•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Effondrement du pont Morandi : l'Italie déclare l'état d'urgence à Gênes

Le reportage de notre correspondant Jean-François Bélanger.
Radio-Canada

Le gouvernement italien décrète l'état d'urgence pour 12 mois dans la ville de Gênes, au lendemain de l'effondrement du pont Morandi qui a fait au moins 39 morts.

Cette annonce a été faite après une réunion extraordinaire à Gênes du Conseil des ministres, qui a aussi décidé de débloquer 5 millions d'euros (7,5 millions de dollars canadiens) en aide d'urgence et de déclarer une journée de deuil national à une date non encore déterminée. La Ville de Gênes a pour sa part décrété deux jours de deuil.

Sur les lieux de l'effondrement, les équipes de secours, comprenant plus de 400 pompiers, poursuivent leurs fouilles dans l'espoir de retrouver des survivants.

« De gros blocs créent de gros vides. Dans les gros vides, les victimes peuvent survivre », a indiqué Luciano Rocalli, un des chefs des équipes de secours, à notre envoyé spécial Jean-François Bélanger.

Des secouristes et des pompiers fouillent les décombres du pont Morandi.Le pont, construit à la fin des années 1960, s'est rompu sur une longueur de 80 mètres. Photo : Reuters / Stefano Rellandini

L'opération de sauvetage est cependant difficile, puisque la structure est instable. Chaque déplacement de bloc peut mener à l'effondrement du reste du pont.

Environ 500 résidents ont également été évacués en raison des risques d'effondrement sur leurs habitations. Selon plusieurs responsables locaux, ce qui reste du pont devra être détruit et les immeubles en contrebas sont condamnés.

Les déplacements dans la région s’annoncent par ailleurs plus compliqués étant donné que le pont Morandi est fermé, tout comme les routes et les lignes de train passant sous la structure.

Une ville sous le choc

Des résidents de Gênes sont par ailleurs toujours sous le choc, plus de 24 heures après l'effondrement. « On est un peu incrédules parce qu’il [le pont] faisait partie de notre quotidien », a expliqué Karine Perquia, une résidente, à l’émission RDI Matin.

L’heure est au recueillement dans la ville italienne, mais l'inquiétude se fait sentir. « La peur, elle n’existait pas jusqu’à présent. Maintenant, on se pose la question pour les autres ponts parce que tout l’axe routier autour de Gênes, ce sont des ponts », a expliqué Mme Perquia.

De la colère, je pense que ça viendra après. Pour l’instant, c’est vraiment un sentiment de peine pour les familles qui ont perdu des proches.

Karine Perquia, résidente de Gênes

Le bilan s'alourdit

Mercredi, le bilan est passé à au moins 39 morts et plusieurs disparus, selon la protection civile.

« Nous ne pouvons pas exclure qu’il s’alourdisse encore », a ajouté une porte-parole de la police italienne.

Outre les victimes italiennes, quatre Français ont péri lors de la tragédie, ainsi que deux Albanais et trois Chiliens.

Mardi, un tronçon de plusieurs dizaines de mètres du pont Morandi, construit dans les années 60, s'est complètement détaché de la structure pour s'écraser au sol.

Selon les autorités italiennes, plus d'une trentaine de véhicules ont basculé dans le vide et des blocs de la structure se sont abattus 50 mètres en contrebas, dans un secteur industriel comprenant une voie ferrée, des entrepôts et une rivière.

La chute d'un pan de 80 mètres de l'autoroute A10 s'est produite alors qu'un violent orage s'abattait sur la capitale de la Ligurie.

Un conducteur chanceux

Un survivant, le conducteur du camion vert arrêté à quelques mètres du vide donne le vertige, a été chanceux. Le chauffeur italien de 37 ans a raconté au quotidien Corriere della Sera ses quelques minutes d'« enfer ».

« Il pleuvait, il pleuvait beaucoup et il n'était pas possible d'aller vite. Quand une voiture m'a dépassé, j'ai ralenti pour maintenir une certaine distance de sécurité parce que freiner avec cette pluie était impossible, on n'y voyait pas grand-chose », a raconté ce Génois, en état de choc.

