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Le déverrouillage obligatoire des téléphones favorise les vols, disent Bell et Rogers

Un téléphone intelligent de Samsung sur un présentoir.
Selon Bell et Rogers, vendre des téléphones déverrouillés suscite la convoitise des voleurs. Photo: Associated Press / Richard Drew

Bell et Rogers affirment que de nouvelles règles qui obligent tous les fournisseurs de téléphonie sans fil au Canada à vendre des appareils déverrouillés ont entraîné une augmentation des vols.

Un texte de Sophia Harris, de CBC News

« Il y a eu de multiples cas de vols à main armée dans nos magasins qui visaient des appareils neufs et déverrouillés », soutient Bell dans un document transmis au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). L'agence réglementaire fédérale a demandé aux fournisseurs de lui transmettre des informations sur les impacts des nouvelles règles.

Pour encourager la concurrence, le CRTC a demandé à tous les fournisseurs, le 1er décembre dernier, de déverrouiller tous les appareils gratuitement, et à ne plus vendre que des téléphones sans verrou numérique.

Les acteurs de l'industrie verrouillaient précédemment leurs appareils en les assignant à leur réseau et facturaient en moyenne 50 $ aux consommateurs qui voulaient changer de fournisseur.

Au cours des six mois ayant suivi l'entrée en vigueur de la nouvelle règle, Rogers dit avoir noté une hausse de 100 % du nombre d'« appareils manquants » qui devaient être directement expédiés aux consommateurs.

« Nous croyons que cette tendance est attribuable à la disponibilité d'appareils déverrouillés », qui sont « plus attirants pour les fraudeurs et les voleurs », a mentionné Rogers dans les documents remis au CRTC.

Ni Rogers ni Bell n'ont voulu fournir plus d'informations sur les vols, y compris le nombre de larcins, ou des détails sur les enquêtes policières.

Précautions à prendre

Pour le défenseur des droits des consommateurs John Lawford, qui a milité en faveur de la réglementation du CRTC, ces vols rapportés par Bell et Rogers ne pousseront pas l'organisme fédéral à revenir sur sa décision en faveur du déverrouillage des appareils.

« Il se vend beaucoup d'appareils qui ne sont pas protégés dans le monde, indique le directeur exécutif du Public Interest Advocacy Centre, à Ottawa. [Les fournisseurs] n'ont qu'à placer les téléphones dans des boîtiers et à prendre des précautions à l'intérieur de leurs magasins. »

Bell a fait savoir que la compagnie plaçait désormais un verrou sur les téléphones jusqu'à ce qu'ils soient activés pour les consommateurs.

Nous espérons réduire les facteurs incitant au vol de téléphone, et à protéger nos employés contre de possibles cambriolages.

Marc Choma, porte-parole de Bell

Avant de dévoiler sa règle sur le déverrouillage, le CRTC a tenu des audiences où les grands noms des télécommunications ont été consultés.

Bell, Rogers et Telus ont tous suggéré de ne pas modifier le statu quo. Dans leurs témoignages, ils ont entre autres affirmé que le déverrouillage attirait les voleurs.

Telus n'a pas voulu indiquer si la compagnie avait enregistré une hausse des vols.

De son côté, l'opérateur Freedom Mobile avait appuyé le changement en 2017. L'entreprise avait minimisé les risques à l'époque, arguant que les fraudeurs pouvaient déverrouiller un appareil en l'apportant à un vendeur indépendant qui offre ce service.

Freedom, qui appartient à Shaw, n'a pas voulu commenter.

Des voleurs américains?

Bell suggère par ailleurs que la récente vague de vols de téléphones pourrait découler d'un resserrement des normes de sécurité aux États-Unis.

« Il semble que certaines activités illégales puissent avoir migré des États-Unis vers le Canada, alors que certains fournisseurs américains ont commencé à verrouiller leurs appareils », a indiqué la compagnie.

Le fournisseur n'a toutefois pas voulu expliquer comment il était parvenu à cette conclusion. Bell pourrait faire référence à Verizon, le seul fournisseur américain d'importance qui vend majoritairement des téléphones déverrouillés.

L'entreprise n'a pas le droit de verrouiller ses appareils, en raison d'un précédent accord lui octroyant une plus grande part du spectre sans-fil.

En février, toutefois, Verizon a annoncé qu'il verrouillait ses téléphones jusqu'à ce qu'ils soient activés pour les consommateurs, et irait même bientôt plus loin en conservant le verrou « pendant un certain temps » même après l'activation, toujours dans une perspective de combattre les vols.

Verizon soutient également que les vols à main armée ont été multipliés par plus de 200 % comparativement à l'année précédente.

« Cette fin de semaine seulement, quatre hommes armés et masqués ont fait irruption dans l'un de nos magasins et ont maintenu nos employés en joue alors qu'ils chargeaient des téléphones dans un camion », a indiqué Tami Erwin, vice-présidente exécutive des opérations de Verizon, au mois de février dernier.

Nous devons protéger nos employés contre les criminels armés.

Tami Erwin, vice-présidente exécutive des opérations de Verizon

Toujours selon Mme Erwin, les nouvelles mesures empêcheront les fraudeurs d'acheter des téléphones sous de fausses identités.

Des détracteurs se sont interrogés sur les motivations de l'entreprise, suggérant que Verizon voulait verrouiller temporairement les téléphones de ses clients à des fins de concurrence.

Verizon n'a pas commenté le dossier davantage, et ne semble pas encore avoir mis en place cette étape de son plan.

Déverrouillage gratuit pour tous?

C'est à la suite d'une plainte déposée par le Public Interest Advocacy Centree que le CRTC a demandé à Bell, Rogers et aux autres fournisseurs de fournir des informations sur leurs constatations .

Peu de temps après l'entrée en vigueur du déverrouillage gratuit, le groupe de défense des droits des consommateurs a dit avoir reçu des plaintes à propos du fait que Bell refusait de déverrouiller des téléphones de seconde main fonctionnant sur le réseau de Bell, mais qui n'étaient pas la propriété de clients de l'entreprise.

M. Lawford a demandé au CRTC de clarifier que les fournisseurs devaient déverrouiller gratuitement tous les appareils fonctionnant sur leur réseau, sans égard à leurs propriétaires.

En février, Bell a modifié sa politique pour inclure ceux qui ne sont pas des clients de l'entreprise.

M. Lawford croit également que les fournisseurs qui disent subir une hausse du nombre de vols finiront par trouver une solution. « Ce sont les compagnies qui doivent tirer le tout au clair. »

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