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Une femme préhistorique aurait eu des parents de deux espèces différentes

Illustration artistique d'un individu d'une espèce Homo éteinte rappelant les Dénisoviens.

Photo : Institut Max Planck

Associated Press

Des scientifiques affirment avoir trouvé les restes d'une femme préhistorique dont la mère était néandertalienne et dont le père appartenait à un autre groupe éteint d'humains connus sous le nom de Dénisoviens.

Selon une étude publiée mercredi dans la revue Nature, avec ce fragment d'os vieux de 90 000 ans trouvé en Sibérie méridionale, c'est la première fois qu'une progéniture directe de ces deux groupes est découverte.

Les deux espèces ont disparu il y a environ 40 000 ans. Les Néandertaliens vivaient en Europe et en Asie, alors que des fossiles de Dénisoviens n'ont été identifiés que dans la grotte où le fragment a été trouvé.

Des études génétiques antérieures avaient déjà montré un croisement entre les deux espèces, ainsi qu'avec notre propre espèce, l'Homo sapiens, ce qui a laissé une trace dans l'ADN des humains d'aujourd'hui. Mais la nouvelle étude est la première à identifier un enfant de première génération né de parents néandertalien et dénisovien.

« Il est fascinant de trouver des preuves directes de ce mélange », affirme Svante Paabo, l'un des auteurs principaux de l'étude.

M. Paabo explique avoir été surpris par la découverte, étant donné que peu de vestiges de ces anciens cousins ont été trouvés dans le monde.

La grotte où l'os a été trouvé, située près de la Mongolie, contient des restes attribués aux Néandertaliens et aux Dénisoviens. Mais trouver un descendant direct de ces deux espèces semblait être un coup de chance rare, souligne M. Paabo.

Le fait que nous soyons tombés par hasard sur ce sujet nous pousse à nous demander si le mélange n'était pas très fréquent.

Svante Paabo, l'un des auteurs principaux de l'étude.

M. Paabo est un généticien de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig, en Allemagne.

Différentes interprétations possibles

La découverte ne révèle pas à quelle fréquence un tel accouplement se produisait ni à quel endroit, souligne Ron Pinhasi, un anthropologue physique de l'Université de Vienne qui n'a pas participé à l'étude.

« Si cela s'était produit fréquemment, nous n'aurions pas une telle divergence entre les génomes dénisoviens et néandertaliens », explique-t-il.

L'ADN nouvellement découvert pourrait être interprété de différentes manières, indique Anders Eriksson, un généticien évolutionniste du King's College de Londres, qui n'était pas impliqué dans l'étude.

« Je pense qu'ils ont montré de manière convaincante que cet individu tombe génétiquement à mi-chemin entre les fossiles de Néandertal et de Dénisovien trouvés dans la même caverne, explique-t-il. Mais je suis moins convaincu que c'est nécessairement la première génération d'une union entre Néandertaliens et Dénisoviens. »

Le fossile aurait pu provenir d'une population d'ascendance à peu près égale entre Néandertaliens et Dénisoviens, nuance-t-il. Il faudra analyser d'autres fossiles pour le déterminer, souligne le généticien.

Les chercheurs ont indiqué que le petit fragment d'os provenait probablement du bras ou de la jambe d'une femme âgée d'au moins 13  ans au moment de sa mort. La comparaison avec d'autres échantillons d'ADN anciens a montré que les gènes hérités de sa mère étaient plus étroitement liés aux Néandertaliens qui ont vécu plus tard en Europe que les autres restes de Néandertaliens trouvés dans la grotte, suggérant une vague de migration vers l'ouest.

Avec des restes découverts précédemment d'un Homo sapiens qui a eu un ancêtre néandertalien quatre ou six générations plus tôt, M. Paabo estime que la plus récente découverte corrobore la théorie selon laquelle les anciennes lignées aujourd'hui disparues pourraient avoir été absorbées par les humains modernes, plutôt qu'effacées par des conflits comme on le croit généralement.

Anthropologie

Science