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Trudeau s'explique après un vif échange avec une citoyenne sur les demandeurs d'asile

Les précisions de Mathieu Gohier
Radio-Canada

Justin Trudeau estime justifiée la façon dont il a rabroué une citoyenne qui l'interpellait, jeudi dernier, sur les coûts liés à l'accueil des demandeurs d'asile. Lors d'un point presse lundi, le premier ministre a expliqué que l'intolérance n'a pas sa place au Canada.

« Il y a des gens qui continuent de créer un sentiment de peur […] pour des gains politiques », a-t-il déploré. « Jamais on ne devrait accepter la peur et la division comme un outil politique. Vouloir réunir les gens, c’est ce qui rend le Canada fort », a-t-il poursuivi.

M. Trudeau a par la suite voulu rassurer les Canadiens en réaffirmant que les règles continuent de s’appliquer à chaque nouvel arrivant, quelle que soit la manière dont il entre au pays.

« Je vais toujours souligner fermement que [l’intolérance] n’a pas sa place dans le discours politique au Canada », a-t-il martelé.

« Votre racisme n'a pas sa place ici »

Jeudi, une citoyenne l'avait apostrophé lors d'un rassemblement à Sainte-Anne-de-Sabrevois, près de Saint-Jean-sur-Richelieu.

« Quand allez-vous nous remettre les 146 millions qu’on a payés pour vos immigrants illégaux? », demandait la femme de 74 ans.

Le premier ministre lui a alors répondu en haussant fortement le ton : « Cette intolérance par rapport aux immigrants n’a pas sa place au Canada […] Vous n’avez pas votre place ici », a-t-il poursuivi.

« Le Canada a été bâti par des vagues d’immigration qui ont été accueillies par les Premières Nations, qui nous ont montré comment bâtir une société forte », a-t-il ajouté, avant de lancer : « Madame, votre racisme n’a pas sa place ici. »

La scène a été filmée et mise en ligne sur différentes plateformes. Elle a suscité de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux.

Dans une précédente version de cet article, une formulation imprécise était utilisée pour décrire la tranche d’âge dont fait partie la citoyenne qui a interpellé le premier ministre Trudeau.

Qui a posé la question?

Plusieurs informations circulent par ailleurs à propos de l'identité de la femme ayant apostrophé le premier ministre.

Selon La Presse canadienne, la dame, Diane Blain, est membre du groupe de droite identitaire Storm Alliance sur le réseau social Facebook.

Ce groupe est à l'origine de plusieurs manifestations pour dénoncer l'arrivée de demandeurs d'asile à Saint-Bernard-de-Lacolle, à la frontière avec les États-Unis.

CBC News avance pour sa part que Mme Blain semblait être accompagnée par au moins deux hommes, dont l'un qui la filmait. L'autre pourrait être Mario Dallaire, leader du groupe séparatiste anti-immigration Front patriotique du Québec.

Mme Blain apparaîtrait d'ailleurs sur des photos d'un rassemblement de ce groupuscule organisé le lendemain.

Scheer critique Trudeau

Réagissant lundi soir sur Twitter, le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, a critiqué son homologue libéral.

« En rejetant des questions légitimes à propos de sa politique frontalière ratée à l'aide d'insultes personnelles viles, c'est [Justin] Trudeau lui-même qui est coupable de polarisation du débat », a-t-il écrit sur le réseau social.

Le chef conservateur reprend d'ailleurs l'expression « immigrants illégaux », un terme erroné au regard du droit canadien.

L'échange impliquant le premier ministre a également fait réagir l'ex-députée péquiste Elsie Lefebvre et le député solidaire Amir Khadir, tous deux invités comme panélistes à l'émission Mordus de politique, sur ICI RDI.

Pour Mme Lefebvre, le premier ministre a ainsi « définitivement pété sa coche » et « attendait qu'on lui pose la question [du remboursement] pour réitérer [sa position sur l'immigration] ».

L'ex-députée estime par ailleurs que le geste s'inscrit dans la foulée des nombreuses sorties, ces dernières semaines, du député conservateur de Beauce, Maxime Bernier, sur la question du « multiculturalisme extrême » du gouvernement libéral.

« Il faut faire attention comment on aborde ces questions, mais on peut discuter [des compétences fédérales et provinciales] », a poursuivi Mme Lefebvre, qui croit que le premier ministre aurait dû demeurer « froid » et répondre « de manière posée, même si la question était indélicate ».

Aux yeux d'Amir Khadir, la question de la dame découle d'une « politique du ressentiment », puisque la question portait sur les « immigrants illégaux », et non pas sur les demandeurs d'asile.

M. Khadir croit toutefois qu'il « ne sert à rien de vilipender la personne », et que M. Trudeau aurait dû être « plus posé ».

Demande de remboursement

En mars, le ministre québécois de l’Immigration, David Heurtel, et celui des Relations canadiennes, Jean-Marc Fournier, avaient demandé à Ottawa le remboursement de la totalité des sommes engagées pour l’accueil des réfugiés en 2017.

Par la suite, le gouvernement fédéral avait accepté d'étudier cette demande et créé un groupe de travail pour se pencher sur la question.

Les ministres québécois estimaient alors que ce montant s’élevait à 146 millions de dollars.

Avec les informations de La Presse canadienne, et CBC News

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