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Visite dans une mine de diamants en territoire autochtone

Vue aérienne d'un puits de mine à ciel ouvert. On aperçoit un bassin d'eau et des véhicules miniers.
Les parois du puits de la mine Victor sont composées de calcaire, d'argile et de kimberlite. Photo: Radio-Canada / Jean-Loup Doudard
Radio-Canada

Le fleuron nord-ontarien de la minière De Beers, la mine de diamants Victor, cessera sa production en mars 2019. Alors que la compagnie célèbre les 10 ans de cette mine, les communautés autochtones se demandent ce qui leur restera une fois la dernière pierre précieuse extraite.

Un texte de Jean-Loup Doudard

Dans le gymnase de la mine, l’atmosphère est étrange. Les dirigeants de De Beers portent tous la même chemise grise et sourient à pleines dents en dansant en cercle au rythme des tambours traditionnels autochtones.

Après tout, il est l’heure de célébrer les 10 ans de la seule mine de diamants en Ontario, la deuxième source de profits de cette minière qui exploite des mines en Afrique du Sud, au Botswana et dans les Territoires du Nord-Ouest.

Un homme autochtone en habit traditionnel se produit dans un cercle de danse autochtone, sous l'oeil de douzaines de personnes assises en cercle.Un homme se produit dans un cercle de danse autochtone, dans le gymnase de la mine Victor. Photo : Radio-Canada / Jean-Loup Doudard

Mais assis tout autour, des douzaines de mineurs impassibles observent la scène. Certains sont fiers de leur travail, et se dressent fièrement hors de leur siège lorsqu’on appelle leur division. D’autres voient les beaux jours se terminer.

C’est comme partout. Un groupe se dit “Bon, ils sont partis, OK” et un autre groupe se dit “Oh, OK. Qu’est-ce qu’on va faire maintenant?”

Carol Achneepineskum, surintendante des relations autochtones pour la mine Victor

Carol Achneepineskum vient de la Première Nation de Fort Albany. Elle connaît le nom de tous les employés autochtones de la mine. Il y en a 140 à temps plein, et 20 de plus pendant l’hiver.

La mine Victor a semé la controverse dans les communautés Mushkegowuk depuis le début. Certains membres de ces sept Premières Nations ont accueilli cette source d’emplois à bras ouverts.

Carol Achneepineskum parle devant un feu dans une longue maison, un abri traditionnel autochtone.Carol Achneepineskum se dit fière de travailler pour De Beers, même si certains membres de sa communauté désapprouvent. Photo : Radio-Canada / Jean-Loup Doudard

Mais d’autres n’ont jamais digéré qu’une compagnie vienne déraciner des arbres trois fois centenaires pour extraire des diamants.

Certains employés cris sont traités comme des traîtres lorsqu’ils rentrent dans leurs communautés, admet Carol. Elle-même a eu du mal à réconcilier son emploi avec sa culture.

J’ai appris à marcher dans les deux mondes. Eh oui, c’est dur parfois, c’est un challenge de se faire comprendre, dit-elle.

Le chef de sa communauté, Leo Metatawabin, a été élu deux jours avant la visite de la mine, ce qui ne l’empêche pas d’aborder les thèmes difficiles lors de sa première allocution publique.

Leo Metatawabin regarde la caméra debout en extérieur.Leo Metatawabin est devenu chef de la Première Nation de Fort Albany en août 2018. Photo : CBC / Erik White

Je suis un survivant des pensionnats autochtones. J’espère que Timmins prend au sérieux le processus de guérison, lance l’oncle de Joey Knapaysweet [abattu par la police de Timmins en février] devant le maire de la municipalité, Steve Black.

Quant à la mine Victor, le chef demeure posé. Il s’inquiète de l’impact environnemental sur les cours d’eau du territoire où ses ancêtres avaient leurs lignes de trappe.

Mais il ne se fait aucune illusion : les mines font de bonnes sources de revenus. La moitié de cet argent devrait demeurer dans les communautés, estime-t-il.

