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Une femme de Saskatoon perd 15 000 $ dans une fausse histoire d’amour en ligne

Photos d'un homme au restaurant, sur la plage. Son visage est flouté. Il porte des chemises à carreaux bleues.
Marlene Johnson dit que l'arnaqueur a utilisé ces photos d'un homme innocent pour lui faire croire qu'il vivait à Los Angeles. Les photos ont été floutées pour protéger cet homme dont l'identité a été volée. Photo: Marlene Johnson

Marlene Johnson raconte qu'un arnaqueur en ligne a vidé son compte en banque en lui faisant croire qu'il était amoureux d'elle.

En mars, la femme de 62 ans a reçu une invitation d’amitié sur Facebook d’un homme qu’elle trouvait attirant, mais qu’elle ne connaissait pas.

Elle a parcouru son profil Facebook. Dans une publication, il disait être chrétien. Cela a convaincu Marlene Johnson de l’ajouter à ses amis.

Il lui a alors écrit et ils ont commencé à échanger régulièrement des messages sur Facebook. Rapidement, ils sont passés à des messages textes et à une autre application mobile. De temps en temps, ils discutaient au téléphone.

Cela a duré trois mois.

« Durant ces trois mois, nous sommes devenus des âmes sœurs. Nous parlions de tout », raconte-t-elle. « C’était vraiment une belle relation. Très affectueuse. »

Marlene Johnson admet qu’ils avaient quelques « disputes », mais ils parvenaient à les surmonter.

C’est comme si nous nous connaissions depuis toujours.

Marlene Johnson

L’homme s’est présenté sous le nom de Ben. Il disait qu’il venait de la Suisse et qu’il travaillait à Los Angeles comme gestionnaire de projet sur une plateforme pétrolière en mer.

Il a demandé à Mme Johnson de ne pas dévoiler leur relation secrète à ses amis et à sa famille.

Un vol camouflé

Quand il disait qu’il était à l’étranger pour affaires et qu’il avait besoin d’aide, Marlene Johnson ne se faisait pas prier.

Une fois, il lui a demandé une carte iTunes de 50 $ pour « télécharger des documents ».

Peu après, il lui a dit qu’il était de nouveau aux États-Unis, mais qu’il avait besoin de 10 100 $ pour régler un problème de livraison. Il a expliqué à Marlene Johnson que le projet sur lequel il travaillait lui rapporterait 1,2 million de dollars, ce qui serait suffisant pour vendre ses biens à Los Angeles, déménager au Canada et l’épouser.

« Ben » lui a promis qu’il lui rembourserait le double de ce qu’elle lui avait prêté lorsqu’il viendrait au Canada. Elle lui a alors envoyé la somme par virement, malgré les avertissements de sa banque sur la possibilité que ce soit de la fraude.

Par la suite, il a demandé encore plus d'argent. Il voulait 125 000 $, mais l'argent ne lui a jamais été remis.

Un dessin d'une femme qui repose sa tête dans le creux du cou d'un homme dont le profil est noirci.Des milliers de femmes sont flouées chaque année par des escrocs qui falsifient leur identité sur les réseaux sociaux. Photo : Radio-Canada

« Je ne lui ai rien envoyé cette fois-là. Notre relation avait été dévoilée au grand jour », dit Marlene Johnson.

Marlene Johnson et son mari ont divorcé en 2014, après avoir passé 33 ans ensemble. Ils ont eu trois enfants qui sont à présent dans la trentaine. Marlene Johnson a deux petits-enfants.

Elle explique que ses enfants se sont rendu compte de ce qui se passait au mois de mai. Ils en ont été abasourdis. Sa fille l’a aidée à changer de numéro de compte en banque, à invalider toutes ses cartes de crédit et à changer de numéro de téléphone avant qu’elle n'envoie plus d’argent. À ce moment-là, Marlene Johnson avait commencé à chercher des moyens d'envoyer 125 000 $, tirés de son fonds de pension à « Ben ».

« Ils m’ont dit : "Maman, comment aurais-tu pu faire ça?" », se souvient-elle. Au début, elle était fâchée que sa fille mette un terme à toute communication en ligne avec son amant. Mais très vite, elle a réalisé que c’était une escroquerie.

J’aurais pu être flouée, j’aurais pu tout perdre.

Marlene Johnson

L’arnaque amoureuse, un marché de 1 milliard de dollars

Marlene Johnson se souvient d'avoir regardé un épisode de l'émission Dr. Phil sur ce type d’escroquerie avant de rencontrer « Ben ». Mais elle croyait que cela ne pourrait jamais lui arriver.

Depuis qu’elle a compris qu'elle avait été victime d'une arnaque, elle a fait beaucoup de recherches sur le sujet. Elle dit avoir appris que les fraudeurs ciblent les femmes divorcées et les veuves.

Selon la présidente saskatchewanaise du Bureau d’éthique commerciale (BBB), ces escrocs visent toutes les personnes vulnérables.

« Ils essayent d’atteindre émotionnellement leurs victimes », explique Karen Smith. « Ce sont d’excellents comédiens. »

La multiplication des sites et des applications de rencontre en ligne a rendu ces arnaques amoureuses de plus en plus faciles. Les victimes aux États-Unis et au Canada ont signalé des pertes de près de 1 milliard de dollars dans les trois dernières années.

Le BBB estime que, à chaque instant, 25 000 fraudeurs sont en train de parler en ligne avec leurs victimes.

Marlene Johnson se souvient que son arnaqueur avait un gros accent et elle ne croit pas qu’il vienne d’Amérique du Nord. Les photos et les vidéos qu’il lui a envoyées provenaient du profil d’un homme qui, à ce jour, ne sait peut-être pas que son identité a été utilisée.

Marlene Johnson dit ne pas avoir été capable de trouver le vrai « Ben » sur Internet.

Elle a toutefois signalé la fraude possible à la police de Saskatoon. Un agent a retenu sa plainte à des fins statistiques, mais il lui a dit qu’il serait difficile de retrouver le coupable.

Remonter la pente après une escroquerie

Marlene Johnson n’a jamais affronté son fraudeur après avoir coupé toute communication en mai. Elle raconte qu’elle était « anéantie » au début.

C’était horrible parce qu’il m’avait promis qu’il viendrait au Canada et que nous étions des âmes sœurs, que nous vivrions ensemble toute notre vie. Tout était si merveilleux.

Marlene Johnson

Maintenant, avec le recul, elle éprouve de la colère. « Ces gens peuvent prendre tout ton argent et ne pas se soucier de la peine qu’ils infligent aux victimes, à moi et à l’homme dont ils ont volé l’identité », déplore Marlene Johnson. « Ils s’en fichent. »

La femme de 62 ans envisageait de prendre sa retraite, mais elle doit désormais travailler au moins jusqu’à 65 ans pour regagner l’argent qu’elle a perdu.

Pour l’aider à se sortir de son traumatisme émotionnel, elle consulte à présent un psychologue et est sur une liste d’attente pour rencontrer un psychiatre.

Marlene Johnson dit parvenir à surmonter cette épreuve. Mais elle veut maintenant faire connaître son histoire pour aider d’autres personnes.

Quant à l’espoir de trouver son âme sœur, elle l'a toujours. Mais elle se tient très loin des rencontres en ligne.

« Il y a tellement de fraudeurs. Comment pourrais-je encore faire confiance à un autre homme? » regrette-t-elle.

Saskatchewan

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