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Mort d’un sauveteur de baleine : le fédéral a manqué à certaines obligations, selon un rapport d'enquête

Joe Howlett sur un bateau
Joe Howlett fait un signe de victoire après avoir sauvé une baleine. Il est mort lors d'un sauvetage du genre le 10 juillet 2017. Photo: Institut canadien des baleines/Aquarium de la Nouvelle-Angleterre
Radio-Canada

Le ministère des Pêches et des Océans (MPO) n'a pas fourni au sauveteur de baleine Joe Howlett un casque protecteur approprié le jour où il a été tué en tentant de secourir une baleine noire de l'Atlantique Nord, selon une enquête menée en vertu du Code canadien du travail et dont les conclusions sont longtemps restées secrètes.

Le rapport d’enquête critique le gouvernement fédéral parce qu’il n’a pas de politique nationale sur le sauvetage de baleine. L’équipe de sauvetage de baleine de Campobello, dont faisait partie M. Howlett, avait dénoncé ce problème.

Le MPO décide qui peut s’approcher de baleines dans les eaux canadiennes en exerçant son pouvoir exclusif d’accorder des permis et des licences, selon le rapport d’enquête. Le ministère est responsable de veiller sur ses employés, les bénévoles et les baleines empêtrées dans des engins de pêche, ajoute-t-on.

Joe Howlett était à bord d’un bateau du MPO qui tentait de secourir une baleine noire noire le 10 juillet 2017. Il a réussi à couper le cordage dans lequel la baleine était empêtrée. Immédiatement après, le mammifère marin a donné un coup de queue qu’il l’a atteint.

Il n’est pas clairement établi que Joe Howlett aurait survécu s’il avait porté un casque protecteur. Le passage du rapport portant sur ses blessures est caviardé.

Mais Philip Hamilton, chercheur à l’Aquarium de la Nouvelle-Angleterre qui a été témoin du drame, a déjà qualifié de catastrophiques les blessures de M. Howlett.

Douze baleines noires de l’Atlantique Nord ont été trouvées mortes dans les eaux canadiennes en 2017. Il s’agit d’une espèce protégée. Le gouvernement fédéral a imposé des restrictions à la pêche et aux bateaux pour prévenir d’autres morts prématurées de baleines.

À bord d'un canot pneumatique, il tend la perche vers une baleine empêtrée dans un cordage de pêcheJoe Howlett utilisait une perche munie d'une lame pour couper les cordages nuisant aux baleines. Photo : Institut canadien des baleines/Aquarium de la Nouvelle-Angleterre

Joe Howlett était un bénévole, mais l’enquête en vertu du Code canadien du travail a été lancée parce que l’accident s’est produit sur un bateau du MPO, qui est considéré comme étant un lieu de travail du fédéral.

L’enquête s'est conclue en décembre dernier. Le fédéral a toutefois refusé d'en dévoiler les conclusions en disant à CBC de faire une demande d’accès à l’information au ministère de l’Emploi et du Développement social.

Il a fallu cinq mois au ministère pour répondre à la demande et donner un exemplaire du rapport, mais plusieurs passages dans le document sont caviardés.

Le MPO a manqué à des obligations en vertu du Code canadien du travail, peut-on lire dans le rapport. Cela comprend l’obligation de s’assurer que chaque personne ayant accès au lieu de travail, en l’occurrence le bateau du MPO, dispose de l’équipement et des vêtements protecteurs requis.

Il y aura toujours des risques, selon le rapport d’enquête

Pour se conformer au Code canadien du travail, le MPO doit faire une analyse de risques pour les sauveteurs qui tient compte des espèces à secourir et des divers engins de pêche qu’il faut couper.

Le ministère dispose d’une procédure de travail sécuritaire en matière de sauvetage d’animaux, reconnaît le rapport, mais ce document général de six pages porte sur tous les animaux marins, des petites tortues jusqu'aux baleines.

