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L'Italie dit adieu aux victimes du pont effondré à Gênes

Le récit de Lise Villeneuve

Gênes et l'Italie disent adieu samedi aux victimes de l'effondrement d'un pont autoroutier, mais ces funérailles nationales sont boycottées par la moitié des familles, en colère contre le gouvernement.

La cérémonie a débuté à 11 h 30, heure locale (5 h 30, HAE), dans un hall du parc des expositions, transformé en chapelle ardente. Le président italien Sergio Mattarella et de nombreux hauts responsables de l'État ont participé à cet hommage national. L'archevêque Angelo Bagnasco a célébré la messe retransmise sur un écran géant.

Mardi, l'effondrement du pont Morandi a précipité voitures et camions dans le vide, faisant 42 morts et une quinzaine de blessés.

Le bilan s'est alourdi dans la nuit de vendredi à samedi, quand trois membres d'une même famille, dont une fillette de neuf ans, ont été trouvés dans une voiture écrasée sous un gros bloc de ciment. Le corps d'un homme de 30 ans a aussi été extirpé des décombres.

Quelques personnes sont toujours portées disparues, forçant la poursuite des opérations de recherche menées par des centaines de secouristes.

Plus de 400 familles ont également dû quitter leur logement situé sous le pont, proche d'un pilier qui menace encore de s'effondrer.

Un deuil national a été décrété toute la journée en Italie : les drapeaux sont en berne et l'éclairage de nombreux monuments, dont le Colisée à Rome, s'éteindra dans la soirée.

Dès vendredi, au parc des expositions de Gênes, 18 cercueils ont été alignés, dont celui de Samuele, huit ans, la plus jeune victime, fauchée avec ses parents alors que la famille partait prendre un traversier pour des vacances en Sardaigne.

Malgré les critiques formulées à l'encontre du gouvernement italien depuis plusieurs jours, le ministre de l'Interieur, Matteo Salvini, et le ministre du Travail, Luigi Di Maio, ont été accueillis sous les applaudissements, tout comme les secouristes arrivés un peu plus tôt.

Des proches se recueillent devant le cercueil d'un personne morte dans l'effondrement du pont Morandi.Le gouvernement italien organise des funérailles d'État controversées pour les victimes du pont Morandi. Photo : Reuters / Massimo Pinca

Une cérémonie boycottée

Dix-sept familles de victimes ont décidé de boycotter la cérémonie pour dénoncer la responsabilité du gouvernement dans ce drame. Certains ont préféré organiser des funérailles plus intimes, dans leur ville.

« Mon fils a été assassiné », a répété vendredi sur toutes les ondes le père de l'un des quatre jeunes de Torre del Greco, près de Naples, morts sur la route de leurs vacances.

« On ne doit pas mourir de négligence, d'incurie, d'irresponsabilité, de superficialité, de bureaucratisme », a martelé l'archevêque de Naples, Crescenzio Sepe, dans son homélie prononcée lors des obsèques des quatre jeunes, célébrées vendredi.

Le pont Morandi, à Gênes en Italie, est partiellement debout après qu’une importante section s'est effondrée le 14 août 2018. Au moins 38 personnes ont été tuées dans cette tragédie.Le pont Morandi, à Gênes en Italie, est partiellement debout après qu’une importante section s'est effondrée le 14 août 2018. Plus de 40 personnes ont été tuées dans cette tragédie. Photo : Getty Images / Jack Taylor

Les photos souriantes et les destins brisés de victimes s'affichaient dans tous les journaux italiens : un ancien champion de motocross, un médecin et une infirmière qui allaient se marier, de jeunes Français partis faire la fête, trois Chiliens qui s'étaient installés en Italie, un routier napolitain qui rentrait après une livraison en France, un couple de retour de voyage de noces.

Depuis l'accident, le gouvernement se trouve dans l'embarras et a attaqué Autostrade per l'Italia, l'entreprise qui s'occupait de la manutention du pont, mais aussi les gouvernements précédents – même si la Ligue a toujours été un allié au pouvoir de Silvio Berlusconi – et l'Union européenne.

Vendredi, le ministère des Infrastructures a officiellement adressé un courrier à Autostrade en vue de révoquer la concession de la société sur le tronçon du pont.

La société « aura la possibilité d'apporter des arguments contradictoires dans les 15 jours, même si le désastre est un fait objectif et incontestable et que la charge de l'empêcher revenait au concessionnaire, sur lequel pèsent les obligations de maintenance et d'entretien », a annoncé le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, vendredi soir sur Facebook.

Dans la semaine, Autostrade et le groupe Atlantia, dont dépend la société, ont assuré du sérieux des contrôles et de l'entretien et prévenu que la révocation de la concession, « en l'absence de toute certitude sur les causes effectives » du drame, coûterait cher en indemnités à l'État.

Après la cérémonie, les responsables du gouvernement doivent participer à une réunion à la préfecture sur les mesures nécessaires pour la ville coupée en deux.

Le président d'Autostrade, Fabio Cerchiai, et le directeur général de la société, Giovanni Castellucci ont tenu la même journée une conférence de presse pour annoncer la création d'un fonds pour les familles des victimes et la mobilisation de 748 millions de dollars (500 millions d'euros) d'aide à la cité portuaire.

Avec les informations de Agence France-Presse

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