•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Maintenir un système distinct pour le cannabis médicinal divise les médecins

Des plantes de marijuana dans les installations d'Aurora Cannabis.
Certains médecins plaident pour que le cannabis médicinal continue à faire l'objet d'un système distinct du cannabis à usage récréatif. Photo: Radio-Canada / Julien Lecacheur

Santé Canada a déclaré qu'après sa légalisation le 17 octobre, le cannabis à usage récréatif fera l'objet d'un système séparé du cannabis médicinal. L'Association médicale canadienne (AMC) estime par contre que les médecins ne devraient pas jouer le rôle de « gardiens », ce que contestent des professionnels du secteur.

L’AMC dit qu’après la légalisation il ne devrait pas être nécessaire que le cannabis à usage à usage récréatif fasse l’objet d’un système séparé du cannabis thérapeutique.

Un porte-parole de l’organisme assure que les médecins continueront à travailler avec les patients, mais que certains de ses membres ne sont pas à l’aise avec le fait de prescrire du cannabis, à cause du manque de recherches cliniques, d'information et de supervision réglementaire.

Pour un système distinct

D’autres professionnels plaident, en revanche, pour le maintien de deux systèmes distincts, estimant que les médecins ont un rôle de « gardiens » à jouer.

Karey Shuhendler, de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC), souligne la différence entre cannabis thérapeutique et cannabis à usage récréatif. Le premier contient une concentration plus forte de cannabidiol, qui ne produit pas d’effet d’intoxication, et est plus faible en tetrahydrocannabidinol (THC), qui, au contraire, en produit.

L’AIIC craint que, si l’on fusionne les deux systèmes, l'appât du gain financier ne pousse les producteurs à se concentrer sur le cannabis à usage récréatif, ce qui réduirait l’accès au cannabis médicinal.

Nous pensons qu'il est prévisible que, sans le maintien d'un flux séparé pour le cannabis thérapeutique, la production du produit sera basée sur la demande des consommateurs, qui concernera surtout ce qui est appelé [cannabis à] des fins récréatives.

Karey Shuhendler, Association des infirmières et infirmiers du Canada

Elle s’inquiète, par ailleurs, que les patients ne demandent plus conseil à leur médecin : « Sans ce type de surveillance clinique, notre point de vue en tant qu’organisation, c’est que nous laissons en fait les patients se soigner eux-mêmes et se débrouiller seuls. »

C’est également l’avis de James MacKillop, directeur du Peter Boris Centre for Addictions Research (PBCAR) et du Michael G. DeGroote Centre for Medicinal Cannabis Research à l’Université McMaster à Hamilton.

« Je ne pense pas que nous devrions conserver un système de cannabis médicinal parce qu’il a fait ses preuves à maintes reprises dans différents contextes, mais parce que nous avons vraiment besoin de maintenir la surveillance, de faire plus de recherches, et d’engager un dialogue avec les patients plutôt que de leur permettre simplement de se diriger vers un usage récréatif », affirme-t-il.

Gary Symons, directeur des communications de Delta-9 Cannabis, producteur de cannabis et futur détaillant de Winnipeg, déplore aussi le manque de recherches dénoncé par l’AMC. Mais il affirme que son entreprise s’efforce d’introduire de nouvelles technologies pour améliorer la précision du dosage.

Le maintien d'un système médical distinct, dit-il, favorisera une meilleure compréhension du traitement par les cannabinoïdes au sein de la profession médicale.

Il en va de même du côté de l’entreprise National Access Cannabis qui, dans un communiqué, déclare : « Le marché récréatif s'adresse aux adultes et ne remplace pas les prescriptions médicales ni les évaluations et les tests de dépistage associés nécessaires pour soigner les patients. »

Un « mur de division »

Certains estiment néanmoins qu’il y a un travail à faire en ce qui concerne la perception du produit.

James O’Hara, consommateur de cannabis médical et président du groupe Canadiens pour l’accès équitable à la marijuana médicinale, indique que les patients « veulent vraiment parler à leurs médecins, mais [ils] pensent qu’il y a un mur de division en ce qui concerne le cannabis médicinal ».

M. O'Hara reconnaît que le système canadien de cannabis thérapeutique n'est pas parfait, mais il voit une occasion pour le pays d'être un leader sur la scène mondiale, et il souhaite que les médecins en fassent partie.

Le cannabis thérapeutique :

  • Le cannabis thérapeutique est légal au Canada depuis 2001.
  • D’après Santé Canada, plus de 296 000 Canadiens étaient inscrits pour recevoir du cannabis pour des raisons médicales à la fin mars 2018.
  • En mars 2018, environ 3500 médecins ont fourni de la documentation sur le cannabis thérapeutique à leurs patients et les producteurs détenteurs d’un permis ont effectué près de 133 000 livraisons au pays.

Manitoba

Santé publique