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Le juge au procès de Paul Manafort a reçu des menaces

Paul Manafort quitte le tribunal, en compagnie de sa femme, Kathleen. En arrière-plan, un protestataire tient une pancarte sur laquelle on peut lire : « Traître ».
Paul Manafort, lors d'une précédente comparution devant la justice, le 8 mars dernier. Photo: Getty Images / Alex Wong

Tandis que les jurés délibéraient pour une deuxième journée au procès pour fraude du consultant politique Paul Manafort, ancien directeur de campagne de Donald Trump, le juge responsable de l'affaire a indiqué avoir reçu des menaces. Le président Trump, lui, a une fois de plus critiqué la légitimité du procès.

Le juge T.S. Ellis a annoncé, vendredi, avoir été placé sous la protection des U.S. Marshals, agence de la police fédérale américaine relevant du secrétariat à la Justice, après avoir reçu des menaces. Il n'a cependant pas donné de précisions sur la nature des menaces ou leur provenance.

Hautement médiatisé, le procès, qui se tient à Alexandria, en Virginie, a des relents politiques, ne serait-ce qu'en raison du contexte dans lequel il se déroule et des implications qu'il pourrait avoir.

Même si les faits reprochés à l'accusé sont antérieurs à la campagne présidentielle de 2016, les accusations découlent de l'enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l'éventuelle ingérence russe dans cette campagne et sur une possible collusion avec l’équipe de campagne de Donald Trump.

Disant craindre pour « la sécurité et la tranquillité » des jurés, qui ne bénéficient pas d'une protection, le juge Ellis a refusé la demande des journalistes de rendre leurs noms publics.

Les jurés pourraient cependant le faire eux-mêmes à l’issue des procédures, puisque le procès n’est pas sous le coup d’un interdit de divulgation (gag order). Leurs délibérations reprendront lundi prochain.

Paul Manafort, 69 ans, fait face à 18 chefs d’accusation pour fraude bancaire et fiscale. Les procureurs affirment que l'ex-lobbyiste a dissimulé au fisc plus de 16 millions de dollars américains, tirés en majorité de ses activités pour l'ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch, soutenu par Moscou.

L'ex-lobbyiste est également accusé de fraude bancaire pour avoir caché aux autorités l'existence de comptes à l'étranger – la plupart à Chypre – et d'avoir obtenu frauduleusement 20 millions en prêts en mentant aux institutions bancaires sur l'état de ses finances.

Paul Manafort rejette toutes ces accusations.

Le magistrat a par ailleurs ajouté que certains documents liés au procès avaient été placés sous scellés pour éviter toute interférence dans l'enquête.

Trump s'invite dans le procès Manafort

Le président Donald Trump parle aux reporters sur le parterre de la Maison-Blanche avant son départ pour le New Jersey.Le président Donald Trump parle aux reporters sur le parterre de la Maison-Blanche avant son départ pour le New Jersey. Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Dans un geste inhabituel pour un président américain, Donald Trump a critiqué la légitimité du procès alors que le jury était en pleine délibération.

« Il n'a travaillé pour moi que pendant un très court laps de temps », a-t-il déclaré vendredi aux journalistes à la Maison-Blanche. Paul Manafort a dirigé la campagne de M. Trump entre mai et août 2016.

« Mais vous savez quoi? Il s'est révélé être une très bonne personne. Et je pense que ce qu'ils ont fait à Paul Manafort est très triste », a ajouté le président, sans craindre d'avoir l’air de faire pression sur les jurés.

Je pense que tout le procès Manafort est triste. [...] Je pense que c’est un jour triste pour notre pays.

Donald Trump

Il a esquivé la question d’un journaliste qui lui demandait s'il pourrait gracier son ancien collaborateur si celui-ci était reconnu coupable. « Je ne parle pas de cela pour le moment », a-t-il dit.

Au début du mois, déjà, le président Trump s'était déjà porté à la défense de Paul Manafort sur Twitter en affirmant qu’il était traité plus durement qu’Al Capone, figure de la mafia durant la Prohibition.

Donald Trump qualifie fréquemment l’enquête russe de « chasse aux sorcières ».

Un verdict d'acquittement conforterait les partisans du président, convaincus que l'enquête sur la Russie est une perte d'argent et de temps.

Une condamnation permettrait toutefois aux démocrates de dire qu'il est prématuré de mettre fin à l'enquête. Cela donnerait à l'équipe du procureur spécial Mueller un levier pour faire pression sur Paul Manafort afin qu'il accepte de collaborer lors de son deuxième procès, prévu en septembre.

Paul Manafort devra alors répondre à des accusations de blanchiment d'argent et de non-déclaration de ses services de lobbyiste en faveur d'un gouvernement étranger. Les procureurs tenteront notamment d’établir ce que le candidat Trump savait des liens d’affaires de son directeur de campagne, et s'il y a eu collusion avec la Russie.

Des questions du jury

Composé de six hommes et six femmes, le jury a déjà délibéré pendant sept heures jeudi, sans parvenir à se mettre d'accord sur un verdict.

Au terme de la première journée de délibération, les jurés ont notamment demandé au juge de définir le concept de « doute raisonnable ». Ils doivent établir si Paul Manafort est coupable au-delà de tout doute raisonnable.

Des spécialistes de la procédure judiciaire en concluent qu'au moins un juré n'a pas été convaincu par l'accusation.

Lors du procès, qui a duré deux semaines, les procureurs ont fait défiler 27 témoins à la barre.

La défense n'a fait entendre aucun témoin.

Les avocats de Paul Manafort ont notamment attaqué la crédibilité de Rick Gates, son ancien associé, qui a livré un témoignage accablant.

Témoin-clé de l'accusation, il coopère avec l'équipe de Robert Mueller depuis qu’il a reconnu, en février, avoir blanchi de l’argent et caché de l’information aux enquêteurs, en échange d'une peine de prison plus clémente.

Parmi la trentaine d'individus déjà visés par Robert Mueller, dont une majorité de Russes, Paul Manafort est le seul Américain à avoir refusé de passer un accord avec la justice pour éviter un procès.

Avec les informations de Reuters, et CNN

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