•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les partis aux aguets contre les fausses nouvelles

Jouet en forme de Pinocchio, le pantin dont le nez allongeait chaque fois qu'il mentait.
Pour la campagne de 2018, les partis politiques doivent porter une plus grande attention aux fausses nouvelles en ligne. Photo: iStock
Radio-Canada

La multiplication des fausses informations dans l'espace public, véhiculées notamment par des médias aux intentions parfois troubles, force les partis politiques à développer des mécanismes de défense efficaces.

Un texte de Hugo Prévost

« Avec l’avènement des réseaux sociaux et du web, n’importe qui peut décider de se concocter un média… On lit vite, on lit [uniquement] les titres, les gens partagent des fois des contenus sans vérifier nécessairement; cela fait de plus en plus partie du paysage médiatique et politique, et ce, pour tous les partis », constate Antonine Yacarini, directrice des communications au Parti québécois (PQ).

À la Coalition avenir Québec (CAQ), l’attaché de presse Ewan Sauves reconnaît qu'il s'agit là d'un « phénomène qui a pris de l’ampleur importante au cours des derniers mois, si bien qu’il nécessite un engagement clair de toutes les formations politiques ».

M. Sauves va même jusqu'à décrire le phénomène des fausses nouvelles comme un « fléau ».

Même son de cloche chez Québec solidaire (QS), où la présidente Nika Deslauriers explique que c'est en voyant la masse des fausses informations véhiculées lors de l'attentat contre la mosquée de Québec, concernant un deuxième tireur, que le parti a décidé de prendre le taureau par les cornes.

Au Parti libéral du Québec (PLQ), la responsable des communications pour la campagne électorale, Catherine Maurice, indique enfin prendre « très au sérieux l’exactitude des faits ».

Au final, tous les partis s’entendent sur la nécessité de poser des gestes pour éviter les débordements et les méthodes employées pour ce faire sont similaires, à quelques exceptions près.

Un ennemi redoutable

Au PQ, la vérification est le mot d’ordre lorsque le parti reçoit une demande d'entrevue de la part d'un média moins connu, même si certains parviennent à se faufiler à travers les mailles du filet. « Nous ne sommes pas toujours infaillibles; cela découle toujours d’une bonne intention, puisque nous essayons de répondre aux questions de tout le monde », indique Mme Yacarini.

La formation de Jean-François Lisée s’appuie surtout sur une liste de « vrais médias », jugés crédibles, pour communiquer son message politique.

La mise à jour de cette liste nécessite « une veille constante » pour départager le bon grain de l’ivraie, surtout lorsqu’il est question des nouveaux médias numériques qui se situent parfois dans une zone grise entre les médias jugés « objectifs » et ceux portés par des groupes ayant des intentions politiques.

Du côté de Québec solidaire, Mme Deslauriers dit douter de l’existence de stratégies vraiment efficaces contre les fausses nouvelles, un phénomène « assez complexe » pouvant aller jusqu’à la « manipulation de photos politiques ».

Elle précise cependant que les candidats sont sensibilisés à ne pas partager de fausses nouvelles et que l’équipe responsable des réseaux sociaux, qui sera « plus présente durant la campagne », effectue une veille constante et intervient rapidement en cas de besoin.

Québec solidaire dispose en outre d'une liste de médias « qui publient de façon régulière des fausses nouvelles et des articles montés de toute pièce », et qui font la promotion de « valeurs différentes que celles défendues par Québec solidaire ».

Le parti se fie donc, là aussi, aux médias traditionnels, « où les journalistes sont soumis à un code déontologique ».

Selon Nika Deslauriers, il existe, en matière de fausses nouvelles, « une responsabilité partagée » entre les médias traditionnels et la formation de gauche.

Elle déplore d’ailleurs que les conditions de travail des journalistes « ne se soient pas améliorées », les travailleurs de l’information « n’ayant pas toujours suffisamment de moyens pour faire leur travail ».

« Nous croyons au travail journalistique sérieux et avons confiance que les Québécois et Québécoises auront accès à des reportages rigoureux de la part des principaux médias d’information », estime pour sa part Catherine Maurice, au PLQ, avant de préciser que la formation dirigée par Philippe Couillard « reste attentive à ce qui se fait sur le web ».

