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Allégations d’agressions sexuelles par des travailleurs d’Hydro-Manitoba : les Premières Nations réagissent

Un chantier de construction de la centrale hydroélectrique Keeyask.
Un rapport de la Commission de protection de l'environnement révèle d'importantes allégations d'agressions sexuelles et de racisme par des employés d'Hydro-Manitoba sur des Autochtones de communautés du nord du Manitoba durant la construction de projets hydroélectriques. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Le gouvernement du Manitoba demande à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) d'enquêter sur des allégations selon lesquelles des travailleurs d'Hydro-Manitoba auraient agressé sexuellement des femmes autochtones du nord de la province à la suite de la construction d'un projet hydroélectrique dans la région dans les années 60.

Les allégations se trouvent dans un nouveau rapport de la Commission de protection de l'environnement, un organisme provincial indépendant chargé d'étudier les répercussions sociales du développement hydroélectrique sur les communautés avoisinantes.

En janvier, la Commission a rencontré des membres de la Première Nation crie de Fox Lake, à 762 kilomètres au nord-est de Winnipeg, près de Gillam, à la suite d'une demande d’audience de sa part.

Le territoire traditionnel de Fox Lake comprend les centrales hydroélectriques de Kettle, de Long Spruce et de Limestone, ainsi que les postes de conversion Radisson et Henday. Le barrage de Keeyask est encore en construction dans la région.

165 pages de témoignages

Dans les 165 pages de témoignages, des membres de la communauté, des aînés et des conseillers de bande ont décrit les effets qu’a eus le passage de 4000 travailleurs d’Hydro-Manitoba sur leur petite communauté à partir des années 60.

En plus des agressions sexuelles, ils ont parlé de racisme, de sentiment de marginalisation et de manque d'occasions socioéconomiques.

« Je me suis sentie impuissante », a dit Marie Henderson, selon la transcription de la Commission.

Nous n'étions pas inclus en tant qu'êtres humains dans notre propre communauté. Nous n'étions rien pour eux.

Marie Henderson

Franklin Arthurson a comparé l'impact d’Hydro-Manitoba sur la communauté à celui des pensionnats autochtones. Il a dit que sa femme, maintenant décédée, avait passé 10 ans dans un pensionnat avant de rentrer à la maison pour constater que sa communauté avait été « envahie par Hydro-Manitoba ».

« Elle est passée d'un enfer appelé pensionnat à un autre enfer appelé Hydro-Manitoba », a-t-il dit.

L’Assemblée des Premières Nations demande une enquête

La Première Nation crie de Fox Lake se dit extrêmement touchée par les éléments du rapport, mais regrette le temps qu’il a fallu pour que les victimes puissent être entendues.

Le chef Walter Spence indique ainsi avoir rencontré en juillet la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, pour lui souligner le manque de soutien à Gillam de la part du gouvernement du Canada.

Si le Canada avait écouté et fait davantage, on aurait pu faire quelque chose à propos de ces effets terribles.

Walter Spence, chef de la Première Nation crie de Fox Lake

Le grand chef de l’Assemblée des chefs du Manitoba (AMC), Arlen Dumas, soumettra le rapport à l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

« Nous voulons collaborer avec le gouvernement et Hydro-Manitoba pour élaborer des mesures de sécurité. Nous encourageons le gouvernement et Hydro-Manitoba à travailler avec diligence pour que cela ne se produise pas lors des initiatives de développement futures dans le Nord au Manitoba. »

Kevin Hart, chef régional de l'Assemblée des Premières Nations (APN) se dit pour sa part peu surpris par les allégations contenues dans le rapport de la Commission de protection de l’environnement.

Outre des compensations pour les femmes autochtones victimes de ces agressions sexuelles, il demande une enquête élargie sur le développement des ressources et le traitement des femmes autochtones.

La ministre offre ses excuses

La ministre manitobaine du Développement durable, Rochelle Squires, dit que son gouvernement prend la question au sérieux et enverra le rapport de la Commission à la GRC afin que les policiers puissent enquêter sur cette affaire.

Les allégations d'abus contenues dans le rapport sont extrêmement décourageantes et inquiétantes.

Rochelle Squires, ministre du Développement durable

Rochelle Squires offre les excuses de son gouvernement aux personnes touchées.

Un plan rapproché du visage d'une femme blonde avec des lunettes.Rochelle Squires dit avoir été victime d'une agression sexuelle lorsqu'elle avait 13 ans et qu'elle ne pouvait le dire à personne. Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Elle précise que le rapport recommande la création d’un comité de direction, composé de membres du gouvernement provincial et d’Hydro-Manitoba, pour discuter des étapes à suivre.

La ministre des Relations avec les peuples autochtones et du Nord, Eileen Clarke, rendra visite à la communauté pour discuter du rapport.

D'autres réactions

Le chef de l’opposition, Wab Kinew, soutient que les allégations sont inquiétantes, mais demande pourquoi le rapport avait été publié mardi après-midi, alors qu’il avait été terminé en mai.

Il laisse entendre que le gouvernement a décidé de publier le rapport pour des raisons politiques. Selon lui, il s’agit d’une tentative de diversion pour éviter de parler de la contamination par métaux lourds dans des maisons de Saint-Boniface. Un rapport que le gouvernement n'avait pas rendu public pendant plus d'un mois.

La ministre du Développement durable, responsable des deux dossiers, affirme cependant avoir vu le rapport de la Commission de protection de l'environnement seulement le 14 juin. Elle ajoute avoir pris le temps de consulter ses collègues du gouvernement avant de le publier.

Le porte-parole d’Hydro-Manitoba, Scott Powell, affirme que la société d'État prend les allégations « très au sérieux » et qu’elle appuiera et collaborera pleinement à toute enquête éventuelle de la GRC.

« Nous n'avons été informés d'aucun incident particulier et, à la lumière de ce qui a été envoyé à la GRC, il serait inapproprié de faire d'autres commentaires », a-t-il dit.

Le porte-parole de la GRC, le sergent Paul Manaigre, dit que la force policière a été informée du rapport mardi et que celui-ci était à l'étude actuellement.

Des faits similaires en Colombie-Britannique

Amnistie internationale indique que des allégations d'abus sexuel et de racisme presque identiques à celles portées contre des travailleurs d'Hydro-Manitoba figurent dans un rapport sur le nord de la Colombie-Britannique.

Craig Benjamin, qui travaille pour Amnistie internationale, est coauteur de ce rapport intitulé « Out of Sight, Out of Mind » paru en 2016. Selon lui, l’envoi de centaines, voire de milliers, de travailleurs temporaires dans de petites communautés éloignées épuise leurs ressources, créant une situation où il y a trop peu de policiers pour offrir des services à la population.

« Et vous ajoutez à cela les problèmes bien connus dans les camps de travail d’abus d’alcool et de drogues, de culture de la violence, de sexisme qui n’ont souvent pas été pris en charge », dit-il.

Si les allégations au Manitoba sont loin d’être uniques, ce qui le surprend toutefois, c’est qu’elles se retrouvent dans un rapport du gouvernement. Une première, selon lui.

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