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Face à la censure chinoise, Google est tiraillé entre développement et principes

Un drapeau chinois flotte devant un bâtiment au logo de Google.

Google a quitté la Chine en 2010, mais le groupe pourrait y faire son retour.

Photo : AFP/Getty Images / LIU JIN

Agence France-Presse
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le projet de Google de développer un moteur de recherches compatible avec la censure pour se réinstaller en Chine a provoqué l'ire des employés du géant des technologies, illustrant le dilemme auquel est confronté le secteur pour accéder à des marchés lucratifs.

« L'industrie de la technologie a une vision utopique du monde et de lui-même », avance Irina Raicu, directrice du programme de déontologie de l'Internet à l'université de Santa Clara en Californie.

Rendre le monde meilleur est un adage bien connu dans la Silicon Valley, prêché de manière intense par les géants comme Google ou Facebook et qui fait partie de leur identité.

Face à la censure et aux cyberattaques, Google avait retiré son moteur de recherche de Chine en 2010 et nombre de ses services restent depuis bloqués dans la deuxième économie mondiale. Un hypothétique retour en Chine du géant de l'Internet, qui s'est autoproclamé champion de l'information librement accessible dans le monde, fait donc polémique au sein du groupe.

Selon la presse américaine, des centaines d'employés de Google ont ainsi signé une lettre de protestation après des informations rapportant que leur compagnie travaillait sur le développement d'une version de son moteur de recherche adaptée aux exigences de censure de Pékin.

Les employés veulent en savoir davantage sur ce projet baptisé « Dragonfly », invoquant leur droit à contrôler l'éthique de leur travail au sein de l'entreprise, mais Google aura du mal à expliquer sa participation à la censure en ligne en Chine, selon Irina Raicu.

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— Une citation de  Irina Raicu, directrice du programme de déontologie de l'Internet à l'université de Santa Clara en Californie

Le patron de Google Sundar Pichai a assuré, selon des propos rapportés vendredi par l'agence Bloomberg, qu'il ne s'agissait, pour l'heure, que d'une piste « exploratoire ».

L'idéalisme des grandes entreprises de la Silicon Valley, qui se sont forgé une image de sociétés dévouées à faire le bien, ou du moins à « ne pas faire le mal », s'est heurté fréquemment à la réalité quand elles ont dû faire des compromis avec des gouvernements qui bâillonnent l'activité sur Internet.

Un marché prisé, mais particulier

En Chine, Facebook est interdit, mais la société de Mark Zuckerberg ne s'est pas privée d'explorer les opportunités d'y établir une tête de pont, même si elle est réduite à un « incubateur » qui encourage les entrepreneurs locaux.

L'an dernier, le premier réseau social mondial a discrètement lancé en Chine, par le biais d'un développeur local, une application de partage de photos baptisée « Colorful Balloons ». Et il y a deux ans, Facebook avait été accusé d'avoir développé des outils permettant de filtrer les sujets interdits par la censure chinoise.

Même Apple a dû faire des concessions en Chine, retirant des produits de ses magasins et transférant le contrôle du stockage en ligne de documents (cloud) des clients chinois à une compagnie locale.

En attendant, des compagnies informatiques chinoises comme Baidu, Tencent, Alibaba et WeChat ont prospéré.

Si Google et d'autres titans du secteur technologique cotés en Bourse aux États-Unis sont juridiquement obligés de maximiser leur valeur pour l'actionnaire, être perçus comme donnant « un petit coup de pouce à l'oppression en Chine » peut nuire à leurs affaires comme à leur réputation, note Cynthia Wong, de Human Rights Watch.

Cette chercheuse spécialiste de l'Internet appelle les firmes technologiques voulant commercer avec la Chine à mettre des programmes en place pour améliorer la situation au regard de la censure et des droits de la personne, qui s'est aggravée depuis le départ de Google.

L'entreprise fait partie des compagnies de la haute technologie qui se vantent d'une culture où les salariés sont encouragés à partager leurs opinions, où l'environnement est favorable aux engagements des employés quand les valeurs semblent compromises, selon Ann Skeet, du centre d'éthique à l'université Santa Clara.

Les employés, dont beaucoup sont des millénariaux (18-35 ans), ressentent aussi le besoin de savoir comment leur travail sera utilisé afin d'être en mesure de décider s'ils s'en accommodent.

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