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Un dernier hommage aux policiers abattus à Fredericton

Le reportage de Nicolas Steinbach
Radio-Canada

Les funérailles régimentaires des agents Sara Burns et Robb Costello, abattus lors de la fusillade du 10 août, ont été célébrées samedi à Fredericton.

« Sara a toujours été mon héroïne et mon ange. Maintenant, elle l'est pour une communauté tout entière, une province et une nation. » Ces mots ont été prononcés par le mari de Sara Burns dans un discours poignant devant plus d'un millier de premiers répondants de partout au pays réunis à Fredericton.

Dans un discours interrompu à quelques reprises par l’émotion, Steven Burns a invité les policiers à ne pas se laisser ronger par le regret.

J’ai entendu le mot "culpabilité" trop souvent cette semaine. Je veux que chacun d’entre vous sache qu’elle est en paix et qu’elle sait que vous avez fait tout ce que vous pouviez pour la protéger.

Steven Burns, le mari de Sara Burns
Steven Burns, le mari de Sara Burns, alors en train de livrer son discours. Steven Burns, le mari de Sara Burns, a livré un discours poignant d'une dizaine de minutes. Photo : Radio-Canada

Devenir policière était le rêve de Sara Burns, souligne son mari.

« Elle était déterminée à retourner à l’école pour obtenir son diplôme en criminologie », explique l'époux, qui souligne qu’elle a ensuite postulé à l’Académie policière de l’Atlantique.

« Quand j’y pense maintenant, je me souviens que sa plus grande peur avait été de laisser ses garçons derrière elle pour six mois. »

Les photos officielles de Robert Costello et Sara Mae Helen Burns. Les policiers Robert Costello, 45 ans, et Sara Mae Helen Burns, 43 ans, sont morts en service lors de la fusillade de Fredericton le 10 août 2018. Photo : Force policière de Fredericton

« On ne va jamais t’oublier »

« Robb Costello n’est pas devenu un héros parce qu’il est mort. Il était un héros tout le temps », a pour sa part ajouté Greg Morris, un ami de longue date de Robb Costello.

Greg Morris, qui connaissait le défunt policier depuis plus de 20 ans, l'a décrit comme un père aimant et un collègue aidant.

Devenir un agent de police, ce n’est pas ce que Robb a accompli. C’est ce qu’il était.

Greg Morris, un ami de Robb Costello

« On ne va jamais t’oublier. Tes frères en bleu ne vont jamais t’oublier », a-t-il lancé en s’adressant aux autres policiers de Fredericton, dont l’uniforme est bleu.

Des centaines de policiers assis au centre des congrès de Fredericton. Des centaines de proches et de policiers étaient présents au centre des congrès de Fredericton. Photo : Radio-Canada

L'hommage a débuté vers midi, avec un défilé des membres des forces de l'ordre dans les rues de la capitale néo-brunswickoise jusqu'au centre Aitken de l'Université du Nouveau-Brunswick, où ont été célébrées les funérailles régimentaires.

Des joueurs de cornemuse marchent en rang dans la rue, par une journée pluvieuse. Le défilé vient de commencer à Fredericton, en hommage aux deux policiers tués. Photo : Radio-Canada / Alessandra Rigano

Un « acte de bravoure »

La fusillade a aussi causé la mort de deux civils : Donnie Robichaud, 42 ans, et Bobbie Lee Wright, 32 ans.

C’est en tentant de les sauver que les deux agents de police ont été tués. « Ils ont donné leur vie dans un dernier acte de bravoure », a confié Leanne Fitch, la chef de police de Fredericton.

Quand nous avons signé pour servir et protéger notre ville, nous avons accepté de consacrer l’entièreté de notre vie à ce travail. Et ce service a coûté la vie à deux de nos policiers.

Leanne Fitch, chef de la Force policière de Fredericton
Un long silence s'est installé lorsque les cercueils des policiers sont entrés dans le centre des congrès de Fredericton. Un long silence s'est installé lorsque les cercueils des policiers sont entrés dans le centre des congrès de Fredericton. Photo : Radio-Canada
Les deux cercueils des policiers. Y sont déposées des roses jaunes et blanches ainsi qu'une casquette de policier. 
La couleur des roses a été choisie par les familles. Photo : Radio-Canada

Fraternité policière

C’est une question de fraternité dans tout le pays, explique le sergent Stéphane Bilodeau, de Trois-Rivières, membre de la garde d’honneur de la Sûreté du Québec.

