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chronique

Non, les climatiseurs dans les automobiles ne causent pas le cancer

De la vapeur bleue sort des fentes d'un climatiseur dans une automobile.
Les climatiseurs ne relâchent pas de benzène. Photo: getty images/istockphoto
Jeff Yates

CHRONIQUE - Faut-il vraiment ouvrir ses fenêtres et attendre trois minutes avant de démarrer le climatiseur dans son automobile pour éviter de s'empoisonner au benzène? Une publication alarmiste prétend que oui. En vérité, il s'agit d'une légende urbaine qui circule depuis près de 10 ans.

Conduire, ça peut être dangereux. En 2017, on recensait 359 morts et 1501 blessés graves sur les routes du Québec. Mais voilà qu'on nous met maintenant en garde contre les dangers de... l'air climatisé?

Nous pouvons lire: LA CLIMATISATION AUTOMOBILE, UN TUEUR SILENCIEUX!

*La climatisation dans les voitures*:

*Le manuel du conducteur dit, avant d'allumer la climatisation, il faut ouvrir les fenêtres pendant au moins trois minutes, ils ne disent pas pourquoi, seulement, "pour son meilleur fonctionnement".*
*Voici la raison médicale*:
*s'il vous plaît, ne pas allumer la climatisation aussitôt que l'on entre dans la voiture*
*D'abord, il faut ouvrir les fenêtres et quelques minutes » etc.Agrandir l’imageCapture d'écran de la publication qui circule (cliquer pour agrandir). Photo : Capture d'écran - Facebook

« LA CLIMATISATION AUTOMOBILE, UN TUEUR SILENCIEUX! Le manuel du conducteur dit, avant d'allumer la climatisation, il faut ouvrir les fenêtres pendant au moins trois minutes, ils ne disent pas pourquoi, seulement, "pour son meilleur fonctionnement", peut-on lire dans une publication Facebook partagée plus de 4000 fois en quelques jours. D'après une étude réalisée, la climatisation produit du benzène, une toxine qui cause le cancer (on prend un peu de temps pour se rendre compte de l'odeur du plastique brûlé dans la voiture).
En plus de causer le cancer, le benzène empoisonne les os, cause l'anémie et diminue les globules blancs. »

Plusieurs choses clochent dans cette publication.

Premièrement, un tel avertissement n'apparaît pas dans les manuels de l'utilisateur des trois modèles d'automobile les plus populaires au Canada. Le manuel de la Chevrolet Cruze (Nouvelle fenêtre), de la Toyota Corolla (Nouvelle fenêtre) et de la Honda Civic (Nouvelle fenêtre) ne suggèrent pas au conducteur d'ouvrir les fenêtres ou d'attendre avant de démarrer la climatisation.

Deuxièmement, la publication fait mention de concentrations de benzène par centimètre carré (cm2) d'air, alors qu'il devrait être question de centimètre cube (cm3).

Troisièmement, je n'ai pas réussi à trouver une étude scientifique (Nouvelle fenêtre) qui affirme que les climatiseurs des automobiles relâchent du benzène.

Cette publication est en fait une traduction d'un courriel qui circule depuis au moins 2009 (Nouvelle fenêtre), selon le site de vérification des faits Snopes. Elle circule donc depuis un bon moment, même si l'histoire a été démentie depuis une décennie.

Une histoire de benzène

Comme le faisait remarquer l'année dernière le Dr Joe Schwarcz (Nouvelle fenêtre), de l'Organisation pour la science et la société de l'Université McGill, il est vrai que le plastique dans l'habitacle des automobiles relâche parfois du benzène, et que celui-ci peut être toxique.

Mais (il y a un gros « mais »), les concentrations de benzène dans les automobiles sont bien en deçà de ce qui est considéré comme dangereux. À titre d'exemple, le Dr Schwarcz fait remarquer que des concentrations de 30 à 80 mg de benzène par mètre cube d'air ont été liées à une augmentation de l'incidence de leucémie – mais ça, c'est chez des travailleurs qui respirent de telles concentrations toute la journée, plusieurs jours par semaine, pendant des années.

Vous trouverez dans votre automobile des concentrations beaucoup plus faibles. Une étude allemande en 2007 (Nouvelle fenêtre) a recréé, à l'aide d'une lampe chauffante, les mêmes conditions que celles d'une voiture laissée au soleil. On a testé l'air dans deux véhicules, un neuf et un vieux de trois ans. Les chercheurs ont trouvé des concentrations de 10,9 mg et de 1,2 mg de composés organiques volatils par mètre cube d'air. Et ça, c'est pour tous les composés, et non seulement le benzène.

Une auto de grosseur moyenne a un volume intérieur de 3,11 m3 à 3,37 m3 (Nouvelle fenêtre). On parlerait donc de 36,73 mg de composés organiques volatils dans une un tel véhicule dans le pire des scénarios. On est loin de ce qu'avance la publication Facebook, qui affirme qu'on a trouvé de 2 000 mg à 4 000 mg de benzène dans une auto.

Alors, comment limiter son exposition au benzène? L'Association américaine du cancer, qui a aussi cru bon de démentir ce message (Nouvelle fenêtre), offre quelques suggestions. Arrêtez de fumer et tentez de limiter votre exposition aux produits chimiques, surtout au travail.

Vous avez vu circuler une info douteuse, une photo louche ou une citation peu crédible? Envoyez-la-moi! Vous pouvez m'écrire un courriel ou me joindre sur Facebook ou Twitter.

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