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L'industrie de la mode invitée à élargir ses horizons

Le reportage d'Olivier Bachand
Radio-Canada

Une initiative intitulée Incluses a été lancée lors du Festival mode et design cette semaine à Montréal. Son objectif est d'encourager les designers québécois à offrir des créations aux personnes en surpoids.

Un texte d'Olivier Bachand

Ne porte pas des vêtements griffés qui veut. C'est ce qu'a constaté la rédactrice en chef du blogue Ton petit look, Josiane Stratis. Contrairement à elle, certaines de ses amies qui font de l'embonpoint n'ont pas la chance de porter des créations de designers québécois, leur taille n'étant pas disponible.

C'est cette situation qu'elle considère comme injuste qui a poussé la Montréalaise à lancer l'initiative Incluses. Grâce à l'obtention de financement, Josiane Stratis a décidé d'offrir des subventions à sept designers québécois pour qu'ils adaptent 25 de leurs créations aux tailles fortes.

Je veux prouver au monde québécois de la mode que si on investit dans la clientèle tailles plus, la clientèle attend juste ça.

Josiane Stratis, instigatrice de l'initiative Incluses

Le public a pu voir les créations en question lors d'un défilé tenu jeudi soir au Festival mode et design, sur la Place des festivals, et elles sont aussi vendues dans un petit kiosque mis sur pied pour l'événement.

La photographe Julie Artacho a servi de « muse » à Josiane Stratis dans le cadre de son projet. La jeune femme d'une trentaine d'années, qui travaille parfois dans le milieu de la mode, se désole du manque de choix offert aux personnes en surpoids. Sa taille l'empêche souvent d'acheter des vêtements qui lui plaisent réellement.

« C'est vraiment récemment qu'il y a commencé à avoir une offre qui concordait avec mes goûts. Parce que souvent, la mode taille plus est assez traditionnelle, conservatrice, pas très audacieuse », estime-t-elle.

Des coûts supplémentaires pour les designers

Mercedes Morin est l'une des designers qui a accepté de collaborer avec Josiane Stratis pour son projet. Elle a adapté une camisole, une chemise et un sac banane pour les tailles fortes.

Offrir ses modèles destinés aux plus grandes tailles représente des dépenses supplémentaires, explique la créatrice : « Rendu à un certain point, le patron est tellement différent qu'on est mieux de recommencer à zéro. »

En temps normal, Mercedes Morin confectionne ses modèles en quatre tailles, de très petit à grand. Offrir ces mêmes modèles pour les tailles fortes, soit d'extra grand à triple extra grand, doublerait carrément ses coûts de production.

Pour une designer qui en est à ses débuts, il s'agit d'un risque financier important, surtout si les créations ne trouvent pas preneur. « Je renvoie la balle aux boutiques. Ce serait à elles de nous commander davantage de vêtements tailles plus. Il y en a plusieurs qui offrent à peine du large », explique Mercedes Morin.

Les grandes chaînes s'adaptent

Les grandes chaînes de magasins de vêtements sont de plus en plus sensibles à la diversité corporelle. Chez Reitmans par exemple, tous les vêtements offerts en boutique sont disponibles dans les tailles 0 à  22 ans depuis l'automne 2016. Les clientes en surpoids n'ont donc pas à se demander si certains articles sont offerts dans leur taille ou non.

« Ça permet à la cliente de choisir elle-même. On ne veut pas la changer, on veut qu'elle reste elle-même. On lui donne plus de choix pour créer les styles qui la mettent en valeur. C'est elle qui fait le choix du style qu'elle préfère porter », explique la présidente de Reitmans Canada, Jacqueline Tardif.

Selon la directrice de l'École supérieure de mode de l'ESG-UQAM, Marie-Ève Faust, les détaillants ont tout à gagner en offrant des vêtements destinés aux tailles fortes. Ils peuvent ainsi fidéliser un segment de la clientèle en pleine croissance. « Allons les chercher, allons les gâter, faisons des vêtements qui vont leur plaire. Tout ça, ça fait un effet d'engrenage qui est positif pour l'entreprise », estime-t-elle.

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