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Les lesbiennes à l’honneur pour le défilé de la fierté

Plusieurs groupes de la mouvance LGBTQ ont participé au défilé de la Fierté, dimanche à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Hugo Prévost

Radio-Canada

Pour la première fois, un groupe de femmes lesbiennes a ouvert le défilé de la fierté à Montréal, qui s'est déroulé dimanche au centre-ville.

Un texte de Delphine Jung

Ces femmes estiment que leur image souffre encore de stéréotypes et visent ainsi à réclamer davantage de visibilité.

« L’année dernière, à la fin du festival, nous avions publié un communiqué de presse pour faire part de notre déception. On ne se sentait pas incluses dans la communauté », explique Julie Antoine, directrice générale du Réseau des lesbiennes du Québec (RLQ).

« Selon le déroulement des événements et de notre point de vue, les femmes de la diversité sexuelle ont été rendues invisibles par Fierté Montréal et plusieurs erreurs et oublis importants ont été commis à leur égard », pouvait-on lire dans le communiqué de 2017.

Pour y remédier, Fierté Montréal a créé un comité de femmes qui allie différents organismes comme le RLQ, Hot Sauce ou encore Lez Spread The World, qui essaient de faire rayonner les communautés lesbiennes.

La carte de Montréal montre où a circulé le défilé de la fierté.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le défilé devrait durer environ trois heures.

Photo : Radio-Canada

La présence de femmes ouvrant le cortège qui a parcouru le boulevard René-Lévesque entre les rues Metcalfe et Alexandre-DeSève, dimanche, est donc un symbole fort pour ces militantes, car la bataille de la parité se livre aussi dans la communauté gaie.

Lorsqu’on parle de la communauté LGBT, on parle souvent du G [gai]. Il suffit de regarder le quartier du Village dans lequel les femmes ont peu de place. Elles souffrent encore d’invisibilité.

Maïka Montminy, artiste LGBTQ+
Maika MontminyAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Maika Montminy sera en tête du cortège pour faire entendre la voix des lesbiennes.

Photo : fournie par Maika Montminy

Julie Antoine va même plus loin en accusant « la communauté gaie d'être patriarcale ».

« On voit souvent des hommes blancs mis de l’avant, les femmes passent sous le radar », souligne-t-elle en ajoutant qu'il manque encore des modèles féminins de pouvoir qui osent s’exposer.

Les militantes estiment aussi que la société donne généralement une connotation érotique, voire « fétichiste » de leur orientation sexuelle.

Lorsque vous tapez “lesbiennes” dans un moteur de recherche, ce n’est généralement pas sur le site du RLQ que vous tombez en premier, mais sur des sites pornographiques.

Julie Antoine, directrice générale du Réseau des lesbiennes du Québec

En entrevue sur RDI, le vice-président de Fierté Montréal, Jean-Sébastien Boudreault, a reconnu que les femmes membres de la mouvance LGBTQ souffrent d'une certaine forme d'invisibilité.

« Pourquoi [ne pas avoir placé les femmes à l'avant-plan] plus tôt? C'est une très bonne question. L'important, c'est qu'elles soient mises de l'avant cette année. Et ce ne sont pas simplement les femmes lesbiennes; on parle de tout le spectre de la féminité, des femmes transsexuelles, des femmes bisexuelles, on veut vraiment donner la place aux femmes. »

« Pendant plusieurs années, on a appelé ça le "gay pride"; maintenant, c'est la Fierté. Ça a été une réalité que l'homme blanc gai a été beaucoup plus représenté que le reste du spectre LGBTQ », a ajouté M. Boudreault, en précisant qu'« il y a encore beaucoup de travail à faire » du côté des minorités, des personnes allosexuelles ou des personnes non binaires, par exemple.

Un drapeau pour les femmes

Lors du défilé et au rassemblement qui l'a suivi au parc des Faubourgs, les militantes ont hissé le drapeau gagnant du concours organisé par Fierté Montréal.