Une baleine sort la tête de l'eauLa baleine noire de l'Atlantique Nord no 4123 a heurté Joe Howlett après que ce dernier l'a libérée d'un engin de pêche. Photo : Aquarium de la Nouvelle-Angleterre

Un document de six pages risque de ne pas couvrir toute la complexité de ces activités et risque de ne pas décrire adéquatement la procédure nécessaire pour dépêtrer de grands animaux marins, selon les enquêteurs.

Ils recommandent plus de recherche pour améliorer les procédures et l’équipement protecteur des sauveteurs. Ils ajoutent qu’il y aura toujours des risques pour ceux qui travaillent si près de baleines.

Le MPO s’appuie sur des bénévoles pour sauver des baleines

Le rapport recommande aussi un programme national en matière de sauvetage de baleines en difficulté.

Le long de la côte ouest, ce sont des employés du MPO qui font ce travail, mais le long de la côte est, le MPO reste « à l'écart du processus » et laisse ce travail à des volontaires non rémunérés qui font partie d’organisations non gouvernementales. C’était le cas de Joe Howlett.

Le MPO s’est engagé à se conformer à toutes les recommandations des enquêteurs d’ici le 12 janvier 2018. Le ministère s’est aussi engagé à faire une enquête sur les causes de l’accident, mais son enquête n’a pas été rendue publique non plus.

Trois hommes sur un canot pneumatique en mer à côté d'un gros mammifère marinL'équipe de sauvetage de baleines de Campobello en action Photo : Gracieuseté de Neil Green

Le ministère des Transports du Canada, qui a fait l’enquête, n’a pas accordé d’entrevue. Personne n'était disponible non plus à l’équipe de sauvetage de baleine de Campobello.

Le fédéral a levé cette année l’interdiction de mener des opérations de sauvetage de baleines empêtrées. Il avait interdit ces opérations après l’accident de Joe Howlett. L’équipe de sauvetage de Campobello a libéré une baleine en difficulté en juillet, la première depuis la mort de M. Howlett.

Le fédéral a promis au même moment 1 million de dollars de plus par année aux groupes de sauveteurs de mammifères marins, dont celui de Campobello. Dans le passé, cette équipe dépensait presque tout l’argent reçu du fédéral pour de l’assurance et elle faisait une bonne partie de son travail à bord de deux bateaux vieillissants loués du MPO.

Recommandtions mise en oeuvre, assure le MPO

Le ministère des Pêches et des Océans dit aujourd’hui qu’il a mis en oeuvre les quatre recommandations du rapport pour se conformer au Code canadien du travail.

Le MPO souligne qu’il travaille en étroite collaboration avec l’équipe de Campobello, mais il ne confirme pas lui avoir envoyé de l’équipement depuis la mort de M. Howlett.

Le MPO a collaboré étroitement avec l’équipe de sauvetage des baleines de Campobello (la Campobello Whale Rescue Team) pour s’assurer que cette dernière possède la capacité et l’équipement nécessaires pour intervenir de manière sécuritaire et efficace en cas d’incidents avec des mammifères marins. Cela comprend un appui en vue de trouver un nouveau navire d’intervention. Notre travail effectué avec l’équipe de sauvetage des baleines de Campobello et d’autres équipes aux termes du Programme d’urgence pour les mammifères marins coïncide avec l’annonce faite par le ministre en mars dernier, visant à réserver la somme de 1 million de dollars annuellement pour consolider les efforts des intervenants sur des incidents avec les mammifères marins au Canada, explique le MPO.

Le ministère ajoute qu'il prend les mesures adéquates pour s’assurer que la santé et la sécurité de toute personne accédant à un site de travail du gouvernement du Canada continuent d’être d’importance primordiale. De plus, assure-t-il, le port de casques est obligatoire pour toute personne montant à bord d’un navire du MPO en vue d’y travailler pour secourir les baleines.

D'après un reportage de Karissa Donkin et avec des renseignements de Nicolas Pelletier

Avec les informations de CBC

Nouveau-Brunswick

Protection des espèces