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Elle porte plainte pour mauvais traitement de son fils toxicomane

Jenny Churchill chez elle.
Jenny Churchill dit vouloir que le personnel des centres de désintoxication soit mieux formé. Photo: Radio-Canada

Une enquête a été ouverte à la Commission des droits de la personne de la Saskatchewan après qu'une Réginoise eut fait appel pour ce qu'elle qualifie de mauvais traitement reçu par son fils en centre de désintoxication. Celui-ci est mort d'une surdose quelques mois après l'incident.

Jenny Churchill se demande tous les jours ce qui serait arrivé si son fils, Jordan Wakelam, avait été autorisé à intégrer le centre de désintoxication de Moose Jaw et si on ne lui avait pas dit de s’en aller.

Son fils est mort en janvier après un cas soupçonné de surdose de fentanyl, une drogue qu’il avait testée quatre ans auparavant, raconte sa mère.

Il souffrait de dépendance aux drogues depuis plusieurs années et a passé les dernières à faire des allers-retours entre les traitements et la désintoxication.

À l’automne 2017, il a à nouveau cherché de l’aide. Il était prévu qu’il soit soigné au Manoir Wakamow, un centre de désintoxication de 20 lits de Moose Jaw, géré par l’Association de désintoxication de Thunder Creek et financé par l’Autorité de santé de la Saskatchewan.

« Il était si motivé »

Jenny Churchill y a conduit son fils le 24 octobre. Jordan Wakelam avait fêté ses 30 ans quelques semaines plus tôt. En voiture, il discutait avec sa mère de son envie de changer, son espoir de jouer à nouveau au hockey, un sport qu’il pratiquait depuis l’enfance, et où on le surnommait « Happy Gilmore ».

Jordan Wakelam enfant, sur la glace, vêtu de son équipement de hockey.Jordan Wakelam a beaucoup joué au hockey durant son enfance. Photo : Jenny Churchill

« Il était si motivé, très positif », se souvient sa mère. « Probablement mieux que je ne l’avais jamais vu en termes de volonté, d’ouverture et de passion pour être aidé. »

Jenny Churchill l’a déposé à Moose Jaw avant de revenir à Regina. Un peu plus tard, elle reçoit des appels de son fils et le rappelle.

Expulsé du centre

« Il était hystérique au téléphone. "Maman, ils m’ont jeté dehors!" J’ai dit : que veux-tu dire ? Et il a commencé à tout me raconter », se souvient Jenny Churchill.

Selon le centre de désintoxication, Jordan Wakelam avait agi de façon agressive, était arrivé en retard et avait pris de la drogue.

On lui a demandé sa date de comparution en cour, ce qui l’a frustré parce qu’il ne s’en souvenait plus, raconte sa mère.

Jordan Wakelam marche avec sa valise et son oreiller.Jenny Churchill a pris cette photo quand son fils est sorti de la voiture pour se rendre au centre de désintoxication à Moose Jaw. Photo : Jenny Churchill

Après plusieurs échanges téléphoniques avec le centre, Jenny Churchill dit ne pas avoir compris exactement ce qu’il s’était passé. Elle reste toutefois convaincue que son fils a été traité de façon brutale.

Ce n’est pas seulement le fait qu’il a été jeté à la rue, ce sont aussi les commentaires qui ont été faits à son égard durant le processus d’accueil qui étaient inacceptables.

Jenny Churchill

Un jeune homme apeuré

« Il était terrifié, effrayé, honteux. Il était humilié », raconte Jenny Churchill. « Il pleurait parce qu’il disait : "Maman, c’est comme ça que les gens sont traités quand ils sont des toxicomanes, c’est comme ça que les gens te traitent." J’ai dit : "Pas dans un centre de désintoxication, mon fils." »

Jordan Wakelam couché sur un fauteuil, en intérieur. Jenny Churchill dit que son fils a dormi dans un fauteuil pendant 56 heures dans la rue après s'être vu refuser l'accès au centre de désintoxication. Photo : Jenny Churchill

En sortant du centre, Jordan Wakelam n’est pas revenu à la maison. Il a appelé un ami et a passé 60 heures dans la rue, à consommer de la drogue, raconte sa mère.

Le centre s’excuse

Quelques jours après avoir déposé une plainte contre l’établissement, Jenny Churchill dit que son fils a reçu une lettre de la part du centre le 1er novembre.

« Notre enquête démontre que vous n’avez pas été traité avec la décence, la dignité et le respect que vous méritiez à votre arrivée au Manoir de désintoxication Wakamow, le mardi 24 octobre 2017 au soir », est-il écrit dans la lettre.

Jenny Churchill explique que son fils sentait qu’il avait fait valoir sa cause, mais qu’il voulait en plus déposer une plainte auprès de la Commission des droits de la personne de la Saskatchewan.

Il voulait militer pour que d’autres personnes n’aient pas à vivre ce qu’il avait vécu. Il faisait toujours ça. C’est comme ça qu’était Jordan.

Jenny Churchill

Mais, avant que la plainte ne soit acceptée, Jordan est mort d’une surdose.

Photo de Jordan Wakelam.Jordan Wakelam avait fêté ses 30 ans quelques semaines avant l'incident en octobre. Photo : Jenny Churchill

« Il est allé dans un autre centre de désintoxication. Mais il a vécu difficilement ces quelques mois, le reste de sa vie, en ressentant de la honte », raconte sa mère.

Elle a donc soumis la plainte sous son nom. Dans le document, il est indiqué que son fils s’est vu refuser l’accès à un traitement et a été victime de discrimination à cause de sa dépendance.

Jenny Churchill veut que le personnel des centres de désintoxication soit entraîné pour savoir comme agir avec les personnes aux prises avec une dépendance aux drogues.

Le centre de désintoxication a refusé de faire tout commentaire à propos de cette affaire, avançant qu’elle relevait maintenant de la Commission des droits de la personne.

On ne sait pas encore à quelle date la Commission annoncera sa décision.

Saskatchewan

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