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Quelles drogues consomme-t-on le plus dans le monde?

Plusieurs emballages de plastique contenant du fentanyl sont présentés sur une table en bois après avoir été saisis par les autorités.
Plusieurs paquets de fentanyl saisis à l'aéroport international O'Hare de Chicago en novembre 2017 Photo: Reuters / Joshua Lott

Le cannabis est toujours aussi populaire dans le monde, mais les autorités s'inquiètent de plus en plus du détournement de médicaments d'ordonnance vers le marché noir. Portrait de la consommation des drogues ici et ailleurs sur la planète.

Un texte de Jean-Philippe Guilbault

Dans son plus récent rapport, l’Office des Nations unies sur les drogues et le crime (ONUDC) confirme que le cannabis, avec ses 192 millions d’utilisateurs dans le monde, demeure la drogue la plus populaire en 2017, particulièrement chez les jeunes.

Au cours de la dernière année, 5,8 % des jeunes de 15 à 16 ans en auraient consommé, estime l’organisme international.

Un champ de cannabis au Liban avec un travailleur cagoulé en arrière-plan.Le cannabis demeure la drogue la plus consommée dans le monde, selon un récent rapport de l'ONU. Photo : Getty Images / Joseph Eid

Or, si le cannabis se hisse au sommet des drogues les plus consommées dans plusieurs pays, l’ONUDC s’inquiète surtout de la hausse de la consommation illégale de médicaments d'ordonnance.

*Au sein du Royaume-Uni, l’Irlande du Nord affiche cependant un taux plus élevé de personnes consommant des tranquillisants, soit 10 % de sa population.

Méthodologie : L’ONUDC compile les résultats de plusieurs études nationales. Seules les estimations jugées les plus probables ont été retenues, pour les années les plus récentes, dans chaque pays.

« L’usage non médical d’opioïdes pharmaceutiques est une source de préoccupation croissante tant pour les services de détection et de répression que pour les professionnels de la santé publique », est-il écrit dans le rapport.

Fentanyl en Amérique du Nord, méthadone en Europe ou tramadol en Afrique et au Proche-Orient, plusieurs régions du monde sont aux prises avec de graves crises de santé publique liées à de nombreux décès par surdose de ces médicaments produits de manière illégale.

« Le Canada entier est dans une crise des opiacés », estime Anne-Élisabeth Lapointe, directrice générale du Centre québécois de lutte aux dépendances. « Au Québec, on ne s’entend pas encore pour dire si on est dans cette crise ou si nous sommes plutôt dans une préoccupation, mais c’est sûr que l’on observe ce phénomène qui est parti de l’ouest du pays et qui se promène d’une province à l’autre. »

Un échantillon d'héroïne est disposé à côté d'un échantillon de fentanyl, dans de petits contenants en verre lors d'une présentation des autorités à Washington.Les autorités américaines sont aux prises avec une crise liée à de nombreux décès par surdose de fentanyl. Photo : Getty Images / Chip Somodevilla

C’est surtout aux États-Unis que les opioïdes, particulièrement le fentanyl, frappent le plus fort, souligne Mme Lapointe.

« En 2015 et 2016, pour la première fois en cinquante ans, l’espérance de vie a reculé aux États-Unis d’Amérique pendant deux années consécutives », rappelle d’ailleurs le rapport de l’ONUDC.

Hausse des tranquillisants

L’organisation internationale s’inquiète également qu’une soixantaine de pays doivent maintenant composer avec d’importantes consommations de substances tranquillisantes comme les benzodiazépines (Xanax, Valium, Ativan, etc.)

« L’abus de benzodiazépines présente des risques graves, notamment un risque accru de surdose lorsqu’elles sont utilisées en association avec de l’héroïne », souligne le rapport. « Les benzodiazépines sont souvent en cause dans les cas de surdoses mortelles liées à des opioïdes comme la méthadone. »

Un phénomène qui inquiète également l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, qui a produit un rapport sur les usages non médicaux des benzodiazépines en juin dernier.

« Au Canada on est des mangeurs de pilules et le Québec encore plus », s’exclame Mme Lapointe, qui est également directrice générale de la prévention à la Maison Jean Lapointe, un centre montréalais pour la réadaptation des personnes souffrant de dépendances.

Gros plan sur des capsules de médicaments blanches à la sortie d'une bouteille ambrée couchée sur le côté.L'ONU s'inquiète d'une hausse dans la consommation non médicale de médicaments de prescription. Photo : iStock

Selon elle, les personnes qui abusent de ce type de médicaments deviennent rapidement dépendantes et le sevrage est « excessivement difficile », même sous la supervision d’un médecin.

« Ou bien les médecins n’appuient pas assez sur ce point-là quand ils en prescrivent à leurs patients, ou soit que les patients cessent d’écouter la consigne et décident d’en prendre plus », croit Mme Lapointe.

Si l’ONUDC indique que les tranquillisants seraient plus populaires auprès des femmes, alors que le cannabis, la cocaïne et les opiacés seraient plus utilisés par les hommes, une démarcation claire entre les sexes n’est pas si évidente.

« En termes généraux, les hommes ont plus d’opportunités et d’occasions de consommer des drogues, quelles qu'elles soient », explique Anna Samaha, professeure au département de pharmacologie de l’Université de Montréal. « Mais une fois que les femmes ont eu accès aux drogues, la dégringolade, la progression vers l’addiction est accélérée. »

Le contexte social et l’âge

Selon les observations de l’ONUDC, les raisons motivant la consommation de drogues chez les jeunes sont multiples et complexes. Parmi celles-ci, le contexte social, des facteurs personnels ou l’environnement familial peuvent mener un jeune à consommer.

« La situation géographique, le statut socio-économique de la population, mais aussi les perceptions culturelles, toutes ces choses-là peuvent jouer [un rôle dans la consommation d’une certaine drogue] », précise Mme Samaha.

Le choix des drogues varierait également en fonction de la richesse du milieu d’où provient le jeune.

Ainsi, des drogues comme l’ecstasy, la méthamphétamine, la cocaïne ou le LSD sont souvent plus consommées dans des pays riches, notamment lors de soirées dans des bars.

À l’opposé, dans des milieux plus défavorisés, les produits inhalés, comme la peinture, le pétrole ou de la colle, sont prédominants, ajoute l’ONUDC.

Face à une consommation de plus en plus diversifiée selon les contextes sociaux, appliquer une solution simple au problème des drogues dans le monde est impossible, estime l'organisme onusien.

L’adoption de mesures isolées, qu’elles soient axées sur une seule substance ou qu’elles visent à lutter contre le problème de la drogue, peut s’avérer inefficace, voire contre-productive.

Office des Nations unies sur les drogues et le crime (ONUDC)

Anna Samaha rappelle également qu’il ne faut pas oublier que la dépendance aux drogues demeure un problème en partie médical et partage les observations de l’ONUDC selon lesquelles il faut adapter les traitements « en respectant les droits de la personne ».

L’organisme invite donc les autorités à respecter les besoins particuliers des femmes, des jeunes et des personnes plus âgées, puisque ces populations sont de plus en plus touchées par les problèmes de dépendance aux drogues.

International