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Fournitures scolaires : 10 $ par enfant dans une classe de Granby

Le reportage de Jacaudrey Charbonneau.

Alors que la période d'achat de fournitures scolaires bat son plein, à deux semaines de la rentrée, un enseignant de Granby a invité les parents à ne rien acheter cette année. C'est lui qui s'occupe de tout fournir à ses élèves de 2e année, avec une contribution de seulement 10 $ par enfant.

Un texte de Myriam Fimbry

À quelques jours de la rentrée, à l'École du Phénix, l'enseignant Martin Giard range des dizaines de crayons de couleur dans des pots. Il prévoit disposer deux pots par table lorsque ce sera le temps de s'en servir.

Les crayons appartiennent à la classe, au lieu que chaque élève possède son « ensemble de 24 crayons de couleur en bois aiguisés », comme il est demandé dans la liste des articles scolaires des autres classes de 2e année.

D'ailleurs, s'ils avaient leurs propres crayons, les élèves ne pourraient pas les ranger dans leur pupitre. Martin Giard a remplacé les pupitres par des tables toutes simples, autour desquelles plusieurs enfants peuvent s'asseoir.

Il n'y a plus de pupitres, donc le matériel se partage. C'est moi qui ai acheté les règles, les ciseaux. Je les reprends d'une année à l'autre. Les crayons, c'est dans des pots communs. On les prend au besoin.

Martin Giard, enseignant de 2e année

Tout le matériel nécessaire pour colorier, découper, coller ou écrire est soigneusement rangé dans un placard, près de la porte d'entrée.

Ce qui occasionne, curieusement, moins de bris et de pertes. « Quand l'élève s'ennuie, il aiguise son crayon pour s'occuper et la mine se brise, remarque l'enseignant. Et vous savez, dans les pupitres, le crayon se perd, le crayon se casse, l'efface se casse. On perd beaucoup de choses dans un pupitre, aussi drôle que ça puisse paraître! »

Bien des articles peuvent resservir d'une année à l'autre. Martin Giard pioche dans son budget de classe pour renouveler lui-même les fournitures, si nécessaire. « Comme là, il me reste des crayons de couleur, je n'ai pas besoin de renouveler l'achat immédiatement. » Ses dépenses représentent environ le cinquième de son budget de classe.

Moins de papier, moins de duo-tangs

Depuis qu'il est arrivé à l'École du Phénix, il y a quatre ans, l'enseignant a progressivement réduit au minimum le matériel utilisé en classe, par souci environnemental et pour explorer de nouvelles façons d'enseigner et d'intéresser les enfants.

Dans la classe de Martin Giard, il n'y a plus de pupitres. Le matériel est placé sur les tables en fonction des besoins.Dans la classe de Martin Giard, il n'y a plus de pupitres. Le matériel est placé sur les tables en fonction des besoins. Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

« Ça m'est venu par souci écologique », raconte celui qui a déjà été candidat pour le Parti vert du Québec à des élections provinciales. « J'avais une classe jumelée, donc une liste de matériel de 1re année et une liste de 2e année. Puis je trouvais que ça me faisait beaucoup de matériel! Dont une partie que je n'utilisais pas nécessairement. Vous savez, certains duo-tangs... »

Les fameux duo-tangs, ces reliures cartonnées ou plastifiées, avec deux attaches au milieu pour tenir les feuilles à trous, figurent sur toutes les listes de fournitures scolaires, dès la 1re année, avec des couleurs imposées pour faciliter les consignes en classe : rouge, vert, turquoise, mauve, orange, jaune, noir, etc.

Liste normale de fournitures scolaires pour les élèves de 2e année de l'école primaire du Phénix, à Granby. La facture peut atteindre 75$, excluant les autres frais de photocopies et d'achats de matériel par les enseignants (environ 75$ aussi).Liste normale de fournitures scolaires pour les élèves de 2e année à l'École du Phénix, excluant les photocopies et achats par les enseignants. Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

L'enseignant d'une vingtaine d'années d'expérience a réduit les photocopies – et le nombre de duo-tangs est passé de sept à deux –, il a éliminé l'agenda ainsi que les coûteux cahiers d'exercices.

