•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Four Loko, caféine et médicaments : un cocktail mortel

Le reportage de Marie-Pier Bouchard.

Consommer du Four Loko, de la caféine et des médicaments peut s'avérer fatal, comme dans le cas de Pierre Parent, un homme de 30 ans de Drummondville. C'est ce que soulève le coroner dans son rapport dont Radio-Canada a obtenu copie.

Un texte de Marie-Pier Bouchard

Audrey Provencher affirme que le rapport du coroner a confirmé ce qu'elle savait depuis le début : le Four Loko a joué un rôle dans la mort de son amoureux qu'elle a retrouvé inanimé à ses côtés le matin du 26 décembre dernier.

« Je savais que c’était à cause de cette boisson-là », a-t-elle lancé d'emblée lors de notre rencontre. Elle dit avoir vu Pierre développer une dépendance aux boissons sucrées fortement alcoolisées quelques mois auparavant, dès qu'il a commencé à en consommer.

Jeune femme portant un chandail noir et rouge attablée dans un café.Audrey Provencher souhaite sensibiliser les gens aux dangers associés à la consommation de boissons sucrées fortement alcoolisées comme le Four Loko. Photo : Radio-Canada

Encore très émotive, la jeune femme de 25 ans raconte qu’elle lui a fait part à plusieurs reprises de ses inquiétudes et qu'ils en ont souvent discuté, mais, selon elle, Pierre sous-estimait les effets d'une consommation quotidienne sur sa santé.

Il disait qu’il était jeune, il se pensait invincible.

Audrey Provencher
Pierre Parent, décédé le 26 décembre 2017, et sa conjointe, Audrey Provencher.Pierre Parent, décédé le 26 décembre 2017, et sa conjointe, Audrey Provencher. Photo : Audrey Provencher

Dans le cas de Pierre Parent, c'est le mélange de Four Loko, de caféine et d'un médicament contre le rhume qui a été fatal, conclut le coroner Yvon Garneau au terme de son investigation.

Il insiste d'ailleurs sur le fait que même si les risques associés à ces boissons ont été largement discutés dans les médias, peu de gens savent que la consommation simultanée avec d'autres substances du quotidien est potentiellement mortelle.

Ce qui semble méconnu du public est que la consommation simultanée d'alcool avec la caféine ou avec certains médicaments peut avoir un effet néfaste, voire fatal, comme en témoigne le décès de M. Parent.

extrait du rapport du coroner Yvon Garneau

Ainsi, le coroner Yvon Garneau recommande au ministère de la Santé et des Services sociaux de sensibiliser le public aux dangers de combiner alcool, caféine et certains médicaments. Il recommande également à Santé Canada d’émettre des avis publics en ce sens.

Par ailleurs, malgré tous les cas de jeunes adolescents dépendants à ces boissons sucrées fortement alcoolisées, le coroner Garneau est d'avis que les adultes ne sont pas à l'abri d'une telle dépendance, « puisque M. Parent en avait développé une », écrit-il.

« Du poison en canne »

Conscient de sa dépendance, Audrey Provencher raconte qu’avant sa mort, Pierre songeait à suivre une thérapie, mais que sa peur d’être jugé par ses proches et par ses collègues l’a freiné.

Même la diminution de son appétit, ses maux de ventre et ses vomissements, des symptômes apparus quelques semaines avant sa mort, ne l’ont pas convaincu de consulter un médecin. « Il pensait qu'il avait mal aux côtes, mais c'était son foie qui se détruisait à petit feu », explique Audrey Provencher.

Moi, j’appelle ça du poison en canne. Pierre le savait que j’appelais ça comme ça.

Audrey Provencher
À la suite de la mort de son amoureux, Audrey Provencher veut sensibiliser les gens aux dangers associés à la consommation de boissons sucrées fortement alcoolisées comme le Four Loko.À la suite de la mort de son amoureux, Audrey Provencher veut sensibiliser les gens aux dangers associés à la consommation de boissons sucrées fortement alcoolisées comme le Four Loko. Photo : Radio-Canada

Le frère de Pierre Parent, Jimmy, n’aurait jamais pensé perdre son grand frère de cette façon. Il ne savait pas que son frère avait développé une dépendance à ces boissons, tout comme ses parents d'ailleurs.

