » dans un proche avenir.

Un texte de Julien McEvoy

Maxime Bernier a choisi de faire cette annonce au moment où ses ex-collègues sont réunis à Halifax pour le congrès du Parti conservateur du Canada (PCC).

« Je suis en politique pour défendre des idées, de vraies idées conservatrices, a-t-il déclaré. Toutefois, la position de mon parti sur plusieurs questions m’a convaincu que sous son leadership actuel, il a pratiquement abandonné ses principes conservateurs fondamentaux. »

Depuis Halifax, le chef du PCC, Andrew Scheer, qui a gagné contre M. Bernier par une faible majorité de voix au 13e tour de scrutin de la campagne à la chefferie de mai 2017, a rapidement réagi en lisant une courte déclaration devant les caméras. En substance, M. Scheer avance que son ex-député est un mauvais perdant.

« Maxime a eu toutes les possibilités raisonnables d’être un membre utile et coopératif de l’équipe conservatrice, a-t-il dit. Cependant, depuis qu’il a perdu la course à la chefferie, Maxime ne cesse de démontrer qu’il cherche plus à faire valoir son image personnelle qu’à défendre les principes conservateurs. »

Pour sa part, Maxime Bernier est d'avis que le parti dirigé par M. Scheer est « trop corrompu, intellectuellement et moralement, pour être réformé ».

« Aujourd'hui, Maxime a fait un choix, a rétorqué Andrew Scheer devant les journalistes, à Halifax. Il a décidé d'aider Justin Trudeau. »

Le député de Beauce se dit en désaccord avec les positions du PCC notamment dans les dossiers de la gestion de l’offre, de la renégociation de l’ALENA, de l’immigration et de la péréquation.

« Je n’arrive toujours pas à comprendre comment un parti censé défendre le libre marché appuie un petit cartel qui fait augmenter artificiellement le prix du lait, du poulet et des œufs pour des millions de consommateurs canadiens », a-t-il répété, jeudi, à propos de la gestion de l'offre.

Il a poursuivi en liant cet enjeu à celui de la renégociation de l'ALENA avec l'administration Trump. « La gestion de l’offre est devenue l’un des principaux obstacles à un accord avec les États-Unis sur l’ALENA », a-t-il soutenu.

Plutôt que de se comporter comme un conservateur [...], Andrew Scheer a adopté la même position que les libéraux de Trudeau.

Maxime Bernier, au sujet de la renégociation de l'ALENA

Quelques minutes après la réaction de M. Scheer, c'était au tour d'Alain Rayes, lieutenant politique pour le Québec du PCC, de commenter la nouvelle. « Ce n’est pas que Maxime n’avait pas la place [au sein du parti] pour partager ses idées, c’est qu’il ne la prenait tout simplement pas, a-t-il dit sur les ondes d'ICI RDI. Il voulait faire à sa façon. »

À plusieurs reprises lors de son discours, M. Bernier a comparé les conservateurs d'Andrew Scheer aux libéraux de Justin Trudeau. « Toute la stratégie du parti repose sur la politique identitaire, le racolage de divers groupes d’intérêt et l’achat de votes avec des promesses, exactement comme le font les libéraux », a-t-il notamment déclaré.

À noter que le conseiller principal de Maxime Bernier, Martin Masse, a remis mercredi sa démission à l’Institut économique de Montréal (IEDM), où il travaillait à temps partiel. Un porte-parole de l’organisation, Daniel Dufort, souligne que l’IEDM est « non partisan » et a accepté sa démission, sans donner plus de détails, sinon que M. Masse travaillait depuis un moment pour M. Bernier.

« Le plan est de fonder un nouveau parti qui ferait la promotion des valeurs conservatrices, qui se battrait pour les Canadiens qui veulent de vrais changements dans ce pays, a spécifié M. Bernier, jeudi. Je vais tenir des discussions avec des gens de partout au pays au cours des deux prochaines semaines et l'objectif est d'avoir un nouveau parti qui les représenterait. »

Sur son site Internet, le député de Beauce invite désormais les gens à s'inscrire au Club Mad Max, qui existe depuis le 1er novembre 2017. « Grâce au Club Mad Max, je continuerai à défendre les politiques qui rendront le Canada plus libre et plus prospère », peut-on lire.

Le début de la fin

La bisbille entre Maxime Bernier et son parti a débuté le 12 juin, quand Andrew Scheer a exclu le Beauceron de son cabinet fantôme. La raison : M. Bernier avance qu'Andrew Scheer a recruté de « faux conservateurs » afin de remporter la course à la direction du parti, en mai 2017.

L’été s’est ensuite déroulé rondement avant que Maxime Bernier ne parte en « cabale » contre son parti, dixit Alain Rayes.

Cette « cabale » est en fait une série de tweets publiés le 15 août par M. Bernier, où il fait part de ses positions sur l’immigration et le multiculturalisme.

« Je déclare officiellement la mort de la rectitude politique au Canada », a-t-il notamment tweeté.

Qui est Maxime Bernier?

Titulaire d’un baccalauréat en commerce de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et diplômé en droit de l’Université d’Ottawa, Maxime Bernier est membre du Barreau du Québec depuis 1990.

Aujourd'hui âgé de 55 ans, il a démarré sa carrière professionnelle au sein de différentes institutions financières, dont la Banque Nationale et la Commission des valeurs mobilières du Québec, avant de se joindre à l’IEDM en tant que vice-président en 2005.

Dès l’année suivante, il se lance en politique aux côtés de Stephen Harper, qui l’inclut dans son premier cabinet en tant que ministre de l’Industrie. Il passe ensuite aux commandes des Affaires étrangères, mais ce mandat sera de courte durée, en raison d’une controverse impliquant sa petite amie.

Son père, Gilles Bernier, a été député conservateur au fédéral de 1984 à 1997 et ambassadeur du Canada en Haïti de 1997 à 2001.

Politique fédérale

Politique