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Légalisation du cannabis : quel sera l'impact sur les ventes d'alcool au pays?

Des feuilles de cannabis séchées dans un pot
Du cannabis Photo: La Presse canadienne / DARRYL DYCK
Radio-Canada

De récentes études américaines et canadiennes concluent que la légalisation de la marijuana peut entraîner une diminution des ventes d'alcool. Au pays, l'industrie brassicole et vinicole suit de près la légalisation de cette drogue.

Un texte de Stéphany Laperrière

Près d'un Canadien sur cinq se dit disposé à essayer le cannabis suivant sa légalisation, selon un sondage de la firme Deloitte réalisé il y a 2 ans auprès de 5000 adultes à travers le pays.

Le clinicien-chercheur au Centre de toxicomanie et de santé mentale à Toronto Bernard Le Foll ne serait pas surpris qu'une partie d'entre eux cessent de boire l'alcool, pour se tourner plutôt vers le cannabis.

Les effets relaxants de l'alcool peuvent aussi être observés après la consommation de cannabis, donc certains usagers pourraient préférer cette substance, réalisant qu'ils n'auront peut-être pas de mal de tête le lendemain ou d'autres complications liées à l'alcool, dit-il.

Bernard Le Foll, médecin au Centre de toxicomanie et de santé mentaleBernard Le Foll, du Centre de toxicomanie et de santé mentale Photo : Radio-Canada

Dans un deuxième rapport, publié en juin, Deloitte prédit que ce changement dans les habitudes de consommation se fera sentir dans l'industrie de l'alcool.

Toutes les catégories d'alcool sont susceptibles d'être touchées [par la légalisation du cannabis], ce qui pourrait avoir un impact négatif sur les revenus des gouvernements, les sociétés qui produisent de l'alcool et les détaillants, indique le rapport.

Plus de 40 % des utilisateurs de cannabis questionnés par Deloitte considèrent cette substance comme une solution de rechange à l'alcool. Ce deuxième sondage a été réalisé auprès de 1500 Canadiens en mars 2018.

Attentes de l'industrie

Éric Portelance, consultant dans l'industrie brassicole en Ontario et ancien propriétaire de la microbrasserie Halo Brewery, croit que les grands joueurs sont les plus susceptibles de voir leurs ventes diminuer à la suite de la légalisation du cannabis.

Le marché des microbrasseries est en pleine croissance et elles peuvent profiter de la légalisation du cannabis pour introduire de nouveaux produits, dit-il.

Des dizaines de bouteilles de bière se trouvent sur des tablettes dans un magasin.Des bières artisanales en vente dans un magasin de la LCBO Photo : Radio-Canada / Denis Babin

Bière Canada, qui représente notamment Molson Coors, s'inquiète surtout de la taxe prélevée sur la bière par rapport à celle qui s'appliquera au cannabis.

Le gouvernement n'a pas l'intention de taxer lourdement le cannabis, notamment pour prévenir le recours au marché noir. Nous craignons que le gouvernement rende ainsi cette substance beaucoup plus accessible que la bière, dit son président, Luke Harford.

De son côté, la Société des alcools du Québec (SAQ) ne s'attend pas à voir ses ventes diminuer à compter d'octobre.

La Société québécoise du cannabis (SQDC) ayant comme principal mandat d'amener les utilisateurs actuels de cannabis du marché noir vers le marché licite, nous ne prévoyons pas de transfert notable entre les clients de la SAQ et ceux de la SQCD, affirme son porte-parole Mathieu Gaudreault.

En Ontario, la Régie des alcools (LCBO) indique qu'il est trop tôt pour déterminer l'impact qu'aura la légalisation du cannabis sur les ventes d'alcool.

Expérience américaine

Une étude américaine rendue publique l'an dernier révèle que les ventes d'alcool mensuelles ont diminué de 13 % en moyenne dans les États qui ont légalisé la marijuana médicinale.

Il est fort probable que le même phénomène soit observé pour la marijuana à usage récréatif, selon l'un des trois auteurs de l'étude, Michele Baggio, de l'Université du Connecticut.

Le cannabis et la bière sont parfois consommés ensemble. Photo : Reuters / Nick Adams

Il est délicat de tracer un parallèle entre le Canada et les États-Unis, les habitudes de consommation étant différentes. Je crois toutefois que les ventes d'alcool diminueront, mais l'ampleur de cette probable diminution est difficile à estimer sans avoir de données, dit-il.

Par ailleurs, les études américaines sur le lien entre le cannabis et la consommation d'alcool sont nombreuses et les résultats obtenus n'abondent pas tous dans le même sens.

Par exemple, sur une quarantaine d'études analysées par une statisticienne de la Californie, Meenakshi Sabina Subbaraman, 16 concluent que l'alcool et le cannabis sont des substituts, tandis que 10 concluent plutôt qu'ils sont consommés de façon complémentaire.

Santé publique

Chose certaine, davantage d'études seront requises pour comprendre le lien entre ces deux substances au Canada, prévient Eugene Oscapella, professeur en criminologie à l'Université d'Ottawa.

Sur plusieurs aspects, l'alcool est beaucoup plus nocif que le cannabis. Entre autres, l'alcool mène à beaucoup de violence, a des conséquences graves sur le développement du foetus et on a un problème sérieux de conduite avec facultés affaiblies par l'alcool, dit-il.

Des clés de voiture à côté d'un verre d'alcool.La conduite avec les facultés affaiblies est un des graves problèmes liés à la consommation d'alcool. Photo : iStock

Selon lui, la substitution de l'alcool par le cannabis pourrait donc être souhaitable, à condition de ne pas encourager l'utilisation des deux substances ensemble.

Le cannabis n'est généralement pas très dangereux, mais si on le mélange avec l'alcool, ça pourrait causer des problèmes, dit Eugene Oscapella.

Le gouvernement devra donc être prudent dans les messages qu'il enverra aux consommateurs et porter attention au prix relatif des deux produits, conclut le professeur.

Économie