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À Gênes, les secouristes poursuivent les recherches, mais l'espoir s'amenuise

Le récit de Lise Villeneuve
Agence France-Presse

Le gouvernement populiste italien a déclaré la guerre à la société autoroutière gestionnaire, qui compte bien se défendre, mais qui plonge en Bourse, après l'effondrement dramatique d'une portion de viaduc à Gênes, dans le nord du pays.

Sur place, les grues et les pelleteuses continuaient jeudi de déblayer des décombres alors que des personnes sont encore portées disparues. « Cette nuit, on n'a pas eu de chance, on n'a trouvé personne, a déclaré à l'AFP Emanuele Gissi, un responsable des pompiers. Nous cherchons toujours des cavités qui ont pu héberger des gens, vivants ou pas ».

Le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, a cependant annoncé jeudi matin que le bilan provisoire avait été ramené à 38 morts, ainsi que 15 blessés, dont 5 se trouvent encore dans un état grave.

L'Italie observera samedi une journée de deuil national, à l'occasion d'une cérémonie de funérailles solennelles dans la matinée à la Fiera de Gênes, un centre d'expositions.

Mercredi soir, le gouvernement a décrété l'état d'urgence pour un an à Gênes, ce qui offre un cadre normatif pour la gestion du site et l'assistance aux plus de 630 personnes évacuées et dont les habitations, en contrebas de ce qui reste du pont, sont condamnées.

Le gouvernement veut aussi révoquer la concession d'Autostrada per l'Italia sur le tronçon où se trouve le pont effondré. Plusieurs poids lourds du gouvernement ont même réclamé une remise à plat de toutes les concessions.

« Nous ne pouvons pas attendre la justice pénale, a fait valoir M. Conte. Autostrade avait le devoir et l'obligation, l'engagement, d'assurer l'entretien de ce viaduc et la sécurité de tous ceux qui voyageaient dessus ».

« À ceux qui demandent pourquoi on meurt après avoir acquitté le péage, nous devions répondre immédiatement », a expliqué le vice-premier ministre Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles.

L'autre vice-premier ministre, Matteo Salvini (Ligue, extrême droite), a suggéré que la société suspende plusieurs péages pour quelques semaines et vienne immédiatement en aide aux victimes et à la ville. « Nous avons débloqué 5 millions d'euros [7,5 M$], ils devraient offrir 500 millions », a-t-il lancé.

Un homme, entouré de pompiers ou policiers ainsi que d'hommes en veston-cravate, marche en regardant droit devant lui. Le soleil semble se coucher dans cette photo.Le 15 août 2018, le ministre de l'Intérieur italien, Matteo Salvini, a visité le site à Gênes, en Italie, où le pont Morandi s'est effondré. Photo : Reuters / Stefano Rellandini

Le gestionnaire du pont se défend

La société Autostrade per l'Italia, qui appartient au groupe Atlantia, lui-même contrôlé par la famille Benetto, a réagi mercredi soir en évoquant le sérieux de ses contrôles de sécurité.

La société a aussi assuré travailler « d'arrache-pied » à la reconstruction du pont, qui pourrait « être achevé dans les cinq mois » une fois le site accessible après la fin des recherches et des relevés d'enquête.

Jeudi matin, Atlantia a dénoncé pour sa part une annonce « faite en l'absence de toute contestation spécifique » et « de toute certitude sur les causes effectives » du drame.

Et dans l'hypothèse d'une révocation de la concession, « il revient au concessionnaire d'évaluer la valeur résiduelle de la concession, une fois les éventuelles pénalités déduites », a prévenu Atlantia. Selon des médias italiens, le coût pour l'État de cette révocation se chiffre en milliards d'euros.

« Ils auraient pu avoir un mot pour les victimes plutôt que de penser encore une fois à leurs profits, a réagi M. Di Maio. C'est plus que honteux ».

La correction était également rude à la Bourse de Milan, à la reprise des échanges après la trève du 15 août : en début d'après-midi, le titre Atlantia perdait 20 %.

L'UE aussi attaquée par Rome

Autre cible du gouvernement italien : l'Union européenne (UE) et sa politique d'austérité accusée d'empêcher les investissements.

« Les investissements qui sauvent des vies, des emplois et le droit à la santé ne doivent pas faire l'objet des calculs rigides et des règles imposées par l'Europe », a déclaré M. Salvini.

« L'Europe peut dire ce qu'elle veut, mais sur ce point nous ne demandons pas, nous exigeons », a renchéri M. Di Maio.

La Comission européenne a réagi en assurant avoir encouragé l'Italie à investir dans ses infrastructures et en rappelant que les États membres étaient « libres de fixer des priorités politiques spécifiques, par exemple le développement et l'entretien des infrastructures ».

Des victimes toujours sous les débris

Jeudi, les grues et les pelleteuses continuaient de déblayer des décombres. « On essaie de sectionner les grands morceaux de béton qui sont tombés du pont, et après on les déplace avec les grues et on envoie des chiens de recherche, puis notre personnel s'il y a des signes positifs », a expliqué M. Gissi.

« Ce type de travail est dangereux parce que les décombres sont instables », de même que la partie du pont qui est encore debout, a précisé le pompier.

Des grues et pelles mécaniques, qui se trouvent près de secouristes, semblent soulever des gros morceaux de béton.Des équipes de secours cherchent encore des victimes de l'effondrement du pont Morandi à Gênes, en Italie, le 16 août 2018. Photo : Getty Images / AFP/Piero Cruciatti

Personne ne se hasarde à donner un chiffre sur le nombre de disparus.

Ce qui est certain, c'est que ceux qui sont en train de fouiller nous disent qu'il y a encore d'autres personnes là-dessous.

Le ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini

Au-dessus des secouristes, le moteur du camion vert arrêté à quelques mètres du précipice et devenu une icône de la peur des usagers continuait de tourner. Son chauffeur paniqué ne l'a pas éteint en s'enfuyant à pied, et selon son employeur, il a assez de carburant pour tourner plusieurs jours, phares et essuie-glaces allumés.

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