•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Être autochtone et s’appeler John A. McDonald

Photos des deux hommes l'une à côté de l'autre.

L'artiste autochtone John A. McDonald (à gauche) et le premier ministre John A. Macdonald (à droite)

Photo : Soumise par John A. McDonald

Radio-Canada

John A. McDonald habite à Prince Albert et vient de la Nation crie de Muskeg Lake, au nord de Saskatoon. Cet artiste de 37 ans milite pour le droit des Autochtones, tout en portant à une lettre près le même nom que l'ancien premier ministre du Canada dont la statue a été déboulonnée à l'hôtel de ville de Victoria, en Colombie-Britannique.

« Être un Autochtone qui n’a pas un nom à consonance autochtone, ça peut être un obstacle », a affirmé John A. McDonald en entrevue à CBC.

« Mais quand tu portes un nom qui est rattaché à quelqu’un qui est responsable du génocide de ton peuple, qui voulait tout effacer sur l'histoire de ton peuple, c’est encore plus difficile », ajoute celui qui a fréquenté les pensionnats autochtones.

Le rôle de John A. Macdonald dans la mise sur pied des pensionnats fédéraux pour enfants autochtones a semé la controverse dans la foulée des efforts de réconciliation avec les Premières Nations.

Le personnage historique a été au pouvoir de 1867 à 1873 et de 1878 à 1891. Il a adopté la Loi sur les Indiens. Les statues à son effigie un peu partout au pays ont récemment fait l’objet de protestations et de vandalisme.

Un nom pour conserver l’histoire familiale

L’artiste cri se présente habituellement comme « John McDonald ». Sur les réseaux sociaux toutefois, il a conservé son nom complet, espérant ainsi se faire davantage remarquer.

Quand tu as une occasion comme celle-là, comme militant autochtone qui lutte pour les droits de son peuple, si tu peux essayer de retirer du positif à partir de ce nom, tu tentes le coup.

John A. McDonald

Toutefois, l’origine de son nom est tout à fait anodine, précise John A. McDonald. Ses parents lui ont donné un nom similaire à celui de son père, John B. McDonald.

Voudrait-il changer de nom? Jamais, répond-il fermement. « Notre famille McDonald a eu une longue et riche histoire à Muskeg Lake et je ne voudrais pas déshonorer mes ancêtres en changeant de nom. »

Il a songé à changer son prénom pour « John », mais c’est l’appellation par laquelle il est connu du public depuis 20 ans et il y est professionnellement trop lié pour oser l’éliminer.

Mais à ce jour, John A. McDonald n’a aucune idée du nom représenté par sa deuxième initiale, A. Il n’aurait aucun mal à s’en débarrasser, si ce n’était du processus long et cher qu’implique le changement de nom.

Se construire une identité au-delà de la connotation

John A. McDonald a réalisé à l’âge de 12 ans les difficultés qu’il vivrait en portant ce nom. Il a commencé à comprendre les commentaires des gens qu’il rencontrait et l’hostilité de certains membres de sa communauté et d’ailleurs.

« Il y a eu des gens qui n’arrivaient pas à croire que c’était mon nom », raconte-t-il.

Depuis, il a appris à prendre ces réactions avec humour.

« Je racontais cette blague, que lorsque je suis né, mon père a sorti un billet de 10 $ de sa poche et m’a nommé d'après ça. Comme quoi je suis chanceux qu’il n’ait pas sorti un billet de 20 $; j'aurais eu le nom d'Elizabeth ! », plaisante-t-il.

L’artiste dit s’interroger encore aujourd'hui sur la meilleure façon d’utiliser son nom pour faire avancer sa communauté et permettre la réconciliation, étant donné tout ce qui est reproché à son homonyme.

Saskatchewan

Autochtones