Peu importe la couleur ou la région d’où l'on vient, pour nous autres, ce sont des confrères de travail.

Au guidon d’une moto protocolaire, il a fermé la marche du défilé avec ses collègues.

Les corbillards transportant les défunts policiers étaient escortés par plusieurs agents. Les corbillards transportant les défunts policiers étaient escortés par plusieurs agents. Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

On est comme eux autres. On a de la famille, des enfants, on est à même de constater que si ça nous arrivait, notre famille en souffrirait.

Stéphane Bilodeau, membre de la garde d’honneur de la Sûreté du Québec

On se dit que ça peut être nous, on se dit que ça peut être un confrère très proche, ajoute son collègue de Mascouche, Pascal Veilleux.

Une quinzaine de membres de la Sûreté du Québec sont à Fredericton samedi pour les funérailles.

Des citoyens équipés de parapluie et d'imperméables regardent les agents de polices défiler devant eux. De nombreux citoyens ont assisté à la cérémonie malgré le temps pluvieux. Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

En soutien aux familles

Je pense que c’est important de faire ça pour la famille, c’est important pour le corps de police qui a perdu des confrères, ajoute Denis Ross, un policier à la retraite.

Ça leur donne la chance de vivre le deuil un peu plus facilement.

Denis Ross, policier à la retraite
Des premiers répondants marchent au défilé de Fredericton. Des premiers répondants marchent au défilé de Fredericton. Photo : Radio-Canada

Il a aussi participé à la cérémonie en hommage aux trois policiers morts à Moncton, lors d’une autre fusillade en 2014.

Lorsque le cortège se met en marche, c’est le silence total, tout le monde est un peu dans sa bulle, tout le monde vit son propre deuil.

Par ailleurs, l’ancien agent souligne que beaucoup de policiers prennent un jour de congé pour participer à ce genre d’événement. En général, ce sont des policiers qui viennent sur leur propre temps.

Des policiers de partout au pays

L’agent Robb Hartlen, un ancien résident de Fredericton, travaille maintenant à Kensington, à l’Île-du-Prince-Édouard. Il a organisé le transport pour les policiers qui arrivent à l’aéroport de Fredericton depuis vendredi matin.

Je suis allé à l’académie avec un des agents décédés.

Robb Hartlen

C’est ma façon d’aider, ajoute-t-il. Je veux aider la communauté et les autres agents de Fredericton qui vivent un moment difficile.

Un agent tient les rênes d'un cheval blanc. Le cheval de Sara Burns a participé au défilé. Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Des civils participent aussi à ces efforts. Amanda Doucette, une résidente de Fredericton, a pris une de ses journées de congé pour transporter des premiers répondants arrivant à l’aéroport et les amener à leur hôtel.

Elle a vu une demande de bénévoles sur les réseaux sociaux. Je me suis dit : je peux faire mon lavage, ou bien je peux me rendre utile.

Des joueurs de cornemuse ont présenté une pièce lors de la cérémonie. Des joueurs de cornemuse ont présenté une pièce lors de la cérémonie. Photo : Radio-Canada

Ça pourrait arriver n’importe où

Nick Gregory est policier à Kingston, en Ontario, mais est originaire de St. Stephen, dans le sud-ouest du Nouveau-Brunswick. Il a fait le voyage en avion pour assister aux funérailles.

Pour lui, la fusillade de Fredericton prouve que ce genre d’événement peut arriver n’importe où, pas seulement dans les grandes villes.

Il y a une forte connexion entre tous les agents de police, même s’ils ne travaillent pas dans la même ville, assure Robb Hartlen.

C’est un lien difficile à expliquer si tu ne fais pas partie de la force policière. C’est comme un lien fraternel, peu importe où tu es dans le monde. Et c’est ce qui se passe ici. Les policiers d’ailleurs viennent montrer cet appui.

Avec les informations de Jordan Gill de CBC

Nouveau-Brunswick

Justice et faits divers