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Malgré l'afflux de touristes, Saint-Boniface se cherche encore

Radio-Canada

Winnipeg est de plus en plus une destination touristique, et les visiteurs qui, auparavant, ne faisaient que passer dans la capitale manitobaine ont tendance à s'y arrêter. Parmi ces touristes, on note de plus en plus de francophones. Face à cet intérêt grandissant, comment met-on en valeur le côté francophone de la ville et, surtout, comment le vend-on?

Un texte de Pierre Verrière

Debout sur le parvis de la cathédrale de Saint-Boniface, John Zesbough contemple les cloches qui sonnent midi à l'unisson. Ce résident du Minnesota explique que sa femme et lui viennent régulièrement dans la capitale manitobaine. Pour eux, la visite de ce bâtiment emblématique de l'héritage canadien-français de Winnipeg est un arrêt obligatoire.

« Lorsque nous venons, nous traversons toujours le pont pour nous rendre à Saint-Boniface, pour nous sentir dans une culture différente », explique John Zesbough.

Pourtant, il avoue qu'il reste un peu sur sa faim après sa visite du quartier.

Un homme porte des lunettes de soleil et un polo bleu marine.John Zesbough, réside au Minnesota mais vient régulièrement Winnipeg et aime particulière visiter Saint-Boniface. Photo : Radio-Canada / Bert Savard

« C'est quelque chose d'unique, la culture canadienne-française, la langue, mais nous aimerions connaître une véritable expérience canadienne-française quand nous traversons la rivière. C'est encore trop discret », estime-t-il.

Les professionnels du tourisme reconnaissent que, jusqu'ici, ce cachet francophone n'a pas été suffisamment développé.

D'autres quartiers l'ont mieux fait. Comme Corydon qui, avec ses cafés, ses restaurants et ses terrasses, s'est positionné comme la Petite Italie de Winnipeg.

« Le concept parle tout de suite au gens, ils savent tout de suite ce qu'ils vont y trouver », résume Craig Kitching, entrepreneur et président de l'organisme Corydon Avenue Biz.

Aujourd'hui, même si l'influence italienne du quartier n'est plus aussi marquée, l'image fait encore recette.

Un panneau sur lequel on peut lire le nom de l'avenue Corydon à Winnipeg. Les couleurs du drapeau italien se retrouvent sur les panneaux indiquant l'avenue Corydon, la «Petite Italie» de Winnipeg. Photo : Radio-Canada

Du côté des francophones, on ressent aussi le besoin de se démarquer. Le 19 avril dernier, Voyage Manitoba et Entreprises Riel dévoilaient ensemble la nouvelle image de marque de Saint-Boniface intitulée Passion et histoire.

« On remarque, d'après nos statistiques, qu'il y a un grand intérêt pour le produit touristique francophone. Les Québécois en particulier sont intéressés. Les touristes en véhicule récréatif faisaient le tour de Winnipeg pour se rendre aux Rocheuses. Maintenant, ils arrêtent à Winnipeg », constate Norman Gousseau, le directeur général d'Entreprises Riel.

Un homme porte une barbichette, des lunettes et une chemise blanche.Norman Gousseau est le directeur général d'Entreprise Riel. Photo : Radio-Canada

Jusqu'à très récemment, que ce soit Voyage Manitoba ou Tourisme Winnipeg, on ne faisait pas d'effort pour faire la promotion des produits francophones. Aujourd'hui, je pense que c'est un nouveau chapitre dans l'histoire du tourisme, et on voit les avantages et on investit davantage.

Norman Gousseau, directeur général d'Entreprises Riel

Dernier exemple en date : un film réalisé par les productions Rivard et financé en partie par Voyage Manitoba est projeté pour les visiteurs dans les locaux de Tourisme Riel, trois fois par jour, en français et en anglais.

Le documentaire intitulé Au coeur de la francophonie manitobaine brosse l'héritage franco-canadien de la province en 40 minutes.

De son côté, Tourisme Winnipeg dit également miser sur l'histoire franco-canadienne lorsqu'il s'agit de vendre la ville aux touristes et s'est doté de plusieurs outils de communication en français.

Sur son site web, il met ainsi l'accent sur les incontournables du circuit francotouristique manitobain.

Capture d'écran du site Internet de Tourisme Winnipeg.Sur son site Internet Tourisme Winnipeg vente les mérites de Saint-Boniface, vendu comme le «Quartier Français» de Winnipeg. Photo : Radio-Canada

C'est pour découvrir ce circuit qu'Allan Mayer, originaire d'Edmonton, a décidé de visiter Winnipeg.

« Le seul quartier français que nous avons est le Campus Saint-Jean, mais c'est minuscule, comparé à ici », raconte-t-il en s'attardant devant la tombe de Louis Riel.

« C'est un bel endroit à visiter, car c'est riche en histoire canadienne. »

Il reste pour les professionnels du tourisme à clarifier ce que l'on cherche à vendre aux touristes exactement.

En ce moment, on cherche à exprimer ce qui distingue Saint-Boniface des autres destinations francophones au pays et ce qu'il a à offrir sans se dénaturer.

On ne devrait pas faire semblant d'être Paris, La Nouvelle-Orléans ou un vieux quartier du Québec. Nous sommes Saint-Boniface, nous sommes la francophonie manitobaine, on a un cachet en soi.

Norman Gousseau, directeur général d'Entreprises Riel

La directrice du Musée de Saint-Boniface, Vania Gagnon, pense que le marketing n'a pas toujours été fait dans la bonne direction.

« Je pense que, pendant un bout de temps, on a essayé de se [présenter] comme un quartier français. Et je pense qu'avec le fil du temps et la réalisation ou les constats de ces efforts-là, on est à l'aise de faire face à qui nous sommes vraiment », constate-t-elle.

Trois personnes se situent à l'avant-plan, deux regardent un panneau indicatif de l'histoire de Louis Riel et le dernier tient un appareil photo à la main, à côté de la tombe. A l'arrière-plan à droite, à proximité de la tombe, trois autres personnes discutent. On voit la cathédrale de Saint-Boniface en arrière-plan.Des touristes visitent la tombe de Louis Riel, dans le cimetière de la cathédrale de Saint-Boniface, à Winnipeg. Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

Toutefois, elle ne voudrait pas que la francophonie manitobaine se résume seulement à Saint-Boniface.

On ne peut pas s'attendre à ce que le quartier français dans Saint-Boniface se vive uniquement sur une rue. La réalité, c'est qu'on ne vit pas tous sur une rue et on ne fait pas toutes nos choses sur cette même rue.

Vania Gagnon, directrice du Musée de Saint-Boniface

Les partenaires du milieu francophone disent continuer de créer une nouvelle image de marque pour le quartier, histoire de bien faire connaître son caractère unique au reste du monde.

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