•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Maxime Bernier est en « cabale », dit le lieutenant québécois du Parti conservateur

Le député conservateur Maxime Bernier (archives) Photo: Radio-Canada / Virginie Gagnon-Leduc
Radio-Canada

Le lieutenant québécois du chef du Parti conservateur (PC) du Canada, Alain Rayes, accuse le député de la Beauce, Maxime Bernier, de promouvoir un « ordre du jour caché », et estime que le candidat défait à la dernière course à la chefferie doit se rallier au chef Andrew Scheer, ou envisager de quitter le parti.

En entrevue à l'émission Midi info, sur les ondes d'ICI Première, M. Rayes, député de Richmond-Arthabaska, dans le Centre-du-Québec, a mené une charge à fond de train contre son collègue.

« On voit un gars qui roule tout seul et qui fait sa cabale », a-t-il déclaré, après avoir précisé que le PC disposait déjà des instances internes où les députés peuvent partager leurs idées, mais que M. Bernier s'obstinait à se tourner vers les réseaux sociaux.

Dans une série de tweets publiés jeudi matin, le député conservateur Maxime Bernier s'est ainsi défendu de faire de la « politique identitaire », comme le soutient son chef, Andrew Scheer. Ce dernier maintient que son ex-adversaire dans la course à la direction du parti « ne parle que pour lui-même ».

« J'ai dit à plusieurs reprises que la politique identitaire est réductrice, source de division et destructrice de notre cohésion sociale », a écrit M. Bernier, au lendemain d’une déclaration de M. Scheer qui a été interprétée comme un désaveu à son endroit.

« Je fais LE CONTRAIRE en me concentrant sur des solutions politiques qui concernent TOUS les Canadiens. Et je continuerai à le faire », assure le député de Beauce dans ses tweets, publiés dans les deux langues officielles.

Cette nouvelle passe d’armes entre les deux rivaux de la course à la direction du Parti conservateur, que M. Scheer a remportée de justesse, trouve sa source dans des tweets que M. Bernier a publiés lundi.

Il y dénonçait le « multiculturalisme extrême et le culte de la diversité » prônés par le premier ministre Justin Trudeau. « Plus de diversité ne nous rendra pas plus forts, cela détruira notre pays », a-t-il ajouté, après avoir dénoncé une dangereuse « balkanisation culturelle ».

Dans une déclaration publiée mercredi soir, après deux jours de silence, Andrew Scheer a rappelé d’entrée de jeu que M. Bernier « n’a pas de rôle officiel au sein du caucus » et « ne parle pas au nom du Parti conservateur ».

« Personnellement, je ne suis pas d’accord avec les politiciens de gauche et de droite qui ont recours à la politique pour diviser les Canadiens », a immédiatement ajouté le chef conservateur. « Je ne ferai pas ce genre de politique. »

Pas d'expulsion... pour l'instant

Alain Rayes, lieutenant politique pour le Québec du Parti conservateur du Canada. Alain Rayes, lieutenant politique pour le Québec du Parti conservateur du Canada. Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

En entrevue, Alain Rayes a souligné que le parti n'envisageait pas d'expulser le député contestataire. D'autant plus, a-t-il rappelé, que les règles de fonctionnement des conservateurs nécessitent une demande secrète de la part d'au moins 20 % des membres pour entamer une procédure d'expulsion du caucus.

« C’est bien plus Maxime Bernier qui a une réflexion à faire, histoire de voir s’il veut travailler avec le Parti conservateur pour battre Justin Trudeau lors de la prochaine élection, ou s’il souhaite plutôt mettre en place un ordre du jour à lui », a mentionné M. Rayes.

Aux yeux du lieutenant québécois d'Andrew Scheer, cette dissension trouve son origine dans la défaite de M. Bernier contre M. Scheer, qui a finalement remporté la course à la direction au 13e tour de scrutin, avec 50,95 % des voix.

