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Moratoire demandé pour protéger la dernière forêt vierge de la Capitale-Nationale

Une forêt vierge menacée

De grands industriels s'apprêtent à réaliser des coupes massives d'arbres dans ce qui est considéré comme la dernière grande forêt vierge au sud du Québec, et ce, avec la bénédiction du gouvernement.

Un texte de Maxime Corneau

L’ingénieur forestier et professeur à l’Université Laval Louis Bélanger ne mâche pas ses mots lorsqu’il parle des compagnies qui couperont bientôt des centaines d’hectares de la forêt du lac à Moïse, une forêt ancienne située au nord de Portneuf et à l’ouest de la Réserve faunique des Laurentides.

« C’est comme si, à Québec, on décidait de démolir une église patrimoniale. Ça ne se remplace pas. On a notre dernière église écologique et on a décidé, semble-t-il, de la transformer en deux par quatre. C’est un peu triste », déplore-t-il.

Le territoire de coupes compte des dizaines de kilomètres carrés de vieilles forêts, selon M. Bélanger. La zone a été reconnue par un ensemble de groupes environnementaux comme le dernier grand massif de forêts intactes situé au sud du Québec

« C’est un îlot qui a été oublié ou contourné par l’industrie forestière depuis un siècle. En ce sens, c’est un accident historique assez fantastique, mais qu’on est en train d’éliminer », dénonce Louis Bélanger, qui est aussi responsable des dossiers de foresterie pour l'organisme Nature Québec.

Moratoire immédiat demandé

Des dizaines de kilomètres carrés de cette forêt ont été rendus disponibles à l’industrie forestière dans le plan opérationnel 2018-2023 du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP).

Une dizaine de compagnies forestières intéressées par la matière ligneuse abondante du secteur sont en attente de leurs permis de coupe et d'exploitation.

Devant cette situation, Louis Bélanger demande à Québec de déclarer ni plus ni moins qu'un moratoire sur le secteur afin de ne pas détruire ce qu’il qualifie d’« irremplaçable ». Il souhaite une suspension des coupes semblable à celle qui a été prononcée par Québec sur l’île d’Anticosti en juin.

Le gouvernement peut faire un moratoire, il peut déplacer les coupes ailleurs. C’est toujours possible pour le gouvernement.

Louis Bélanger. professeur de foresterie à l'Université Laval

Selon lui, cette « forêt ancienne » permet aux scientifiques d’avoir une perspective unique sur le monde forestier.

« Dans une période où l’on va connaître les changements climatiques, où les nouveaux stress vont se voir, ça nous permet de voir comment la nature s’adapte, comment elle peut travailler en termes de résilience. C’est un témoin que l’on est en train de perdre », explique-t-il.

Projet d’aire protégée huronne-wendate

Le secteur du lac à Moïse était visé jusqu’en 2017 par un projet d’aire protégée polyvalente de la nation huronne-wendate. Pendant des années, la communauté de Wendake a tenté, sans succès, de convaincre Québec du caractère exceptionnel de cette forêt, non seulement en termes forestiers, mais aussi en termes de patrimoine culturel.

En 2016, des relevés effectués par l’archéologue Michel Plourde, de l’Université Laval, avaient notamment permis de découvrir une série de peintures rupestres sur une falaise, ainsi que plusieurs preuves d’occupation par les Hurons-Wendats.


Peinture rupestre découverte en 2016 dans le secteur du lac à Moïse.            Peinture rupestre découverte en 2016 dans le secteur du lac à Moïse. Photo : Courtoisie de l'archéologue Michel Plourde

Malgré plusieurs appuis, notamment ceux de la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq) et de l’Université Laval, le projet n’a jamais vu le jour. Québec a toutefois protégé une partie voisine de ce massif forestier en créant l’aire protégée de la Seigneurie du Triton.

Le ministère ouvert à des « accommodements »

Au ministère des Forêts, le directeur des mandats stratégiques, Francis Forcier, ne croit pas qu’il soit nécessaire d’émettre un moratoire d’exploitation sur ce « vaste territoire ».

Selon lui, le Ministère n’a pas retrouvé d'éléments assez uniques pour lui octroyer un statut de protection.

« Si on l’avait reconnu, il aurait le statut d’écosystème forestier exceptionnel », précise M. Forcier. Un statut qui aurait empêché l’exploitation forestière du secteur.

« Elle n’a pas de statut particulier », martèle-t-il.

En ce qui concerne les artefacts autochtones retrouvés, M. Forcier ajoute que des discussions sont en cours avec la nation huronne-wendate pour éventuellement protéger de petites superficies stratégiques.

On est en train de regarder des mesures d’harmonisation qu’on peut faire […] Il pourrait y avoir des noyaux de protection s’ils sont demandés et s’ils sont identifiés

Francis Forcier, directeur des mandats stratégiques au ministère des Forêts

Dès que les discussions avec Wendake auront abouti, les permis de coupe seront délivrés par le ministère des Forêts. Francis Forcier ajoute que de petites coupes ont été réalisées dans le secteur depuis 2016. Ces coupes se poursuivront malgré les discussions avec la nation huronne-wendate.

Au cabinet du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette, on s'est refusé à tout commentaire.

Québec

Industrie forestière