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La journaliste Lisette Morin, sa culture et son franc-parler

La journaliste Lisette Morin (Archives)

La journaliste Lisette Morin (Archives)

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

L'été 2018 marque le 25anniversaire de la mort de la journaliste et chroniqueuse culturelle rimouskoise Lisette Morin. Connue pour sa grande culture et ses opinions affirmées, Lisette Morin a laissé sa marque dans le monde du journalisme à une époque où ce métier était surtout une affaire d'hommes.

Un texte d'Édith Drouin

Lisette Morin a amorcé sa carrière de journaliste dans les années 1950 à Rimouski. Au fil des années, la journaliste et chroniqueuse a entre autres travaillé pour Le Devoir, Le Progrès du Golfe, L'Écho du Bas-Saint-Laurent, le Progrès-Écho et Radio-Canada.

Elle a d’ailleurs animé Chroniques du dimanche de 1958 à 1971 à la radio de CJBR.

La journaliste, qui s’est intéressée à divers enjeux au cours de sa longue carrière journalistique, était surtout spécialisée dans les arts et lettres.

Ginette Lepage, l’ancienne directrice générale du Conseil de la culture du Bas-Saint-Laurent, l’a donc connue dans le cadre de ses fonctions. À l’époque, elle était l’une des seules journalistes féminines à couvrir les arts et la culture.

[Son héritage], c’est tout l’aspect historique de la prise de parole par des femmes dans un métier qui était souvent exercé par les hommes, et qui le faisait d’une façon très affirmée aussi. Je pense qu’elle a été un modèle pour plusieurs.

Ginette Lepage, ancienne directrice du Conseil de la culture du Bas-Saint-Laurent

L’écriture de Lisette Morin était très soignée, très littéraire, se rappelle Ginette Lepage. Elle la décrit comme une journaliste qui était très exigeante envers elle-même et envers les autres.

L’ancienne directrice générale raconte d’ailleurs avoir été reprise par Mme Morin, qui lui avait expliqué que l’utilisation du mot récipiendaire était fautive lors d’une remise de prix et qu’il fallait plutôt utiliser le terme lauréat.

Quand on dit [qu']elle n’avait pas la langue dans sa poche, dans son cas, c’était vraiment ça. Elle ne se gênait pas pour dire, que ce soit un maire ou un simple citoyen, quand elle avait quelque chose à dire, elle ne se gênait pas pour le dire, se remémore Ginette Lepage en riant.

Une grande journaliste et une bonne vivante

Pendant sa longue carrière, Lisette Morin a été de tous les événements.  Elle était toujours prête à venir, elle lâchait tout et elle partait , racontait Claude Ross, un ancien journaliste de Radio-Canada, dans une émission diffusée peu après la mort de Mme Morin en 1993.

Des amis et ex-collaborateurs rendent hommage à la journaliste rimouskoise Lisette Morin

La journaliste ne possédait pourtant pas de voiture. Elle covoiturait avec des collègues, dont Claude Ross.

Ce dernier se remémorait, après le décès de Mme Morin, des discussions animées pendant de longs trajets d’hiver et des virées « mémorables » dans un certain bar d’Esprit-Saint.

 Tout le monde se ramassait là après la soirée et là ça discutait ferme, on refaisait le monde et on redescendait à Rimouski aux petites heures du matin. Lisette, à ce moment-là, avait pas loin de 60 ans et c’était une femme remarquablement en forme et qui avalait le scotch avec un bon entrain! , disait le journaliste.

Lisette et lui se voyaient également en dehors du travail, lorsqu’elle l’invitait à sa table. Elle était une excellente cuisinière, selon plusieurs qui ont pu goûter à ses plats.

Jean Drapeau, ami de Lisette Morin et ancien professeur de théologie à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), la qualifiait, lors de la même émission radiophonique, de femme hospitalière et généreuse. Tout comme Claude Ross, il se souvenait avec nostalgie des soupers qu’elle organisait chez elle.

Je dois vous dire que la parole était abondante, le verbe assez haut, que parfois elle prenait beaucoup de place, mais tout le monde arrivait à parler assez fort.

De grandes connaissances à partager

Au-delà des ses opinions tranchées et du soin qu’elle apportait à sa plume, Lisette Morin a été décrite par plusieurs comme une personne amicale encline à partager son savoir avec les nouveaux et aspirants journalistes.

Elle a d’ailleurs enseigné le journalisme à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). C’est à ce moment que Renald Bérubé, un ancien professeur de l’UQAR, a fait sa connaissance.

Selon lui, le plus grand héritage de Mme Morin est celui d’avoir réussi à vulgariser et transmettre ses connaissances au grand public.

L’importance de ses connaissances en faisait une grande dame.

Renald Bérubé, professeur à la retraite de l’UQAR

« Parler des auteurs de la Nouvelle Vague au cinéma, des auteurs du nouveau roman à la fin des années 1950 au début des années 1960 dans cette région-ci, ce n’était pas si courant », explique-t-il.

En plus de sa carrière de journaliste, Lisette Morin était très engagée socialement. Elle a entre autres occupé le poste de conseillère municipale pendant un mandat à Rimouski, elle a été membre du Conseil des arts du Canada et secrétaire de la Fondation du centre hospitalier régional de Rimouski.

Lisette Morin a reçu un doctorat honorifique de l’UQAR peu avant son décès. Après sa mort, le 11 août 1993, une bibliothèque municipale de Rimouski a été nommée en son honneur.

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