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Les médias ne sont qu'un « parti d'opposition », assène Trump

Les détails avec Azeb Wolde Giorghis.
Radio-Canada

Le président américain Donald Trump n'a pas mis de temps à répliquer à la campagne coordonnée de centaines de journaux qui se sont mobilisés pour dénoncer sa rhétorique antimédia dans des éditoriaux publiés jeudi.

« Les médias de fausses nouvelles sont le parti d'opposition. C'est très mauvais pour notre magnifique pays », a-t-il écrit en matinée sur Twitter. « Mais nous gagnons », a-t-il ajouté, sans faire référence à quoi que ce soit de précis.

Il a poursuivi en écrivant qu’il « n’y a rien qu’il ne voudrait davantage, pour le pays, qu’une vraie liberté de presse, Mais le fait, soutient-il, est que la presse est libre d’écrire ce qu’elle veut, même si la plupart des choses qu’elle écrit sont de fausses nouvelles, une façon de mettre de l’avant leurs préférences politiques ou simplement une tentative pour faire mal à des gens ».

« L’honnêteté triomphe! », conclut le président américain.

Il a immédiatement récolté des milliers de « J'Aime » de ses défenseurs.

« Les journalistes ne sont pas l'ennemi »

Dans le cadre d'une campagne baptisée « Ennemi de personne », quelque 350 publications et organes de presse publient jeudi des éditoriaux pour insister sur l'importance de la liberté de presse et dénoncer les attaques du président à leur endroit.

Le Boston Globe, à l'origine de l'initiative, a lancé le bal en publiant sur sa page frontispice un éditorial intitulé « Les journalistes ne sont pas l'ennemi », une réponse aux attaques fréquentes du président Trump. Le quotidien met ses lecteurs en garde contre les « conséquences dangereuses » de cette attitude.

Nous avons aujourd'hui aux États-Unis un président qui a créé un mantra selon lequel tout média qui ne soutient pas ouvertement la politique de l'administration actuelle est "l'ennemi du peuple". C'est un des nombreux mensonges propagés par notre président comme par un charlatan d'antan qui jetait de la poussière ou de "l'eau magique" sur une foule pleine d'espoir.

Extrait de l'éditorial du Boston Globe

Plus important encore, ajoute le Boston Globe, la mentalité de l’administration Trump porte ses fruits : un quart des Américains sondés estiment que le président devrait avoir le pouvoir de faire fermer tout journal ou média sous prétexte d’une « mauvaise attitude ».

Pas moins de 13 % des répondants croient en outre que le président devrait mettre un terme immédiatement aux publications de grands médias américains conspués à répétition par le locataire de la Maison-Blanche, comme le New York Times, le Washington Post et CNN.

Un partisan du président Donald Trump brandit une pancarte associant les fausses nouvelles à des médias tels que CNN, CBC News et le New York Times.Lors d'un rassemblement républicain, un partisan du président Trump brandit une pancarte associant les fausses nouvelles à des médias tels que CNN, CBC News et le New York Times. Photo : Reuters / Joshua Roberts

Le message relayé dans d'autres éditoriaux – « La presse indépendante a besoin de vous » pour le New York Times ou encore « Ce journal est l’ennemi de tout ce qui menace le peuple » pour le Chicago Sun Times – est le même : l’attitude de l’administration Trump est en train de mettre en péril un important pilier de la démocratie à coups de « faits alternatifs » et de fausses nouvelles (fake news).

Le mouvement n'est toutefois pas circonscrit aux États-Unis. D’autres médias dans le monde ont emboîté le pas, comme le quotidien britannique The Guardian (« Au travail et non à la guerre »). Des journaux canadiens, comme le National Observer, ont aussi répondu à l’appel pour dénoncer la « sale guerre » que livre le président américain aux médias.