Il n’a pas accepté le résultat de nos membres, parce que même si le vote a été très serré il y a plus d’un an de ça, il y a eu une course à la chefferie, on a un chef, on a une organisation qui va bien.

Alain Rayes, député conservateur et lieutenant québécois du chef Andrew Scheer

« Le financement va bien, le membership va bien. On est sur un bel élan et on se pose la question : pourquoi ne veut-il pas travailler avec nous? On serait bien contents de voir, de trouver des points communs », a poursuivi Alain Rayes.

À plusieurs reprises durant l'entrevue téléphonique, ce dernier a martelé que les conservateurs se devaient d'oublier leurs différences et de travailler de concert pour atteindre un seul et unique objectif : vaincre les libéraux de Justin Trudeau lors des prochaines élections fédérales.

Les rencontres entre la direction du parti et Maxime Bernier semblent d'ailleurs s'être espacées durant l'été. Le député Beauceron ne se serait ainsi pas présenté à plusieurs réunions organisées entre députés et sénateurs pendant la relâche parlementaire.

« Malheureusement, Maxime n'était pas disponible. Faut croire qu'il avait du temps pour tweeter, par exemple », a lâché M. Rayes.

Bernier a ses partisans

Malgré la volonté d'afficher un front uni au sein du parti, Alain Rayes reconnaît que certains membres sont d'accord avec les positions de Maxime Bernier sur les questions du multiculturalisme et du système de la gestion de l'offre.

« Il y en a : on le voit dans les commentaires... Et je pense que dans tous les partis politiques, il y a des opinions différentes, et nous l'avons toujours respecté au sein de notre parti », a affirmé M. Rayes.

Toujours selon lui, le Parti conservateur « ne se cache pas face aux débats difficiles », mais qu'il est malgré tout nécessaire de travailler de concert.

Je ne pense pas que quiconque puisse lever la main et affirmer être d'accord avec l'ensemble des positions du parti, ce serait malhonnête.

Alain Rayes

M. Rayes estime par ailleurs que cette fronde beauceronne fera l'objet d'échanges et de débats lors du congrès bisannuel du parti à Halifax, la semaine prochaine.

« Ce sera l'occasion, pour Maxime Bernier, de prendre une décision [...] et d'accepter qu'il a perdu la course à la chefferie. »

Andrew ScheerAndrew Scheer Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

« Il ne parle que pour lui-même », dit Scheer

Commentant les plus récents tweets du député de Beauce jeudi midi, Andrew Scheer est pour sa part demeuré sur ses positions. « Il est clair qu'il ne parle que pour lui-même quand il fait ce genre de commentaires », a-t-il fait valoir.

Il a toutefois refusé de dire si M. Bernier pourrait être expulsé du caucus en raison des derniers développements.

« Je ne vais pas discuter de la dynamique interne du caucus », s'est-il borné à répondre, avant d'ajouter qu'il s'attend à ce que ses membres « travaillent tous dans le même objectif », soit remporter les élections de l'an prochain.

Commentant la dispute, le premier ministre Trudeau a soutenu jeudi que le Parti conservateur « n'a pas beaucoup changé depuis l'époque de Stephen Harper », alors que les libéraux continuent « de croire que la diversité peut faire la force » du Canada.

« Malheureusement, les conservateurs savent que, oui, il y a des avantages électoraux à diviser les gens. Mais on a aussi vu que quand on divise les gens, ça devient plus difficile non seulement de gouverner le pays, mais de bien trouver des solutions pour qu’on ait une société plus forte, plus réussie, plus résiliente », a-t-il dit.

En juin dernier, M. Bernier a été exclu du cabinet fantôme de son parti après avoir soutenu que M. Scheer avait été élu grâce à l'aide de « faux conservateurs », devenus membres dans le seul but de s'assurer que la politique de gestion de l'offre en vigueur pour certains produits agricoles soit maintenue.

Avec les informations de CBC

Politique fédérale

Politique