Vous avez deux mains. Une pour toi et une pour moi; c’est comme ça que les choses devraient fonctionner. Cinquante-cinquante.

Leo Metatawabin, chef de la Première Nation de Fort Albany
Deux amats de diamants sont exposés sous des lumières bleues.Des diamants de la mine Victor, dans le nord de l'Ontario. Photo : Radio-Canada / Jean-Loup Doudard

Une nouvelle formule de partenariat

Descente dans le puits de 300 mètres d’où sont extraits les diamants. Plantation de jeunes pousses dans le champ où sont déjà entamés les travaux de réhabilitation. Expédition dans l’usine de traitement où les roches de calcaire contenant peut-être des diamants sont pulvérisées dans un vacarme assourdissant.

Des roches de tailles différentes passent par des broyeurs avant d'être arrosées par des petits gicleurs.Des roches sont broyées à répétition dans l'usine de traitement de la mine Victor. Photo : Radio-Canada / Jean-Loup Doudard

Pendant cette visite devant montrer aux médias la prouesse technologique qu’est la mine Victor, le président-directeur général de De Beers Canada Kim Truter est rayonnant.

Mais quand la poussière retombe et que les projecteurs sont éteints, l’homme de la situation admet qu’il aurait pu mieux gérer les relations autochtones.

Peut-être que certaines communautés pensaient que tout le monde allait directement bénéficier [de la mine] et peut-être n’ont-elles pas vu cela se concrétiser.

Kim Truter, PDG de De Beers Canada

Il souligne cependant les millions de dollars en retombées économiques dans les communautés Mushkegowuk, sous la forme d’ententes et de contrats. Il remarque que c’est De Beers qui a construit les lignes électriques qui fournissent du courant aux communautés isolées de la baie James, que c’est la minière qui a employé des centaines de travailleurs locaux.

Vue du puits d'une mine prise à partir de l'intérieur.Le puits principal de la mine Victor fait 300 mètres de profondeur. Pour atteindre les diamants plus loin, il faudrait élargir le périmètre de la mine. Un mètre additionnel peut coûter des millions de dollars. Photo : Radio-Canada / Jean-Loup Doudard

Le PDG croit cependant que les minières canadiennes pourraient modifier leur approche lorsque leurs projets impliquent les peuples autochtones.

Je me demande si la formule pourrait être modifiée et si l’on devrait mieux relier les gens aux bénéfices. On pourrait considérer des partenariats à part entière, dit-il.

L’avenir de la mine

La production cessera en mars 2019, mais De Beers demeurera sur le terrain pendant cinq ans, le temps de démolir les installations et de planter des arbres.

Des milliers de pousses d'arbres sont alignés dans une serre.Ces jeunes pousses recouvriront bientôt le terrain de la mine Victor. La minière doit, selon la loi, remettre en état les lieux d'exploitation. Photo : Radio-Canada / Jean-Loup Doudard

Plus important encore, la minière détient toujours les droits d’exploitation pour le gisement Tango. Le projet d’expansion a été suspendu parce qu’il n’était pas économiquement viable, dit le PDG.

Mais Kim Truter ne ferme pas complètement la porte à un retour de De Beers.

Alors que la technologie [d’exploitation minière] progresse, qui sait? Peut-être qu’un jour nous serons de retour. Mais si nous revenons, ce sera à une plus petite échelle.

Kim Truter, PDG de De Beers Canada
Kim Truter prononce un discours avec un micro.Kim Truter dirige la division canadienne du groupe De Beers. Photo : Radio-Canada / Jean-Loup Doudard

Pour Leo Metatawabin, c’est clair : la compagnie reviendra sûrement chercher d’autres diamants dans ses terres ancestrales. Il sera prêt à réclamer son dû.

Qui laisserait tomber des milliards de dollars comme ça? Je ne crois pas qu’ils partiront aussi vite.

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