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  • L'amiante, le possible retour de l'or blanc aux États-Unis

    Un morceau du minerai d'amiante vu de près, dont les filaments sont mille fois plus minces qu'un cheveu.
    L'amiante est une fibre naturelle cancérigène qui a beaucoup été utilisée par le passé. Photo: Radio-Canada / Reportage du bulletin de nouvelles Ce soir du 17 février 1977
    Radio-Canada

    Les États-Unis viennent d'alléger leur réglementation sur l'amiante, ce qui pourrait provoquer un retour de la matière cancérigène dans la production manufacturière. Pourtant, le minerai avait été banni à la fin des années 1980 au profit de la fibre synthétique. Retour sur l'évolution des perceptions de la fibre naturelle depuis le début de son exploitation.

    Il y a bien 400 millions d’années que les dieux ont déposés ici cette roche précieuse à la surface savonneuse.

    Guy Lamarche, journaliste

    L'amiante est une fibre naturelle mille fois plus mince qu'un cheveu. Et pourtant, ses qualités sont remarquables. Il agit comme isolant thermique, sonore et électrique. Il peut supporter des températures extrêmes, ne brûlant tout simplement pas.

    L'amiante peut aussi résister à la corrosion, aux microorganismes et aux produits chimiques acides. Il est très flexible et coûte moins cher que les autres fibres naturelles.

    Ses propriétés exceptionnelles lui valent le surnom de « minerai magique ». La fibre est utilisée dans près de 3 000 produits de la vie quotidienne.

    Ses principaux marchés sont ceux de l'automobile, de la construction et des chantiers navals. On retrouve de l'amiante dans la housse de planche à repasser, le grille-pain, le gant de cuisine, le cendrier, les vêtements de pompier, la peinture, le vernis et bien d'autres.

    Exploité au Québec à partir de 1877, l'amiante devient une ressource naturelle importante pour la province. En 1973, la production canadienne atteint son apogée avec un rendement de 1,8 million de tonnes, le quart de la production mondiale.

    Les journalistes Hélène Robert et Guy Lamarche dressent un portrait de l’or blanc dans un reportage au bulletin de nouvelles Ce soir du 17 février 1977.

    Ce soir, 17 février 1977

    Mais, déjà en 1977, on réalise l'importance de prendre des précautions pour produire l’amiante, car le minerai a des effets hautement nocifs sur la santé.

    Dans la décennie qui suit, les débats fusent à l’échelle planétaire sur ses impacts économiques favorables comparativement à son impact néfaste sur la santé.

    L’amiante est utile… mais à quel prix?

    Au cours des années 1970, une pléthore de rapports de santé vient confirmer la corrélation entre le contact avec l'amiante et certaines maladies.

    Le mésothéliome est la plus importante et effrayante des maladies reliées à l'amiante. Elle emporte ses victimes en moins d'un an. Aux États-Unis seulement, quelque 25 000 personnes meurent de la maladie entre 1960 et 1990.

    Dans le monde, il s'agit plutôt de centaines de milliers d'individus.

    Cela remet rapidement en cause la production massive de l’amiante. Plusieurs voix s’élèvent en faveur de son bannissement pur et simple.

    Je pense qu’il est de notoriété publique et médicale, et toxicologique, que l’amiante est un produit dangereux. On sait que l’amiante est dangereux dans son extraction, l’amiante est un produit dangereux dans son utilisation, les déchets d’amiante sont aussi très toxiques. L’amiante contamine l’eau et l’air.

    Daniel Green, coprésident de Vaincre la pollution

    Dans la foulée des débats sur le sujet, le journaliste Florian Sauvageau s’entretient avec le journaliste Gilles Provost et Daniel Green, de la Société pour vaincre la pollution. Ils débattent des dangers de l’amiante et de l’idée du bannissement à l’émission Dossiers de presse du 18 mars 1984.

    Dossiers de presse, 18 mars 1984

    Pays après pays, l’or blanc est banni

    Le Canada est le premier producteur d’amiante au monde. Mais ce qui a déjà été un avantage est en train de devenir un inconvénient depuis, en fait, que les États-Unis ont banni tous les produits de l’amiante sous prétexte qu’ils sont dangereux pour la santé.

    Michèle Viroly, présentatrice

    Le bannissement de la fibre minérale par notre voisin du Sud a de graves retombées sur le Canada, notamment sur le Québec. En effet, près de 3 000 travailleurs de Thetford Mines sont directement touchés par la chute radicale de la demande du minerai.

    Des carrières sont fermées, des emplois sont perdus et la décision américaine passe mal. On critique une décision « purement politique » de la part de l’Environnemental Protection Agency (EPA).

    Les pertes économiques aux États-Unis sont infimes, car ils ne produisent que très peu d’amiante. La puissance américaine souhaite d’ailleurs remplacer le minerai par de la fibre synthétique produite sur son territoire.

    Petit à petit, plusieurs pays du monde suivent l’exemple des États-Unis. C’est notamment le cas du gouvernement français qui emprunte la voie du bannissement de l'amiante en 1997.

    La journaliste Catherine Kovacs se rend à Thetford Mines afin de constater la situation à l’émission Plus du 2 octobre 1990.

    Plus, 2 octobre 1990

    Les effets néfastes de l’amiante sont sans conteste. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a décrété qu'il s'agissait d'un produit cancérigène, et plus d’une cinquantaine de pays l’ont banni.

    Le Canada continue de restreindre son utilisation et est en voie de bannir complètement la fibre naturelle cette année.

    En contrepartie, les États-Unis ont quant à eux rouvert la voie à un possible retour du minerai sur leur marché. Ils ont en effet allégé leur réglementation sur l’évaluation des répercussions de l’amiante sur l’environnement.

    Il s’agit donc d’un renversement majeur de position qui pourrait très bien entraîner de graves conséquences à long terme. Mais cela, seul le temps nous le dira.

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