•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Difficile intégration dans le monde du travail pour des réfugiés syriens

Radio-Canada

Deux ans après son arrivée au Canada, un réfugié syrien a décidé d’abandonner sa carrière d’ingénieur pour devenir conducteur de camion parce qu'il peine à trouver un emploi.

Un texte de Lise Ouangari

C’est le jour où son fils de 21 ans a été tué en Syrie que Khalil Al-Zarzour a décidé de quitter son pays pour se réfugier en Jordanie avec le reste de sa famille. Sa femme, deux de ses filles et lui ont pu bénéficier de la politique d'accueil du gouvernement du Canada qui a accueilli 50 000 réfugiés syriens depuis 2015, pour s'installer à Saskatoon avec l'aide notamment de l'Open Door Society.

Le père de famille a dû quitter sa vie à Deraa, en Syrie, mais aussi sa carrière, qui compte notamment 30 ans d’expérience en tant qu’ingénieur, la contribution à la construction de trois barrages en Syrie et la gestion d’une entreprise de céramique.

Khalil Al-Zarzour montre une photo de son fils mort en Syrie sur son ordinateur chez lui.

Khalil Al-Zarzour a perdu en fils dans les violences en Syrie (photo) et il a toujours deux filles adultes réfugiées en Jordanie et un fils adulte en Turquie.

Photo : Radio-Canada / Lise Ouangari

Aujourd’hui, à 66 ans, Khalil Al-Zarzour se dit très heureux d’avoir pu échapper à la violence du régime syrien et d’avoir été si bien accueilli au Canada, mais il a de la difficulté à trouver un emploi.

J’espère pouvoir trouver un emploi pour soutenir ma famille.

Khalil Al-Zarzour

Depuis son arrivée, en février 2016, le père de famille a donc abandonné l'idée de poursuivre sa carrière en tant qu’ingénieur parce que cela lui prendrait des années pour trouver un emploi, selon lui.

« Le principal obstacle est la langue, et puis pour obtenir mon diplôme évalué par le gouvernement, c’est long et ça demande beaucoup de ressources financières. Alors j’ai décidé de changer de carrière », explique Khalil Al-Zarzour.

Le réfugié syrien raconte avoir lu un article expliquant qu’il manquait de conducteurs de camions. C’est pourquoi il a suivi la formation et a commencé à postuler à un emploi.

Heba Al-Zarzour prépare un café turque dans la cuisine.

Heba Al-Zarzour, la fille de 17 ans de Khalil Al-Zarzour se dit très contente de sa vie au Canada. Elle affirme avoir de bons résultats scolaires et aspirent à devenir médecin. Elle travaille à temps partiel dans un supermarché à Saskatoon.

Photo : Radio-Canada / Lise Ouangari

« Je ne suis pas forcément content [d'abandonner mon métier], mais c'est la vie, c'est un nouveau pays. Je change de carrière pour pouvoir aider ma famille, je pense que mon métier d'ingénieur n'est pas possible pour moi ici, c'est pourquoi j'ai décidé de devenir chauffeur de camion », précise Khalil Al-Zarzour.

En plus de la barrière de la langue, il explique qu’il n’est pas facile d’entrer dans le marché du travail, bien qu’il existe des outils et des programmes pour aider à la recherche d'emploi.

« Ce qui m'ennuie, c'est d'être isolé, de suivre une formation, postuler à un emploi et ne pas trouver de travail. C'est difficile pour moi », déplore le père de famille.

Je souhaite pouvoir travailler et payer des impôts. Je ne veux pas être un fardeau pour la société.

Khalil Al-Zarzour

Pas de travail, un frein pour rassembler la famille

Baraa Abdelkarim, la femme de Khalil Al-Zarzour, explique que les difficultés de trouver un emploi freinent leurs démarches pour faire venir leur fille, qui est réfugiée en Jordanie.

Elle rapporte que leur demande de faire venir leur fille, qui a plus de 18 ans a été refusée. « Elle est aussi mariée avec des enfants, ce qui rend les choses plus difficiles », ajoute Baraa Abdelkarim.

Le couple essaie donc de faire venir la famille de leur fille grâce à un parrainage avec une église. Leurs démarches ont pour l’instant révélé que, s'ils avaient un emploi, cela appuierait leur candidature.

Un autre modèle en Suède

Khalil Al-Zarzour souligne qu’il bénéficie d'aide des services sociaux et que le gouvernement a contribué à financer sa formation de conducteur, mais, selon lui, le gouvernement gagnerait à intégrer les nouveaux arrivants directement dans le monde du travail en collaborant avec des entreprises.

« Lorsque je postule à un emploi, ils demandent deux ans d'expérience que je n'ai pas. Je voudrais recevoir une formation combinée à un poste de travail, pour acquérir cette expérience », explique-t-il.

Khalil Al-Zarzour évoque le cas de la Suède où il existe des procédures accélérées pour intégrer les immigrants qualifiés directement dans le milieu du travail.

Selon le site du gouvernement suédois, des programmes proposent notamment des stages ou des emplois au sein d’entreprises couplés avec des cours de langue notamment dans des domaines professionnels où la demande de main-d’œuvre est forte.

Un projet pilote au Canada

Le gouvernement fédéral offre des services pour faciliter l'intégration des nouveaux arrivants. Le fédéral a communiqué qu'il existe des programmes et du soutien pour les aider dans leur recherche d'emploi, à apprendre les langues et à établir des liens avec des employeurs.

En juin dernier, le gouvernement du Canada a annoncé un financement (près de 7 millions de dollars) pour un projet pilote de RH Tourisme Canada dont l'objectif est de « jumeler les nouveaux arrivants à des emplois dans l’industrie hôtelière ».

Le projet vise à embaucher 1300 nouveaux arrivants, dont des réfugiés, et à les aider à acquérir de l’expérience de travail dans l'hôtellerie tout en recevant des formations linguistiques.

Saskatchewan

Société