Classe virtuelle

Pour réaliser cet exploit, il a changé ses méthodes d'enseignement, en utilisant davantage les nouvelles technologies. Ainsi, il emmène ses élèves au local d'informatique, une ou deux heures par jour.

Les enfants réalisent à l'ordinateur de nombreux exercices, tout aussi pertinents que s'ils étaient imprimés sur papier et photocopiés en 20 exemplaires.

« J'ai une classe virtuelle, si vous voulez. J'ai ce qu'on appelle un groupe Office, les enfants ont chacun leur compte. J'envoie des exercices ou des lectures sur leur compte, puis eux autres, ils peuvent me retourner leur travail et je le leur renvoie corrigé. »

Les élèves peuvent également poursuivre certains travaux après la classe en se connectant à la maison.

Quand tout est sous format papier, ça demande beaucoup plus de crayons, beaucoup plus de feuilles. Tandis que là, avec l'informatique, ça diminue grandement.

Martin Giard, enseignant de 2e année

Les parents peuvent voir les travaux en ligne et suivre les progrès (ou les lacunes) de leur progéniture. La liste des devoirs n'est plus une mystérieuse feuille oubliée à l'école ou collée dans un agenda, lui aussi égaré. Martin Giard demande à ses élèves de l'envoyer par courriel à leurs parents.

Les enfants se prêtent volontiers au jeu, ravis d'utiliser les nouvelles technologies. Martin Giard assure que ses élèves continuent à écrire sur du papier une bonne partie du temps de classe. Mais il est convaincu qu'« on est rendus là, sur le plan de l'usage de l'informatique ».

Facture réduite

Résultat : cette année, il ne demandera que 10 $ par enfant, au lieu de 100 $ l'an dernier. Et cette somme servira uniquement à couvrir le coût des photocopies, notamment pour produire les cahiers d'écriture lignés, fabriqués à peu de frais par l'enseignant.

La classe « lab » de Martin Giard ne demande aucun achat d'articles scolaires avant la rentrée.La classe « lab » de Martin Giard ne demande aucun achat d'articles scolaires avant la rentrée. Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Quelques dollars de plus s'ajouteront pour les spécialités (anglais et musique) et pour les sorties. Facture totale: 25 $. Une aubaine!

Dans cette transition, Martin Giard a eu le soutien d'un conseiller pédagogique de la Commission scolaire du Val-des-Cerfs, pour s'assurer que les objectifs du programme seront atteints. Il s'est aussi appuyé sur de nombreuses recherches et lectures personnelles sur la façon d'intégrer les technologies en classe.

De plus, sa classe « lab » comprendra aussi cette année de l'éducation physique chaque jour.

Le directeur de l'école, Stéphane Campbell, est visiblement fier de cette expérience originale. Sans forcer le mouvement, il pense que d'autres enseignants vont s'y intéresser et s'en inspirer.

Des enseignants ont questionné Martin l'année passée, il y en a qui voulaient peut-être emboîter le pas. Finalement, ils ont pris un pas de recul. C'est correct aussi, je respecte ça. Mais je pense que ça va faire des petits, surtout dans un milieu comme le nôtre.

Stéphane Campbell, directeur de l'École du Phénix

L'école est située dans l'un des quartiers les plus défavorisés de Granby. Les parents sont d'autant plus heureux que la facture scolaire soit réduite. « Le but ultime, ce n'est pas juste la facture scolaire, précise le directeur. C'est d'adapter l'enseignement. C'est un choix que Martin a fait. »

Un choix qui demande un peu plus de gestion du matériel utilisé en classe. « C'est moi qui aiguise les crayons », conclut en souriant Martin Giard.

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