Dans un communiqué, Gina Mehra, sa créatrice, explique son concept : « Il présente une pièce maîtresse, soit un triangle rappelant l’autonomie des femmes et leurs combats. Le petit triangle magenta se veut une représentation de la force et l’amour que les femmes portent en elles. Les triangles peuvent également être considérés comme la flèche marquant un endroit de rassemblement pour les femmes de la diversité sexuelle. »

Le drapeau est jaune avec un grand triangle rose et un plus petit magentaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le drapeau servira de point de rassemblement lors des divers événements féminins entourant les célébrations de la Fierté

Photo : RLQ

« Il sera comme un phare pour les femmes qui veulent danser ailleurs qu’avec des hommes torse nu », ajoute Mme Antoine. Le RLQ précise qu’il n’a pas pour but de diviser les identités LGBTQ+ ni de renier le drapeau irisé.

Les politiciens au rendez-vous

Le défilé de la fierté est aussi l’occasion pour les chefs des partis fédéraux et provinciaux de se montrer. Les premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard, ainsi que le chef de l'opposition Jean-François Lisée et la mairesse de Montréal, Valérie Plante, étaient présents.

De gauche à droite, Valérie Plante, Philippe Couillard, Sophie Grégoire-Trudeau et Justin Trudeau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Plusieurs personnalités publiques ont participé au défilé de la Fierté, dont la mairesse de Montréal Valérie Plante, le premier ministre du Québec Philippe Couillard, Sophie Trudeau-Grégoire et le premier ministre canadien Justin Trudeau.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Pour sa part, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, se trouvait plutôt en Outaouais et en Abitibi.

En entrevue à La Presse canadienne, il a expliqué avoir prévu des activités électorales dans ces deux régions dimanche, tout en affirmant partager les revendications de la communauté LGBTQ+.

Pas de trace non plus du chef conservateur fédéral Andrew Scheer. Des représentants de la CAQ et des conservateurs fédéraux étaient toutefois présents.

Interrogé sur l'absence de M. Legault, le premier ministre Couillard n'a pas voulu commenter. « Pour moi, c'est important », s'est-il contenté de dire.

« C'est sûr que M. Legault a moins de choses à dire là-dessus, mais je le laisse libre de ses choix. Pour moi, c'était indispensable d'être ici aujourd'hui », a ajouté le chef péquiste Jean-François Lisée.

Manon Massé, porte-parole de Québec solidaire, a dit n'avoir « aucune opinion » sur le sujet.

« M. Legault fait ses choix. Moi, je pense que [pour] le plus grand défilé LGBT du Québec, je trouve que ça vaut la peine de me déplacer », a-t-elle soutenu.

Le député de la CAQ Mario Laframboise, qui participait au défilé, ne croit pas que l'absence de son chef ait envoyé un mauvais message à la communauté.

« Ça prouve que M. Legault a le Québec à coeur, il y a les régions du Québec aussi. L'agenda politique, ce n'est pas facile, là, d'essayer d'avoir les candidatures. Ce n'est pas facile d'essayer de cadrer ça dans l'agenda », a expliqué le député de Blainville.

« Moi, je suis très content d'être ici, ça fait cinq ans et je [soutiens] la communauté LGBT. »

Invités étrangers

Fierté Montréal a aussi reçu Kennedy Olango, un militant de la cause LGBTQ+ au Kenya, un pays où l'homosexualité est gravement punie. Par sa présence au défilé, M. Olango risque la prison dans son pays.

« Ça, ça démontre qu'on a encore besoin d'une fierté en 2018 », a déclaré en conférence de presse le président de Fierté Montréal, Éric Pineault, qui était très ému.

M. Olango s'est adressé aux premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard, qui étaient présents, pour leur demander « humblement » d'aider sa communauté en intervenant auprès de son gouvernement.

« Aidez-nous, s'il vous plaît, à réaliser nos rêves. Je sais que ce n'est pas facile », a-t-il déclaré.

Avec les informations de La Presse canadienne

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