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Investiture libérale : Couillard n'a pas respecté sa parole, dénonce le député Ouimet

Les précisions d'Hugo Lavallée
Radio-Canada

Voulant du « renouveau » dans son équipe, Philippe Couillard a décidé de soutenir l'ex-hockeyeur Enrico Ciccone à la place du député François Ouimet, élu depuis 1994 dans la circonscription montréalaise de Marquette. « Je pense que je méritais mieux », a déclaré François Ouimet, au bord des larmes.

« Je ne cacherai pas que les mesures prises à mon égard ces derniers jours sont blessantes autant qu’elles sont inattendues et vont à l’encontre de l’engagement pris par le premier ministre », a affirmé François Ouimet mercredi, au cours d'une conférence de presse.

Très ému, le député de Marquette a assuré que le premier ministre Philippe Couillard lui avait pourtant fait la promesse de compter une nouvelle fois sur lui.

« Il m’a regardé dans les yeux, m’a serré la main et m’a réitéré sa confiance de vive voix en mai dernier en me disant : "Inquiète-toi pas, je ne te jouerai pas de tour, je vais signer ta lettre de candidature". J'ai pris sa parole », a-t-il raconté.

Il a ajouté que la décision de ne pas le soutenir lui avait été communiquée quelques heures plus tôt. Après une « conversation brève » par téléphone avec Philippe Couillard, François Ouimet a assuré avoir « compris que la parole donnée ne tenait plus ».

[La politique] peut être faite de façon noble. C’est parfois les gens qui ont un trait de caractère qui peut être assez cruel avec certaines personnes.

François Ouimet, député de Marquette

Philippe Couillard défend sa « parole »

Affirmant avoir « du respect » et de « l'affection » pour François Ouimet, Philippe Couillard a tenté, quelques heures plus tard, de défendre son choix.

« Dans la vie d’un premier ministre ou d’un chef de parti, il y a des moments qui sont douloureux. Des décisions très, très difficiles à prendre, parce qu’elles impliquent des humains, des gens qu’on connaît, avec qui on travaille. Ce sont des cicatrices qu’on porte dans son cœur pendant longtemps », a-t-il dit.

Ce choix, a-t-il affirmé, a été fait « très récemment ». « Les circonstances ont changé, le nombre de candidatures de qualité a augmenté, a-t-il précisé. Pour assurer le succès de mon équipe, je me dois de présenter une équipe expérimentée et renouvelée. »

Ma parole vaut beaucoup. Les gens qui travaillent à mes côtés savent que je suis un homme de parole.

Philippe Couillard, premier ministre

Des jeux de coulisses

Selon le député sortant, des « jeux de coulisses » seraient à l'origine de ce revirement. Tout en admettant « spéculer », François Ouimet a expliqué qu'une telle décision pouvait servir à attaquer le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault.

« Si je me représente, je deviens le doyen de l’Assemblée nationale. Si je ne suis pas sur les rangs pour l’élection, François Legault devient le doyen de l’Assemblée nationale. On peut imaginer qu’il y a eu de forts jeux de coulisses pour atteindre cet objectif », a-t-il mentionné.

Avouant avoir « mal », le vice-président de l'Assemblée nationale, qui fêtera ses 59 ans la semaine prochaine, est resté évasif sur son avenir.

Pourrait-il se présenter avec un autre parti? « Je ne sais pas », a-t-il répondu, tout en assurant qu'aucune proposition ne lui a été faite au PLQ.

« La politique est cruelle », admet Poëti

De nombreux ministres libéraux ont eu une pensée pour François Ouimet.

« C’est un collègue, un ami, un voisin politique, a spécifié Robert Poëti, qui a décidé de quitter la vie politique au terme de son mandat. « La politique est cruelle. Il y a un côté sombre dans la politique. »

Ce dernier a admis trouver « ça malheureux, la façon dont ça s'est passé ». « Moi, j’ai reçu hier une invitation pour son investiture aujourd’hui, a-t-il raconté. Tout est allé très vite dans la dernière journée. »

« Ce sont des décisions de chefs de parti. Ce n’est pas propre à un seul parti, a précisé Jean-Marc Fournier. C’est décevant, car M. Ouimet, je l’aime bien. Mais le chef de parti doit regarder l’ensemble. Cette équipe doit correspondre à un certain renouveau. »

Pierre Moreau a quant à lui affirmé pouvoir « comprendre » pourquoi le député de Marquette était blessé. « Ce sont des situations humaines qui sont difficiles. Il n’y a pas de bonne façon de faire ces choses-là », a-t-il avancé.

De nombreux soutiens

Plusieurs élus des autres partis politiques ont également apporté leur soutien à François Ouimet sur les réseaux sociaux.

Le député de Marquette est « un gentilhomme », a souligné l'élu péquiste Pascal Bérubé, assurant que son collègue est « le député le plus gentil provenant d'une autre formation politique ».

« Quelle tristesse, a écrit la députée de la CAQ, Lise Lavalée. Je considérais François Ouimet comme un chic type, respectueux, gentleman ».

« Sacrifier un député loyal pour fabriquer un "spin" négatif c’est vraiment désolant », a jugé la CAQ sur Twitter.

Ex-députée libérale, Fatima Houda-Pépin a déploré « la méthode Couillard ». « C’est déroutant, pour un député loyal comme François Ouimet de réaliser que son chef lui ment. En politique, quand la confiance n’est plus là, plus rien ne tient. Comme d'autres, je l’ai vécu », a-t-elle fait savoir.

En conférence de presse, Jean-François Lisée a quant à lui dénoncé la façon de faire du PLQ. « Je ne sais pas ce que [François Ouimet] a fait pour être rejeté », a réagi le chef du Parti québécois.

« Là, M. Couillard dit : " Ah non, je n’aime pas ce député qui a été élu plusieurs fois et je désigne quelqu’un d’autre ". Pourquoi ce ne sont pas les membres du PLQ de Marquette qui décident? », a-t-il avancé, en expliquant qu'au PQ, les candidats sont désignés par les adhérents après des investitures.

Enrico Ciccone candidat

Pour remplacer François Ouimet dans cette circonscription de Montréal acquise aux libéraux depuis de nombreuses années, le PLQ misera sur l'ancien hockeyeur professionnel Enrico Ciccone.

L’annonce aura lieu jeudi matin.

Enrico Ciccone dans un aréna.Enrico Ciccone a eu une carrière d'analyste de hockey après celle de hockeyeur. Photo : Radio-Canada

Devenu chroniqueur sportif et agent de joueurs, Enrico Ciccone, 48 ans, a présenté durant trois ans l’émission matinale à la radio 91,9 Sports.

Le 24 juillet, il avait annoncé son départ de la station en évoquant « un très grand défi à relever à l’automne prochain ». Cette décision, avait-il indiqué, « a été longuement mûrie ».

Repêché en 1990, le natif de Montréal a disputé 374 matchs dans la Ligue nationale de hockey (LNH) en 10 saisons, marquant 28 points. Il a évolué pour six équipes, dont le Canadien de Montréal durant la saison 2000-2001, la dernière de sa carrière.

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