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Enrico Ciccone a d'abord approché la CAQ avant d'être candidat libéral

Entrevue avec Enrico Ciccone.
Radio-Canada

Le nouveau candidat du Parti libéral du Québec dans la circonscription de Marquette, Enrico Ciccone, a d'abord approché la Coalition avenir Québec (CAQ), avant de se tourner vers la formation de Philippe Couillard pour obtenir un « comté sûr », selon ce qu'a appris Radio-Canada.

Selon nos sources, M. Ciccone a mandaté un émissaire pour contacter le parti de François Legault afin de promouvoir l'idée d'une candidature aux prochaines élections.

Cet émissaire a envoyé un courriel à un député caquiste; le président de la CAQ, Stéphane Le Bouyonnec, a par la suite directement contacté M. Ciccone pour souligner l'intérêt du parti.

L'ex-hockeyeur souhaitait se présenter dans la circonscription de Blainville, dans les Laurentides. Petit problème : celle-ci est représentée par le député caquiste Mario Laframboise, une grosse pointure pour la CAQ.

Le parti de François Legault a alors proposé à M. Ciccone de se lancer dans Vaudreuil, actuellement défendue par la whip adjointe du gouvernement, Marie-Claude Nichols, une libérale qui l'avait emporté avec plus de 61 % des voix en 2014.

Les négociations n'ont toutefois pas abouti, et Enrico Ciccone a refusé la proposition.

Ce dernier s'est alors tourné vers le Parti libéral du Québec, qui lui a offert une circonscription sûre, soit celle de Marquette.

En entrevue au Téléjournal Montréal, sur les ondes de Radio-Canada, M. Ciccone a pourtant affirmé que le premier contact avec la CAQ était venu de M. Le Bouyonnec.

« J'ai reçu un coup de téléphone [...], on m'a demandé une rencontre dans un restaurant du centre-ville de Montréal au mois d'avril », a-t-il déclaré.

M. Ciccone a d'ailleurs confirmé à Gravel le matin avoir rencontré M. Le Bouyonnec. Mais il dit qu’au terme de la rencontre, il a compris que ce n'était pas pour lui.

Moi, je travaille avec mon cœur, pas avec ma tête : je l’ai pas ressenti, je suis parti.

Enrico Ciccone

Pour expliquer son ralliement à la cause libérale, M. Ciccone a évoqué les positions du PLQ sur la question de l'immigration. « Je crois comprendre que de l'autre côté on est un peu plus restrictifs. »

Il souligne d'ailleurs que cette fois, en juin, lors de la rencontre avec les représentants libéraux, il l'a « ressenti ».

Malaise

Plus tôt dans la journée, Philippe Couillard a dit ouvrir « la porte à l'avenir » avec la candidature de l'ex-joueur de hockey professionnel Enrico Ciccone dans le fief libéral de Marquette. Mais le premier ministre a eu fort à faire pour dissiper le malaise qu'il a provoqué en forçant le départ de François Ouimet, député de longue date.

Enrico Ciccone, 48 ans, a révélé que le parti lui avait offert mardi de porter les couleurs libérales dans cette circonscription de l'ouest de Montréal aux élections provinciales du 1er octobre.

Or, François Ouimet, en conférence de presse mercredi, peu avant midi, affirmait que la décision de ne pas le soutenir lui avait été communiquée quelques heures plus tôt, après une « conversation brève » par téléphone avec Philippe Couillard.

Le député écarté n'a alors pas caché son amertume. Il a parlé de « mesures blessantes » pour expliquer ce qu'il a ressenti lorsqu'il a compris « que la parole donnée ne tenait plus ».

« Je pense que je méritais mieux », a avoué Ouimet au bord des larmes.

Le premier ministre Couillard a tenté de calmer le jeu en conférence de presse jeudi. « Nous devons avancer », a-t-il répliqué en précisant que par ces mots, il ne disait rien de négatif sur M. Ouimet.

Une démission en bloc

Le déroulement des événements a ulcéré l’association libérale de Marquette, au point où 17 de ses 18 membres entendent démissionner en bloc lors de l’assermentation du prochain député de cette circonscription.

En entrevue sur ICI RDI jeudi, le président de l'association libérale de Marquette, Patrick Carroll a eu ces mots à propos de la décision du premier ministre concernant François Ouimet : « Il est clair pour moi que la parole de quelqu'un, c'est tout ».

Si on ne peut tenir notre parole et qu'on change d'idée comme on change de chemise, moi je ne pourrai pas travailler dans cette ambiance. C'est contre mes principes.

