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« Couillard va perdre des plumes » après avoir écarté François Ouimet, affirment des électeurs

Trois personnes debout
Enrico Ciccone et Philippe Couillard ont serré quelques mains après l'officialisation de la candidature de l'ancien hockeyeur. Photo: Radio-Canada / Romain Schué
Radio-Canada

De nombreux citoyens de la circonscription de Marquette, dans le sud-ouest de l'île de Montréal, ne comprennent pas le choix fait par le chef libéral Philippe Couillard d'évincer le député François Ouimet pour faire de la place à l'ancien hockeyeur Enrico Ciccone. Très vindicatifs, certains remettent même en question leur vote, habituellement acquis aux libéraux.

Un texte de Romain Schué

Au volant de son véhicule, William McCullock s’arrête au bord du canal de Lachine. L’ancien maire de la Ville de Lachine, entre 1997 et 2001, casquette sur la tête, semble en colère.

Quelques minutes après l’officialisation de la candidature d’Enrico Ciccone, l’ex-élu et résident du quartier évoque une « trahison ».

« Lorsqu’un homme donne sa parole, surtout un politicien, moi j’y crois. Il n’y a pas besoin de l’écrire. M. Couillard va perdre des plumes pour ça », clame-t-il, en se disant « très déçu ».

Un homme parleAncien maire de Lachine, William McCullock est très en colère contre la décision d'écarter François Ouimet Photo : Radio-Canada / Romain Schué

Député depuis 1994 du secteur qui comprend une partie de Lachine, LaSalle et Dorval, François Ouimet était « un homme actif » dans sa circonscription qui vivait sur place « contrairement au nouveau venu qui n’a même pas d’expérience politique », insiste M. McCullock.

« Nous sommes redevables [à François Ouimet], il a fait beaucoup pour nous, il a cherché beaucoup de subventions. Il va nous manquer. Je ne comprends pas cette décision, il n’y avait aucune raison de changer », avance-t-il, avant de faire part d'un regret pour son arrondissement.

« [En cas d'élection] il aurait pu être le doyen de l'Assemblée nationale. Ça aurait été une fierté pour Lachine », mentionne-t-il, avant de remonter dans son véhicule et de pester, encore, contre Philippe Couillard.

Le chef et le parti ont manqué de jugement et de respect. C’est une triste journée. Quelqu'un va en subir les conséquences.

William McCullock, ancien maire de Lachine

« C’est sauvage »

Dans le quartier, les partisans de Philippe Couillard semblent rares au lendemain de l’émotive conférence de presse de François Ouimet, qui, au bord des larmes, a dénoncé la façon de faire du premier ministre.

Âgée de 75 ans, Nicole Pilon veut « se vider le cœur ». « Je ne suis pas du tout d’accord avec M. Couillard, c’est un traître », insiste cette retraitée venue, à pied, écouter l’annonce du chef du Parti libéral du Québec.

« Ce qu’il a fait, c’est sauvage, car M. Ouimet a bien fait sa job, spécifie-t-elle. Sinon, il n'aurait pas été réélu depuis 24 ans. »

Cet autre résident, qui souhaite rester anonyme, assure s'être senti « mal » pour François Ouimet. « Il n'a jamais fait quelque chose de mauvais. »

Préposée aux bénéficiaires dans le secteur, Isabelle Gaillot partage cet avis. « Cette histoire m’a un peu choquée, même si je sais que la politique peut être dramatique », explique cette sympathisante libérale, qui vit à LaSalle, venue prendre quelques photos avec son cellulaire.

« Mais maintenant, je ne sais plus quoi penser. Surtout avec les catastrophiques problèmes dans le domaine de la santé », insiste-t-elle.

Traversant la piste cyclable voisine, Robert ne comprend pas ce manque de « loyauté ».

Ça va nuire à Couillard, je n'irai pas voter pour lui. Prendre quelqu'un de populaire et sacrifier une autre personne qui a été là durant des années, je n'aime pas ça.

Robert, cycliste de Lachine

« Difficile  » pour Ciccone

Résident lui aussi de LaSalle et conducteur d'autobus scolaires, Giuseppe De Francisco croit que cette décision pourrait avoir des conséquences néfastes sur la campagne du premier ministre sortant.

« J’ai parlé avec quelques amis et les gens qui sont indécis pour leur vote vont sûrement voter pour la CAQ, affirme-t-il. Beaucoup sont fâchés, car M. Ouimet, on le voyait souvent, il était disponible. »

Selon ces citoyens, Enrico Ciccone « aura de la misère », estime Nicole Pilon.

« Ça va être difficile pour lui, confirme Giuseppe De Francisco. Ce n’est rien contre lui, mais on ne le connaît pas. »

Micheline, une autre résidente de Lachine, est également « choquée ». Avec son mari et des amis, dit-elle, ils ont discuté de cette affaire. Le constat serait unanime.

« D’habitude, on vote pour les libéraux, détaille-t-elle. On va peut-être changer de parti. Ce qu’il s’est passé, c’est insultant. C’est une vacherie. Peut-être que d'autres [partis] font pareil, mais mieux que ça. Ils n'attendent pas la dernière minute. »

Enrico Ciccone parle dans un micro. Enrico Ciccone est le choix de Philippe Couillard dans la circonscription montréalaise de Marquette pour les élections provinciales du 1er octobre. Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Couillard a mis « les pieds dans le plat »

Quelques personnes rencontrées veulent cependant laisser une chance à Enrico Ciccone.

« Je le connaissais comme hockeyeur, puis comme analyste, mais ça ne suffit pas. Il va devoir faire ses preuves », prévient Michel, perché sur son vélo.

Ce dernier croit qu’un tel choix du PLQ pourrait redistribuer les cartes dans cette circonscription acquise historiquement aux libéraux. « La campagne pourrait être différente, il va peut-être y avoir du renouveau », espère-t-il, alors qu’un autre citoyen estime que « ça va aider la CAQ ».

« François Legault n’a pas besoin de mettre les pieds dans le plat, Philippe Couillard le fait lui-même. C’est du pain béni pour la CAQ », ajoute-t-il.

Sortant d’un centre commercial, Sylvie Lavoie attend quant à elle impatiemment de connaître les promesses d’Enrico Ciccone.

Membre de la Fondation de la visite depuis 16 ans, un organisme communautaire venant en aide aux femmes monoparentales, elle ne garde pas un excellent souvenir des mandats de François Ouimet.

« On a essayé de le rencontrer plusieurs fois, mais il n’était pas très collaboratif. Parfois, du nouveau, ça fait du bien. Je ne connais pas M. Ciccone, mais s’il a les compétences, il pourrait très bien faire l’affaire. »

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