Élections Québec sur le qui-vive

Il n’y a pas que les partis qui s’inquiètent de l’impact des fausses nouvelles : Élections Québec assurera une « vigie » dans le cadre d’un plan de vérification sur deux ans.

Élections Québec cherchera ainsi à s’assurer qu’aucune information n'est employée pour mettre en danger l’intégrité du processus électoral, mais également que des partis ou des individus ne tentent pas de circonvenir à la loi encadrant les dépenses électorales.

Au début du mois, la porte-parole Julie St-Arnaud concédait cependant que les moyens de l’agence gouvernementale étaient limités et qu'Élections Québec « ne peut pas tout voir de façon exhaustive, comme sur les médias sociaux ».

Selon elle, ce genre de choses « se régulent un peu d’elles-mêmes », et les partis, tout comme les citoyens, se montreront vigilants en la matière.

Élections Québec n’est pas seul à agir dans ce domaine.

Au Nouveau-Brunswick, qui vient aussi d'entrer en campagne électorale, Élections Nouveau-Brunswick a lancé une campagne pour justement débusquer les fausses nouvelles dans les médias sociaux.

Pour ce faire, cinq publicités – deux en français et trois en anglais – seront diffusées à la télévision et sur certains réseaux sociaux.

« Prenez le temps de considérer avec un esprit critique ce que vous voyez dans les médias sociaux avant de partager [l’information] », recommande ainsi Kim Poffenroth, directrice générale des élections de la province.

La voie légale pourrait être risquée

Si les partis et Élections Québec se disent prêts à réagir aux fausses nouvelles, s’attaquer aux sources mêmes du problème pourrait s’avérer extrêmement difficile, estime un expert.

Selon Craig Silverman, éditeur des médias chez BuzzFeed et spécialiste des fausses nouvelles, il est possible de s’appuyer sur l’exemple du bannissement du conspirationniste Alex Jones, déclaré persona non grata sur Facebook, YouTube et Spotify, pour saisir la complexité de la lutte à venir.

M. Jones, à la tête du média Infowars, a ainsi été banni de plusieurs réseaux sociaux – et suspendu par Twitter – pour violation des normes de conduite en lien avec la diffusion de propos haineux, et non pour diffusion de fausses nouvelles.

« Facebook et les autres plateformes ont déjà indiqué qu’elles craignaient de devenir les arbitres de la liberté d’expression », souligne M. Silverman, ce qui explique à ses yeux qu'elles aient ainsi cherché « à ne pas prendre de décision controversée ».

Il semble d’ailleurs exister une zone grise concernant la diffusion de fausses nouvelles sur les plateformes numériques, certains des médias producteurs de faux contenus se targuant d’être satiriques.

« Les réseaux sociaux ne veulent pas non plus devoir décider de ce qui est de la satire et ce qui ne l’est pas », fait-il valoir.

« Vous voyez des gens qui produisent des fausses nouvelles trouver des méthodes pour réduire les risques d’être bannis ou expulsés des plateformes », constate M. Silverman.

Le hic, estime le spécialiste, est que les réseaux sociaux assument bien souvent le rôle de place publique dans de nombreux pays, y supplantant les médias traditionnels.

Autant cela peut être avantageux pour eux sur le plan commercial, autant cela leur impute des responsabilités en lien avec la liberté d’expression.

Craig Silverman, éditeur des médias chez BuzzFeed

Facebook y occupe d'ailleurs un rôle de premier plan, la compagnie ayant des « impacts encore jamais vus dans l’histoire de l’humanité, y compris en matière de discussions et d’échanges publics ».

Faut-il aller jusqu’à imposer un cadre juridique pour combattre les fausses nouvelles? M. Silverman met en garde contre le zèle des politiciens en la matière.

« Tout comme les géants du web craignent [les fausses nouvelles], je pense que nous devons faire attention avant de réclamer de nouvelles lois ou la possibilité de fermer des sites Internet, parce que nous ne savons pas de quelle façon ces lois pourraient être utilisées », dit-il.

La solution se trouverait plutôt du côté de l’aide aux médias qui pratiquent un journalisme visant l'objectivité. Et à long terme, estime-t-il, la solution se trouve dans l'éducation de la population à l’importance d’une presse forte.

Politique provinciale

Politique