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Comment les réformes du Parti libéral du Québec ont-elles touché les municipalités?

Le reportage d’Hugo Lavallée et Françoise Letarte

Le gouvernement de Philippe Couillard a mené d'importantes réformes de structure dans le but d'assainir les finances publiques au cours de son mandat. Si elles ont donné plus d'autonomie aux élus municipaux dans le secteur du développement économique et social, elles leur en ont paradoxalement retiré dans le secteur de la santé.

Depuis 2014, le gouvernement Couillard a transformé la vie municipale allant de l’abolition des Conférences régionales des élus et des Forums jeunesse à la réduction du financement des Centres locaux de développement. La réforme s'articulait notamment autour d’une révision de la structure de gouvernance et les transferts financiers aux municipalités pour leur accorder plus d’autonomie et de pouvoirs.

À Sorel-Tracy, où l’on a perdu 60 % des emplois entre les années 80 et les années 2000, le maire a d'abord reçu les réformes du gouvernement comme une mauvaise nouvelle.

Oui, on a eu des colères, oui on a eu des questions qu'on se posait.

Serge Péloquin, maire de Sorel-Tracy

Des fonds réservés au développement social et économique ont disparu. La MRC a décidé de conserver son Centre local de développement, mais a dû amputer 65 % de son budget.

En affaires, « c'est déjà assez complexe de travailler avec les différents organismes et ne plus savoir où se diriger. Ça a créé beaucoup de confusion et on commence à peine à s'en remettre », fait remarquer Josée Plamondon, directrice générale du Centre local de développement de Pierre-De Saurel.

L'objectif de ces réformes était de donner plus de pouvoir aux élus locaux, mais certains estiment que ça s'est fait au détriment de la participation citoyenne.

« Auparavant, le conseil d'administration était majoritairement représenté par la société civile […] maintenant, c'est quatre élus et trois entrepreneurs », ajoute Mme Plamondon.

« Il y a des convergences qui existaient auparavant et qui ne sont plus là parce qu'on a divisé les structures », explique René Lachapelle, vice-président sortant de la Société d'aide au développement de la collectivité Pierre-De Saurel.

Le maire de Sorel Serge Péloquin estime, malgré tout, que la réforme a eu du bon.

On réussit à faire beaucoup plus et beaucoup plus rapidement.

Serge Péloquin, maire de Sorel-Tracy

« On n'a pas à attendre un mois avant qu'un conseil d'administration se réunisse, donc la rapidité d'exécution et de décision, c'est ce qui fait la recette gagnante de la réussite de nos projets », souligne-t-il.

ChantierLes réformes ont donné plus d'autonomie aux élus municipaux dans le secteur du développement économique et social. Photo : Radio-Canada

Le secteur de la santé malmené par les réformes

L'autre secteur sérieusement touché par les réformes gouvernementales est celui de la santé, où ces changements reçoivent un accueil mitigé.

Si les réformes du gouvernement Couillard ont permis plus d'autonomie aux élus locaux en matière de développement économique et social, il en était tout autrement pour le secteur de la santé, où les pouvoirs ont été centralisés.

Le plan du ministre de la Santé Gaétan Barrette a modifié l'organisation et la gouvernance du réseau de la santé pour réaliser des économies d'échelle d'au moins 220 millions de dollars par année. Cela a eu pour effet d'éliminer les agences de santé et de services sociaux. Désormais, ce sont des Conseils intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) qui administrent le réseau.

Pour Jacques Godin, pneumologue et membre honoraire du CISSS de la Montérégie-Est, qui a exercé à l'Hôtel-Dieu-de-Sorel pendant 39 ans, « il n'y a plus de direction proche, plus de décisions importantes qui se prennent localement », sauf pour les détails.

M. Godin affirme que la fusion de son hôpital avec les établissements Pierre-Boucher à Longueuil et Honoré-Mercier à Saint-Hyacinthe a eu des effets pervers. Par exemple, quatre lits de soins intensifs ont dû être fermés, faute de personnel, durant la dernière période des fêtes. Une première en quatre décennies, dit-il.

En février 2017, la population de Sorel-Tracy avait amassé 230 000 $ pour l'achat d'un bronchoscope, mais le ministère de la Santé a résisté à son installation avant de céder devant la mobilisation des citoyens.

« Cela devait faciliter les communications, mais on a eu droit au contraire », explique Jacques Godin.

Les syndicats, de leur côté, confirment que de nombreux postes demeurent vacants.

Les gens sont fatigués, essoufflés, il n'y a plus de sentiment d'appartenance.

Micheline Charron, vice-présidente du syndicat pour le territoire Pierre-De-Saurel

Le CISSS de la Montérégie-Est reconnaît « avoir traversé une période de changements importants », mais il affirme qu'il y a eu des retombées positives : 29 nouveaux médecins de famille se sont installés sur le territoire Pierre-De Saurel depuis la création du CISSS et 34 millions ont été investis pour rénover les bâtiments.

Quant à l'absence de direction locale, on assure que trois directeurs adjoints du CISSS sont basés à Sorel-Tracy.

D’après le reportage d’Hugo Lavallée et Françoise Letarte

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