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Dernière ligne droite au procès de l'ex-chef de campagne de Trump, Paul Manafort

Paul Manafort quitte le tribunal, en compagnie de sa femme, Kathleen. En arrière-plan, un protestataire tient une pancarte sur laquelle on peut lire : « Traître ».
Paul Manafort, lors d'une précédente comparution devant la justice, le 8 mars dernier. Photo: Getty Images / Alex Wong
Agence France-Presse

Après avoir entendu une kyrielle de témoins à charge décrire comment Paul Manafort aurait caché des millions de dollars au fisc américain, les jurés attendent mercredi les déclarations finales dans le procès de l'ex-chef de campagne de Donald Trump.

Accusé de fraudes fiscale et bancaire, cet ancien consultant politique de renom âgé de 69 ans est le premier à faire face à un procès découlant de l'enquête explosive de Robert Mueller, le procureur spécial chargé du dossier russe.

Mais les faits reprochés sont antérieurs à l'élection présidentielle de novembre 2016 et le nom du président américain n'a été évoqué que de loin.

Ce procès ultra-médiatique n'en reste pas moins embarrassant pour Donald Trump, qui n'a de cesse de dénoncer une « chasse aux sorcières » et qui a tenté de se distancer de son ancien chef de campagne.

Au tribunal fédéral d'Alexandria, près de Washington, où le procès s'est ouvert le 31 juillet, le juge T.S. Ellis a demandé aux parties de présenter réquisitoire et plaidoyer à partir de 9 h 30, HAE, mercredi.

Les 12 jurés entreront ensuite en délibération et pourraient donner leur verdict d'ici la fin de la semaine.

Aucun témoin appelé à la barre par la défense

La défense n'a appelé personne à la barre, alors que les procureurs ont fait défiler plus de 20 témoins pour tenter de démontrer que Paul Manafort avait dissimulé au fisc des millions de dollars, tirés en majorité de ses activités pour l'ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch, soutenu par Moscou.

L'ex-lobbyiste est également accusé de fraude bancaire pour avoir caché aux autorités l'existence de comptes à l'étranger – la plupart à Chypre – et d'avoir menti à des banques sur ses finances pour obtenir des prêts, une fois que Viktor Ianoukovitch – sa « poule aux oeufs d'or », selon les procureurs – a fui l'Ukraine.

Paul Manafort rejette toutes ces accusations.

Des dizaines de personnes forment une file devant un immeuble. Beaucoup de gens, dont des journalistes, faisaient la file devant le tribunal d'Alexandria, en Virginie, mercredi matin, pour assister aux déclarations finales. Photo : Getty Images / SAUL LOEB

S'il n'a présenté aucun témoin, c'est parce que « ses avocats et lui ont estimé qu'ils avaient laissé assez de place au doute » dans l'esprit des jurés lors de leurs contre-interrogatoires des témoins de l'accusation, explique à l'AFP Jacob Frenkel, ex-procureur fédéral américain et associé du cabinet juridique Dickinson Wright.

Veste en python, maisons luxueuses, massif de fleurs formant son initiale, « M » : derrière les descriptions colorées de dépenses exorbitantes qui ont fait beaucoup parler, l'accusation a surtout présenté dans le détail des centaines de factures et autres courriers officiels plus rébarbatifs.

« Le défi » pour les procureurs dans leur réquisitoire est désormais d'exposer au jury ce dossier comme un « cas très simple : M. Manafort avait obligation de payer ses impôts, de remplir correctement ses déclarations d'impôts et de dire la vérité lorsqu'il empruntait aux banques », selon M. Frenkel.

Si les jurés ne parviennent pas à se mettre d'accord sur un verdict, « ce sera aussi une victoire pour la défense », poursuit l'ex-procureur.

Rick Gates, témoin clé

Or, le témoin clé de l'accusation, Rick Gates a reconnu qu'il s'était entendu avec Paul Manafort pour cacher des millions de dollars dans des banques à l'étranger afin d'éviter le fisc américain. Ancien adjoint de l'accusé, avec lequel il a travaillé pendant une décennie, il a aussi admis lui avoir volé des centaines de milliers de dollars.

Rick Gates, 46 ans, coopère avec Robert Mueller depuis qu'il a accepté de plaider coupable en février en échange d'une peine de prison plus clémente.

« Si le jury décide que Rick Gates est responsable ou si le doute s'est installé dans l'esprit d'un seul juré, cela suffira pour qu'il ne condamne pas M. Manafort , avance Jacob Frenkel.

Risquant déjà de passer le restant de ses jours en prison avec ces poursuites, M. Manafort doit affronter un second procès en septembre, toujours dans le cadre de l'enquête du procureur spécial.

Parmi la trentaine d'individus déjà visés par Robert Mueller, dont une majorité de Russes, Paul Manafort est le seul Américain à avoir refusé de passer un accord avec la justice pour éviter un procès. Une stratégie risquée qui conduit certains observateurs à conclure qu'il pourrait avoir espoir d'obtenir une grâce présidentielle.

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