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Les prévisions financières du gouvernement libéral sont « plausibles »

Les explications de Véronique Prince.

L'analyse très attendue de la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, sur le rapport préélectoral du ministère des Finances du Québec laisse peu de place à la critique. Les prévisions sont « plausibles dans tous leurs aspects significatifs », écrit-elle. Cet examen met aussi fin à l'époque où les nouveaux gouvernements découvraient des imprévus budgétaires une fois au pouvoir.

Un texte de Mathieu Dion, correspondant parlementaire à Québec

C’était une obligation que s’étaient imposée les libéraux de Philippe Couillard en avril 2015 : il fallait présenter aux citoyens, avant le déclenchement d’une campagne électorale, un rapport complet sur l’état des finances publiques et le faire valider par un œil externe.

Préalablement, le Vérificateur général du Québec avait découvert un potentiel trou financier de 5,7 milliards de dollars pour l’année 2014-2015. Le gouvernement du Parti québécois avait pourtant mené une campagne en faisant état d'un déficit bien moindre de 1,75 milliard.

Dans son rapport préélectoral déposé lundi, le ministre des Finances, Carlos Leitao, conclut que l’excédent budgétaire a atteint 2,3 milliards de dollars l’année dernière, soit 1,5 milliard de plus que prévu en raison d’une augmentation des revenus de l’impôt des particuliers et des sociétés.

Plus encore, il prévoit des surplus de 950 millions de dollars pour chacune des trois prochaines années.

Notons que M. Leitao anticipe avec prudence la croissance économique du Québec, soit 2,1 % en 2018 et 1,7 % en 2019. Ces prévisions sont inférieures de 0,1 % par rapport à celles du secteur privé, constate la vérificatrice générale.

La vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc (au centre), valide les prévisions financières du gouvernement sortant. La vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc (au centre), valide les prévisions financières du gouvernement sortant. Photo : Radio-Canada

Nous avons recensé certains facteurs qui peuvent affecter la réalisation des prévisions, mais leur impact n’est pas suffisamment significatif pour modifier notre conclusion.

Guylaine Leclerc, vérificatrice générale du Québec

Le gouvernement a « la note de passage, c'est certain », admet Guylaine Leclerc.

Elle précise toutefois que des incertitudes « non négligeables » liées aux aléas de l'économie risquent d’annuler les prévisions du gouvernement. Si les effets néfastes de la renégociation de l’ALENA ou de mesures protectionnistes tardaient à se faire sentir, par exemple, Québec pourrait « profiter d’une marge de manœuvre supplémentaire ».

Dans son rapport, Mme Leclerc ne porte pas de jugement sur le train de dépenses élevé en cette année électorale, mais assure qu'elles ont toutes été bien comptabilisées. « On a fait notre travail de ce côté-là », dit-elle.

Malgré les surplus plus importants que prévu, le gouvernement libéral pige 637 millions de dollars dans la réserve de stabilisation en 2018-2019 – 950 millions de moins que prévu. C’est la seule année où l’équilibre budgétaire n’est pas atteint dans cette réserve, qui atteindra la somme inégalée de 8,6 milliards en 2022-2023.

L'obligation de présenter aux citoyens un rapport complet sur l’état des finances publiques validé par un œil externe avant le déclenchement d’une campagne électorale est une mesure libérale adoptée en avril 2015. Il s'agit donc de tout premier rapport de la sorte. L'obligation de présenter aux citoyens un rapport complet sur l’état des finances publiques validé par un œil externe avant le déclenchement d’une campagne électorale est une mesure libérale adoptée en avril 2015. Il s'agit donc du tout premier rapport de la sorte. Photo : Radio-Canada

Incertitude accrue en raison du REM

En plus de la guerre commerciale avec les États-Unis, certains facteurs accroissent l’incertitude des prévisions budgétaires « parce qu’ils peuvent avoir un effet sur la dette ».

Ce serait le cas notamment de versements imprévus de sommes pour financer la construction du Réseau express métropolitain (REM); des dépassements de coûts pouvant se produire.

Une fois de plus, la vérificatrice générale Guylaine Leclerc a critiqué la méthode de calcul des déficits cumulés. En effet, pour le financement de grands projets, Québec ne tient pas compte de l’ensemble de la dette, mais du coût annuel pour son remboursement.

La dette serait donc sous-évaluée « de façon significative » de près de 10 milliards de dollars.

Les partis politiques sur un pied d'égalité

Tous les partis politiques ont maintenant les mêmes assises pour bâtir leur cadre financier.

Réunis en caucus à Scott, en Beauce, les libéraux se sont félicités des conclusions de la vérificatrice générale. « Ce n'est pas arrivé par hasard, ce sont des années de travail constant », a déclaré le premier ministre Philippe Couillard.

À la Coalition avenir Québec, le porte-parole en matière de finances, François Bonnardel, ne fait pas grand cas de ce rapport pour le moins positif.

« Je ne suis pas surpris du résultat, affirme-t-il. J'ai vu ce film dès le début du mandat quand on a eu une compression des dépenses majeure, en dessous des coûts de système. [...] Soudainement, on a les bonbons électoraux et une croissance additionnelle qui a commencé à augmenter. »

Aux dires du Parti québécois, la vérificatrice générale a confirmé « l'austérité que les Québécois ont vécue ces dernières années ». Pire, selon le PQ, cet examen illustre un manque à gagner de 868 et de 739 millions de dollars en 2019-2020 et 2020-2021, si Québec reconduit les programmes gouvernementaux. Dans le cas contraire, cela se traduirait en théorie par d'autres compressions, pense le porte-parole péquiste en matière de finances, Nicolas Marceau.

Tout ce qu'elle [la vérificatrice générale] dit, c'est que les additions sont correctes [...] et que les prévisions de croissance économique correspondent à ce que les économistes pensent qu'il va arriver, mais elle ne fait pas d'interprétation de ces chiffres.

Nicolas Marceau, porte-parole en matière de finances et ex-ministre des Finances du Parti québécois

De son côté, Québec solidaire dénonce à nouveau les compressions budgétaires effectuées par le gouvernement libéral en début de mandat. « Philippe Couillard n’a pas de quoi être fier », a pesté le député Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole du parti, dans un communiqué. « Pour moi, c’est un mauvais gestionnaire. Il a causé du mal à sa population en criant au loup à propos de l’état soi-disant désastreux des finances publiques. »

En 2015-2016, la croissance des dépenses de missions, c'est-à-dire les champs d'activité fondamentaux d'un gouvernement, a chuté à 1,1 %, puis a rebondi à 5,9 % l'année dernière. Elle s'établira en moyenne à 3,7 % d'ici 2020-2021.

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