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analyse

Les « sans-papiers » de François Legault

Le premier ministre Philippe Couillard écoute le chef de la CAQ, François Legault, lors d'un événement organisé par l'Institut du Nouveau Monde, le 17 août 2018.

Le premier ministre Philippe Couillard écoute le chef de la CAQ, François Legault, lors d'un événement organisé par l'Institut du Nouveau Monde, le 17 août 2018.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Michel C. Auger

Dès la première sortie conjointe des chefs de partis, avant même le déclenchement formel de la campagne électorale, on aura vu ce qui va le plus nuire à François Legault d'ici le 1er octobre : la position de son parti sur l'immigration.

Elle a été adoptée quand le parti était troisième dans les sondages et avait besoin de visibilité. C’était l’époque où le pouvoir semblait bien loin et où, pour faire les manchettes, M. Legault devait accuser ses adversaires des pires intentions.

Ainsi, à l’automne de 2016, lors d’élections partielles, le chef de la CAQ accusait libéraux et péquistes d’être favorables à des enseignantes vêtues d’un tchador dans les écoles du Québec. Même si on n’en a jamais vu...

C’est dans ce contexte qu’est née la proposition de la CAQ de baisser les seuils d’immigration de 20 % et d’exiger après trois ans des tests de valeurs québécoises et de français avant de donner le Certificat de sélection du Québec, requis pour obtenir la citoyenneté canadienne.

Le problème est survenu quand les porte-parole de la CAQ se sont fait demander, tout naturellement, ce qui arriverait si quelqu’un échouait à l’un des tests et qu’ils ont commencé à parler d’expulsion et de renvoi dans le pays d’origine.

Après avoir subi plus que sa part d’attaques sur la question, M. Legault a voulu adoucir sa position le printemps dernier en disant qu’il n’expulserait personne puisque, de toute façon, cela était de juridiction fédérale.

Vendredi dernier, dans un événement organisé par l’Institut du Nouveau Monde, M. Legault a été questionné et chahuté sur la question et a comparé la situation des gens qui échoueraient à un test à « un touriste qui resterait ici plus de six mois. Il serait illégal ».

Et, avec un certain soulagement, M. Legault ajoutait qu’on pourrait toujours négocier avec le gouvernement fédéral puisque c’est à lui, et pas au gouvernement du Québec, que reviendrait l’odieux de l’expulser.

En réalité, ces gens pourraient toujours rester ici, dans une sorte de zone grise, sans citoyenneté, mais sans être pour autant des criminels.

Et comme la police en a déjà plein les bras avec les crimes violents, les fraudes et les autres infractions au Code criminel, on sait déjà que la chasse aux sans-papiers ne deviendra jamais une priorité des autorités fédérales.

Se créer sciemment un problème

Dans les faits, le Québec se trouverait donc à se créer, en toute connaissance de cause, un problème de « sans-papiers ». Un problème qui touche aujourd’hui plusieurs pays européens comme la France ou la Belgique et, bien sûr, les États-Unis.

Ce ne sont pas des criminels, mais des gens en situation irrégulière, et qui n’ont pas le droit de travailler ni de recevoir les services de l’État. Mais ils vont, inévitablement, se trouver de petits boulots dans la restauration ou la construction, au noir, dans des conditions précaires. Et on va les traiter dans nos hôpitaux, parce que nous n’allons pas laisser les gens mourir sans soins dans la rue.

Au début, il n’y en aurait pas beaucoup, mais l’expérience des autres pays montre que ce nombre croît souvent très vite. Et que cela devient un problème sérieux pour une société. On n’a qu’à voir ce qui se passe aux États-Unis ou en France.

Avec des familles installées au pays, dont les enfants ont la citoyenneté parce qu’ils y sont nés, mais dont les parents sont toujours en situation irrégulière.

Le « premier ministre économique »

L’autre problème de M. Legault concerne sa proposition de baisser les seuils d’immigration. M. Legault veut faire campagne en se présentant comme « le premier ministre économique », comme le disent ses affiches.

Dans notre situation de presque plein emploi, on aura beaucoup de mal à trouver un acteur du monde économique – des chambres de commerce aux maires en passant par les entrepreneurs – qui veulent que ce soit le temps de limiter l’immigration au Québec.

Même en région, où l’immigration était traditionnellement moins populaire, on entend les maires réclamer plus de travailleurs étrangers et déplorer qu’ils s’installent de façon très majoritaire dans la région de Montréal.

Nos lois sur l’immigration ont été conçues à une époque de chômage élevé, où il était facile de voir les immigrants comme des « voleurs de jobs ».

En très peu de temps, l’immigration est devenue une nécessité économique dans bien des secteurs. Ce n’est bien sûr pas une panacée, mais c’est une partie de la solution aux graves problèmes de pénurie de main-d’œuvre qui sont déjà présents et qui ne vont que s’accroître.

Si M. Legault veut être un « premier ministre économique », il devra maintenant défendre sa politique d’immigration devant les milieux d’affaires qui y seront de plus en plus ouvertement sceptiques. Ou même hostiles.

Michel C. Auger

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