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L’utilisation de psychostimulants en hausse, malgré des effets limités

Une femme a la tête couchée sur son ordinateur derrière un pot de pilules.
Le mauvais emploi des psychostimulants peut rapidement décupler le niveau de fatigue. Photo: iStock

Ritalin, Adderall, Modafinil. Si pour certains ces médicaments servent à traiter des problèmes bien réels de déficit de l'attention, pour d'autres, c'est la clé pour augmenter l'efficacité de leur cerveau à l'école ou au travail.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné, de Les années lumière

Les psychostimulants sont des médicaments utilisés surtout pour le traitement des troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Les prescriptions de ces médicaments sont en hausse un peu partout au pays. Au Québec, ils ont doublé chez les moins de 25 ans depuis 2005.

Avec cette plus grande accessibilité vient aussi une plus grande utilisation par des personnes voulant profiter des effets sur la concentration pour améliorer leur efficacité au travail ou durant leurs études.

Le phénomène est étudié en profondeur surtout aux États-Unis et en Angleterre. Au Canada, les chiffres sont plus rares, mais des travaux montrent que jusqu’à 5 % des étudiants universitaires en prennent pendant leur parcours.

Bien que cette consommation reste difficile à mesurer, des chercheurs ont pu faire un suivi sur l’utilisation de médicaments sur ordonnance, tel le Ritalin (Nouvelle fenêtre), par des personnes qui n’en ont pas besoin.

En moyenne, 14 % des 30 000 personnes sondées dans 15 pays, dont le Canada, disent avoir pris un stimulant pharmaceutique au moins une fois en 2017. C’est une hausse par rapport à l’observation précédente de 5 % en 2015.

Bien que marginale, la tendance reste néanmoins à la hausse. Selon Johanne Collin, sociologue et professeure à la faculté de pharmacie de l’Université de Montréal, ces abus de psychostimulants sont directement liés à l’augmentation des diagnostics de TDAH.

« À partir du moment où ça circule davantage, ça se banalise, explique-t-elle. Ça passe d’un univers de prescriptions à un usage non médical, où des non-spécialistes partagent leur expérience et leur interprétation des dosages sur les réseaux sociaux. »

Le reportage de Renaud Manuguerra-Gagné est diffusé à l'émission Les années lumière, dimanche à 12 h 10, à ICI Radio-Canada Première.

Un effet réel?

Un pot de pilules.Ritalin, Adderall, Modafinil. Ces médicaments pour traiter des problèmes de déficit de l'attention sont détournés pour leurs effets sur la concentration à l'école ou au travail. Photo : iStock / piotr290

Les psychostimulants agissent en se fixant sur des neurones dans le cerveau qui libèrent la dopamine et la noradrénaline. Ils augmentent ainsi l’action et la durée de ces deux neurotransmetteurs.

En fonction de la dose, ces médicaments vont augmenter l’éveil et le rythme cardiaque et donner de l’énergie. Bien qu’ils renforcent l’attention chez les personnes souffrant de TDAH, de nombreux témoignages indiquent qu’il est possible de ressentir un réel effet sur la concentration lors d’examens ou au travail.

« Cet effet ne dure pas au-delà de la première dose, explique Philippe Vincent, pharmacien clinicien à l’Institut universitaire de santé mentale de Montréal. Après les premiers comprimés, le cerveau s’habitue et l’effet n’est plus le même ».

Pire encore, le mauvais emploi de ces médicaments peut rapidement décupler le niveau de fatigue. « Ces médicaments causent de l’insomnie, poursuit Philippe Vincent. Ils ne donnent pas de la nouvelle énergie, ils l’empruntent aux jours suivants. Rapidement, la personne sera épuisée et prendra un autre comprimé pour aider à combattre la fatigue qu’elle ne ressentirait pas si elle n’avait pas pris le médicament en premier lieu. »

La Dre Marie-Ève Morin La médecin spécialisée en toxicomanie Marie-Ève Morin Photo : Radio-Canada

Bien que l’abus de ces médicaments ne cause pas de dépendance physique, il y a d’autres risques.

La dépendance psychologique aux stimulants est l’une des pires à surmonter. Ça mine ta confiance et tu n’as plus l’impression d’être capable de réussir quoi que ce soit sans ce produit.

Marie-Ève Morin, médecin de famille travaillant en toxicomanie

Un problème de société

Selon Johanne Collin, les psychostimulants ne sont pas un problème de drogues comme les autres. « La volonté d’augmenter ses performances s’inscrit plus dans une idée d’amélioration de soi. C’est plus que le dopage sportif, c’est sociétal. La perspective de pouvoir accéder à une substance qui permet de mieux réussir dans tous les aspects de sa vie, qui peut résister à ça? Surtout dans une société occidentale où on prône la réussite à tout prix. »

Aux yeux de la sociologue, l’important est de mieux documenter le phénomène.

Du côté des universités, on affirme qu’il n’y a pas de statistiques spécifiques à ce problème, et que les étudiants qui demandent de l’aide sont pris en charge au cas par cas dans les programmes en place.

Toutefois, plusieurs fédérations étudiantes disent vouloir informer leurs membres des risques. Parmi elles, la Fédération médicale étudiante du Québec veut examiner l’étendue du problème chez les étudiants en médecine. Ces fédérations préparent un mémoire sur le sujet, dont les résultats devraient être publiés début 2019.

Science