À un certain moment, tout a tremblé. La voiture qui se trouvait devant moi a disparu et semblait engloutie par les nuages. J'ai levé les yeux et j'ai vu le pylône du pont tomber.

Le chauffeur italien qui a survécu à l'effondrement

« Instinctivement, quand je me suis trouvé devant le vide, j'ai mis la marche arrière, comme pour essayer d'échapper à cet enfer », a-t-il expliqué, sans pouvoir dire de combien de mètres il a reculé.

Mercredi soir, le camion vert était toujours au bord du vide.

Démission des dirigeants d'Autostrade per Italia

L'effondrement du pont Morandi a par ailleurs suscité la colère du ministre italien des Infrastructures et des Transports, Danilo Toninelli, qui a appelé mercredi à la démission des têtes dirigeantes de la société responsable du pont.

Le gouvernement italien envisage de révoquer la concession routière de la société Autostrade per Italia, filiale du groupe Atlantia, géant du secteur des infrastructures.

La firme devra aussi payer une amende pouvant aller jusqu’à 150 millions d’euros (environ 225 millions de dollars canadiens), a annoncé le ministre des Infrastructures et des Transports sur Facebook.

« Étant donné qu'il y a eu de graves manquements, j'annonce d'ores et déjà que nous avons mis en place toutes les procédures pour le retrait éventuel des concessions et pour imposer des amendes allant jusqu'à 150 millions d'euros », a écrit Danilo Toninelli.

Si [les dirigeants] ne sont pas capables de gérer nos autoroutes, l’État le fera.

Danilo Toninelli, ministre des Infrastructures et des Transports

Le ministre accuse les cadres d’Autostrade per Italia d’imposer les coûts de péage « les plus chers en Europe » tout en payant des concessions « à des prix honteux ».

Dans cette même publication, M. Toninelli annonce également que le gouvernement investira dans la réfection et la restructuration des infrastructures et des artères italiennes.

Il y aura un véritable plan Marshall pour la sécurité de nos infrastructures, dont beaucoup ont été construites dans les années 60 et 70.

Le ministre italien des Infrastructures et des Transports Danilo Toninelli

La société Autostrade per Italia s'est quant à elle défendue mercredi matin en déclarant avoir surveillé le pont Morandi tous les trois mois, comme l'ordonne la loi.

Elle a ajouté avoir mené des vérifications supplémentaires avec de l'équipement sophistiqué et avoir consulté des experts externes. Selon elle, ces mesures constituaient les bases du programme de maintenance du pont, qui a été approuvé par le gouvernement.

Un bouquet composé de différentes fleurs et des chandelles sont posées le long d'une autoroute. En arrière-plan, on peut voir un pont dont une partie est manquante.Un bouquet de fleurs et des chandelles sont posées près du lieu où le pont Morandi à Gènes, en Italie, s'est effondré. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Salvini en profite pour défier l'Europe

Matteo Salvini, le ministre de l'Intérieur et vice-président du Conseil, a dénoncé le fait que le gestionnaire du viaduc autoroutier ait gagné des « milliards d'euros » de droits de péage sans dépenser pour autant les sommes nécessaires pour l'entretien de la structure.

Le chef de la Ligue, le parti d'extrême droite qui gouverne l'Italie dans le cadre d'une coalition avec les antisystèmes du Mouvement 5 Étoiles, a également promis que l'Italie ne laissera pas l'Union européenne (UE) lui dicter ce qu'elle peut ou ne peut pas dépenser au chapitre des infrastructures.

Les normes européennes limitent les dépenses de l'État à 3 % de son PIB.

Au cours des cinq dernières années, 10 ponts se sont effondrés en Italie, selon le quotidien Corriere della Sera.

Les pompiers italiens continuent de faire des survols avec des drones pour cartographier la zone où a eu lieu l’effondrement :

Selon les informations de Jean-François Bélanger

Avec les informations de Associated Press, Reuters, et Agence France-Presse

Accidents et catastrophes

International