« Ce qui me touche c’est que je me disais que ça arrivait juste aux autres. Je n’aurais jamais cru que ça pouvait aller jusque-là », a-t-il mentionné lors d’un entretien téléphonique.

Visiblement affecté par le décès de son frère, il veut que les gens soient conscients de ce qu’il pourrait leur arriver en consommant ces boissons et il encourage ceux qui pensent avoir développé une dépendance à aller chercher de l'aide.

C’est un petit plaisir en canette qu’on achète au dépanneur, mais c’est un plaisir de courte durée qui détruit la santé. Il faut s’éloigner de ces canettes.

Jimmy Parent, frère de Pierre Parent
De gauche à droite, la mère de Pierre Parent, Chantal Charrette, Pierre Parent lui-même, son frère Jimmy et son père Jean-Pierre.De gauche à droite, la mère de Pierre Parent, Chantal Charrette, Pierre Parent lui-même, son frère Jimmy et son père Jean-Pierre. Photo : Jean-Pierre Parent

« Il avait la vie devant lui »

Audrey Provencher aurait préféré rester dans l'ombre et continuer à vivre son deuil dans l'intimité. Si elle accepte de se confier, c’est qu’elle espère que la mort de Pierre fera réfléchir la population, mais aussi les gouvernements.

Elle invite les gens à se tenir loin des boissons sucrées fortement alcoolisées comme le Four Loko et elle incite ceux qui auraient développé une dépendance à demander de l’aide.

Il [Pierre Parent] avait la vie devant lui et ça [le Four Loko] l'a tué à petit feu. Moi, je dirais de tout de suite de demander de l'aide pour vaincre la dépendance. Tu ne peux pas faire ça tout seul.

Audrey Provencher
Pierre Parent, décédé en décembre 2017 après avoir consommé du Four Loko, de la caféine et un médicament contre le rhume, et sa conjointe, Audrey Provencher.Pierre Parent, décédé en décembre 2017 après avoir consommé du Four Loko, de la caféine et un médicament contre le rhume, et sa conjointe, Audrey Provencher. Photo : Audrey Provencher

La jeune femme de 25 ans considère que la situation doit être prise encore plus au sérieux par les gouvernements.

« Moi, je n’accepterais pas de revoir une canette dans un dépanneur ou dans une SAQ. Quand c'est trop élevé en pourcentage d’alcool et qu'il y a des ingrédients poison, ça ne mérite pas d'être nulle part », renchérit-elle.

D'ailleurs, elle incite les gens à porter une attention particulière aux ingrédients que contiennent ces boissons avant d'en acheter. « Il y a des ingrédients que tu mets dans ton auto, donc tu ne bois pas ça, c'est certain », lance Audrey Provencher.

Un cocktail mortel

Pierre Parent était en bonne santé et ne consommait aucun médicament prescrit, selon ce qu’on peut lire dans le rapport du coroner. À première vue, rien ne pouvait expliquer une mort subite.

Dans les 24 heures qui ont précédé son décès, l'homme de 30 ans a consommé quatre canettes de Four Loko. Et avant d’aller au lit, le soir du 25 décembre, Pierre Parent a pris deux comprimés d’acétaminophène rhume et sinus parce qu’il ne se sentait pas très bien.

L'autopsie pratiquée sur le corps de l’homme a permis de découvrir un foie très endommagé et un coeur affaibli, signes d'une consommation d'alcool chronique et abusive vu le jeune âge de la victime, peut-on lire dans le document.

Les tests toxicologiques ont également détecté la présence de caféine, d’acétaminophène et d’un antihistaminique dans le sang de Pierre Parent et, dans son cas, c'est ce mélange qui a été mortel.

Conclusion : le coeur et le foie de Pierre Parent, fort probablement affaiblis par une consommation excessive d’alcool, ont flanché devant une combinaison d’alcool, de caféine et d'antihistaminique.

C’est du moins la cause la plus plausible dans les circonstances, selon le Dr Martin Laliberté, urgentologue et toxicologue médical au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) qui agit aussi comme consultant en toxicologie pour le Bureau du coroner.

Mauricie et Centre du Québec

Santé