Patrick Carroll, président de l'association libérale de la circonscription de Marquette

« L'exécutif [de l'association libérale de Marquette] a été écarté de la nomination, du jamais-vu, à ma connaissance », affirme M. Carroll qui milite depuis 36 ans au sein du PLQ. Patrick Carroll ajoute que l'association n'a pas été invitée, jeudi, à la conférence de presse annonçant la candidature d'Enrico Ciccone.

« Ceux qui dirigent ont oublié la base »

« On ne se reconnaît plus dans notre parti, affirme Patrick Carroll. Ceux qui dirigent ont oublié la base. »

Questionné sur la réaction de l'association libérale, le premier ministre s'est fait conciliant : « Des décisions, ce n'est jamais facile. Mais ma responsabilité est double, envers les citoyens et envers mon équipe, qui est contente de voir arriver de nouvelles personnes. »

Quant à Enrico Ciccone, il dit ne pas se sentir personnellement visé par les intentions de démission au sein de l'association libérale, qualifiant la situation actuelle de « défi de plus » en vue de la campagne électorale.

Dans la circonscription de Marquette, de nombreux citoyens ne comprennent pas le choix fait par Philippe Couillard d'évincer le député Ouimet pour faire de la place à Enrico Ciccone. Certains remettent même en question leur vote, habituellement acquis aux libéraux.

Après l'aréna, l'arène politique

Au coeur de ce qu'une journaliste a qualifié de « nid de guêpes », le candidat Ciccone s'est fait diplomate. L'ex-joueur de la Ligue nationale de hockey, connu également comme chroniqueur sportif, affirme qu'il connaît François Ouimet et même le fils de ce dernier, « un bon p'tit joueur de hockey ».

« J'espère être capable d'apporter ce qu'il a apporté », a déclaré Enrico Ciccone au sujet de François Ouimet.

Moi, j'ai vécu dans un monde où, d'un claquement de doigts, on te dit qu'on va changer l'équipe. J'ai été échangé sept fois, moi, Madame. On te dit : "Tu t'en vas ailleurs". [...] Je sympathise énormément avec M. Ouimet.

Enrico Ciccone

Un de parti, un autre de retrouvé

Par ailleurs, jeudi matin, il a été révélé que le Parti libéral du Québec acceptait de réintégrer Pierre Paradis, comme l'avait souhaité l'ex-ministre de l'Agriculture.

Avec cette nouvelle, le premier ministre Couillard s'est fait demander s'il n'était pas contradictoire de parler de renouveau pour M. Ciccone tout en réintégrant Pierre Paradis. Et M. Couillard de rétorquer : « Rien n'a été reproché à M. Paradis ».

Aux yeux du premier ministre Couillard, les situations de MM. Ciccone et Paradis ne sont pas comparables. « M. Ciccone est candidat. M. Paradis ne le sera pas pour la prochaine élection », a-t-il expliqué.

Élevé dans l'ouest de Montréal

« Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait autant de commotion autour de cette annonce-là », a reconnu Enrico Ciccone, mais en même temps, c'est pas de mon ressort. »

« Moi, ce que j'avais demandé au Parti libéral, c'est de m'offrir un comté qui me ressemble, qui me rejoint, a expliqué le candidat. Et on m'est arrivé avec le comté de Marquette. »

Enrico Ciccone, qui décrit son père Antonio comme « un fier immigré », a grandi dans l'ouest de Montréal, au sein d'une famille de quatre enfants.

Il n'habite pas la circonscription de Marquette, qui regroupe la municipalité de Dorval et l'arrondissement montréalais de Lachine. Compte-t-il y déménager? « Demandez-le à mon épouse! » a-t-il répondu. Ce qui a fait dire à Philippe Couillard : « T'es comme moi, tu prends tes instructions au bon endroit! »

Tout sourire devant cette recrue en politique qu'est M. Ciccone, le premier ministre s'est dit persuadé que l'ex-joueur de hockey « va rallier beaucoup de monde ».

Un autre genre de compétition

Enrico CicconeEnrico Ciccone passe du monde du sport à celui de la politique. Photo : « Tout le monde en parle »

Enrico Ciccone assure que, dans sa vie, rien ne lui a été donné tout cuit dans le bec. Et à l'intention de Philippe Couillard, il a ajouté : « Précisément, monsieur le premier ministre, je n'ai jamais baissé les yeux devant personne ».

L'ex-athlète de près de deux mètres dit de lui-même qu'il est « sensible » et porté à aider les autres. La dureté de la vie politique ne l'effraie pas, car l'hostilité, il connaît : « Dans la Ligue nationale, tu dois t'en sortir, on veut ta tête constamment ».

Il reconnaît néanmoins avec humour qu'il devra désormais s'exercer à la patience... Sur la glace, « on règle les affaires un peu plus rapidement », dit-il.

Avec les informations de Pascal Robidas, Martine Biron et La Presse canadienne

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