Les attaques du président contre la presse ont un effet sur le reste du camp républicain. Un récent sondage indique que près de 51 % de ses membres considèrent davantage la presse comme un ennemi plutôt que comme un élément essentiel à l’exercice démocratique.


Le président américain a souvent accusé les médias de faire circuler de fausses histoires. Dans ce tweet, il s'en prend à CNN, à MSNBC et au New York Times, qui véhiculent selon lui de fausses nouvelles.


Dans son éditorial, le Boston Globe va même jusqu’à comparer le modus operandi du président à celui de dirigeants autoritaires du 21e siècle, comme le président russe Vladimir Poutine ou son homologue turc Recep Tayyip Erdogan.

Il cite en exemple les 4229 déclarations mensongères de Donald Trump recensées par le Washington Post au cours des 558 jours qui ont suivi son investiture à la présidence des États-Unis.

Ces éditoriaux […] soulignent d’une même voix l’importance de cette institution fondamentale en Amérique.

Extrait de l’éditorial du New York Times

Si Ivanka Trump a choisi de se distancer des propos de son père, la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, refuse encore à ce jour de dire que les médias ne sont pas l’ennemi du peuple.

Une initiative contre-productive?

Certaines voix soulèvent cependant des doutes face à cette initiative, en avançant que son effet sera pratiquement nul, sinon contre-productif. Les partisans du président, disent-elles, risquent fort d'y voir une preuve que les médias sont ligués contre lui.

Si elle concède que la campagne des médias est « compréhensible », Colette Brin, professeure titulaire au Département d’information et de communication de l’Université Laval et directrice du Centre d’études sur les médias, croit par exemple que cela « risque de se retourner contre eux ».

Les premières réactions des défenseurs du président montrent qu'ils y verront une « cabale montée par la presse », voire une « collusion » médiatique prouvant que « la presse parle d'une seule voix » contre Donald Trump, a-t-elle commenté en entrevue à Radio-Canada.

Mme Brin relativise en outre l'importance des éditoriaux dans la vie publique contemporaine. Ces textes n'ont jamais été les plus lus, rappelle-t-elle, et ils sont encore moins influents à l'ère où les opinions pullulent, notamment sur les réseaux sociaux.

Ken Paulson, ancien rédacteur en chef du quotidien USA Today et un des responsables du Newseum, le musée de l'information à Washington, admet aussi que la presse ne peut pas « rester sans rien faire et « doit se défendre lorsque l'homme le plus puissant du monde tente d'affaiblir le premier amendement ».

Il n'en relativise pas moins l'efficacité de cette campagne de sensibilisation.

Les personnes qui lisent les éditoriaux n'ont pas besoin d'être convaincues. Ce ne sont pas elles qui hurlent [sur les journalistes] aux meetings présidentiels.

Ken Paulson, ancien rédacteur en chef du quotidien USA Today

Les plus grands journaux américains n'ont par ailleurs pas tous participé à cette campagne coordonnée. Le Wall Street Journal, par exemple, ne s'est pas rallié à la cause, en arguant entre autres qu'elle va à l'encontre du principe d'indépendance des pages éditoriales.

« Bien que nous soyons d'accord pour dire qu'étiqueter les journalistes comme étant des "ennemis du peuple américain" et le journalisme comme étant des "fausses nouvelles" n'est pas seulement dommageable pour notre industrie, mais destructrice pour la démocratie, une réponse coordonnée de la presse indépendante – oserions-nous dire traditionnelle – alimente le récit selon lequel nous nous sommes en quelque sorte ligués contre le président républicain », écrit un des membres de sa page éditoriale, James Freeman.

« Les médias organisent une attaque plus étudiée et plus publique que jamais contre Donald Trump » et contre « la moitié du pays qui le soutient », a effectivement tweeté Mike Huckabee, ancien gouverneur républicain, commentateur sur la chaîne conservatrice Fox News et père de la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders.

Donald Trump, président des États-Unis
Avec les informations de Agence France-Presse, et Associated Press

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