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On n'a plus les cégépiens qu'on avait... et on en a davantage!

L'intérêt pour les études collégiales est à la hausse chez les jeunes adultes, qu'ils sortent de l'école secondaire ou qu'ils reviennent aux études

Photo : Radio-Canada / Ariane Perron-Langlois

Radio-Canada

Loin de bouder les cégeps, les étudiants manifestent un intérêt croissant pour la formation collégiale, qu'elle soit préuniversitaire ou technique. Le nombre de jeunes qui passent directement du secondaire au collégial a bondi. Et de plus en plus de jeunes adultes y font un retour. Portrait d'une cuvée qui déboulonne les préjugés.

Oubliez l'étudiant qui n'en finit plus de finir son DEC... Cette perception répandue voulant que les jeunes prennent plus de temps pour effectuer leur parcours collégial ne résiste pas à l'examen. « Quand on regarde nos statistiques, la durée des études est à peu près stable depuis dix ans », révèle Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps.

Ainsi, bon an mal an cette dernière décennie, les étudiants ont mené à bien leur diplôme d'études collégiales (DEC) en 2,4 ans pour ce qui est du parcours préuniversitaire et en 3,9 ans pour ce qui est du DEC technique.

Autre constat : une proportion plus grande d'élèves du secondaire décide de poursuivre au cégep sans interruption. En 2004, c'étaient 57 % des élèves de 5e secondaire qui s'engageaient sans hiatus dans des études collégiales. En 2014, cette proportion atteignait 68 %. Il s'agit d'un bond de dix points de pourcentage en 10 ans.

Cela signifie tout de même que plus de 30 % des finissants du secondaire ne vont pas directement au cégep. Ce qui fait dire à Bernard Tremblay que les cégeps « sont loin de faire le plein » dans ce bassin d'étudiants. « Mais il y a quand même une augmentation, une tendance à poursuivre les études, ce qui est un bon signe », s'encourage-t-il.

Je voulais pas perdre mon temps. Je savais que si je prenais une année sabbatique, de repos par exemple, pour faire de l'argent, je ne serais jamais revenu. Une fois que tu touches à une vraie paye, tu ne veux plus rentrer à l'école.

Justin Isabel, 17 ans, étudiant en technique de physiothérapie

Ceux qui ont un peu de vécu...

Il n'y a pas que des frimousses fraîchement issues du secondaire qui font leur entrée au cégep cette semaine : d'autres qui avaient pris une pause de l'école ou qui étaient passés par l'université choisissent aussi le collégial, si on se fie aux données des dernières années.

« Nous avons plus d'étudiants qui reviennent au cégep à 22, 24, 30 ans », dit le PDG de la Fédération des cégeps. Un signe pour Bernard Tremblay que les appels lancés aux jeunes pour qu'ils reprennent le cégep ont porté leurs fruits. « On retrouve une population étudiante qui revient sur les bancs d’école, ce qui a pour effet d’augmenter l’âge moyen [des étudiants] », explique M. Tremblay.

Qu'on en juge par ces chiffres :

En 2016, l'âge moyen du cégépien était de 20 ans, contre 19,4 ans en 2007.

En ce qui a trait aux DEC techniques, le cégépien s'y inscrivait en moyenne à 20,6 ans en 2007. En 2016, cette moyenne est passée à 21,6 ans. L'écart n'est pas aussi important en ce qui concerne les DEC préuniversitaires.

C'est spécial, c'est stressant, parce que [le cégep], c'est pas la même dynamique que l'université. C'est sûr qu'on a l'impression de retourner un peu en arrière, mais [...] c'est pour avancer dans le fond.

Yasmine Meziane, 26 ans, étudiante en technique de physiothérapie

La formation, un atout

Deux jeunes femmes dont on ne voit que les mains et les genoux, avec en gros plan une bouteille d'eau et un téléphone portable.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Près de 81 % des emplois créés l'an dernier au Québec requéraient une formation collégiale ou universitaire selon Emploi-Québec

Photo : Radio-Canada / Ariane Perron-Langlois

Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, se réjouit à la perspective de voir tous ces jeunes adultes au cégep. « Le fait que des étudiants du secondaire passent directement au cégep, le fait que des étudiants fassent des retours aux études, c'est une excellente nouvelle, dit-il. Le milieu des affaires veut travailler avec des gens compétents, des talents bien formés. »

Près de 81 % des emplois créés l'an dernier au Québec requéraient une formation collégiale ou universitaire, affirme pour sa part Bernard Tremblay, citant des données d'Emploi-Québec.

Notre marché de l'emploi exige de plus en plus une formation collégiale ou supérieure. Les jeunes sont de plus en plus conscients que la poursuite des études est nécessaire pour avoir un emploi de qualité [...].

Bernard Tremblay, PDG de la Fédération des cégeps

Toutefois, dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre, la tentation est forte pour les employeurs d'aller chercher leurs recrues avant qu'elles n'aient obtenu leur diplôme en bonne et due forme. Une tentation à laquelle les patrons devraient résister, selon Michel Leblanc. Car le fait d'avoir des diplômés sera plus avantageux pour le Québec à long terme, croit-il.

Un système qui permet de revenir sur ses pas

Sociologue et géologue de formation, Michel Perron a enseigné à l'Université du Québec à Chicoutimi. Ce retraité s'active désormais au sein du projet Région éducative du Saguenay-Lac-Saint-Jean et il cite quatre tendances définissant les cégépiens de nos jours.

  1. Ils sont indécis et ont de la difficulté à choisir parmi les nombreuses possibilités de carrière qui s'offrent à eux.
  2. Ils occupent un emploi à temps partiel, souvent dès le secondaire, et prennent moins de cours par session, ce qui allonge la durée de leurs études.
  3. Ils priorisent « la réussite éducative » plutôt que la réussite scolaire et se consacrent à leur développement personnel en voyageant, par exemple.
  4. Un certain nombre d'entre eux ont éprouvé des difficultés au secondaire et ont besoin d'accompagnement et de soutien au collégial.

Michel Perron affirme que les cégépiens sont soucieux de faire le bon choix. Et le système scolaire du Québec leur permet « de revenir assez facilement, de prendre leur temps, de choisir et de ''rechoisir'' », décrit-il.

Comme en témoigne ce tableau, entre 2005 et 2015, la population des cégeps a connu une croissance.

« Le Québec a vécu une baisse démographique et on s'attendait à une baisse significative du nombre d'étudiants au collégial », explique Bernard Tremblay. Ce n'est pas ce qui est arrivé. Cependant, les chiffres de fréquentation pour l'année qui s'amorce restent à venir. Une baisse est à craindre, entrevoit M. Tremblay. « Mais elle ne sera pas aussi importante que ce qui avait été prédit », conclut-il.

D'après un reportage d'Ariane Perron-Langlois

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