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Vente de cannabis : la décision du gouvernement Ford critiquée à Ottawa

Feuille de plant de cannabis.
Du cannabis. Photo: iStock / Yarygin
Radio-Canada

La décision du gouvernement progressiste-conservateur de l'Ontario d'annuler l'ouverture de succursales de la Société ontarienne du cannabis (OCS) au profit du secteur privé ne fait pas l'unanimité dans la région d'Ottawa.

La procureure générale de l'Ontario, Caroline Mulroney, et le ministre des Finances, Vic Fedeli, ont annoncé lundi que lorsqu'elle sera légalisée, le 17 octobre, la marijuana à usage récréatif ne pourra être vendue qu'exclusivement sur le site Internet de l'OCS.

Ce sont des entreprises privées qui se chargeront de la vente du cannabis en magasin, une mesure que la province veut mettre en place d'ici le 1er avril 2019. Ces commerçants devront se procurer leur cannabis auprès de l'OCS, qui agira comme un grossiste.

Lors de son annonce de lundi, le gouvernement Ford a insisté sur le fait que ses priorités sont de protéger les enfants, les citoyens et les gens sur les routes, en plus d'éliminer le crime organisé.

Or, le professeur en criminologie Eugene Oscapella, de l'Université d'Ottawa, est d'avis que cette décision de confier la vente du cannabis au secteur privé permettra au crime organisé de garder une emprise sur la distribution du cannabis, particulièrement pendant la période de vente exclusivement en ligne, qui pourrait s'étirer jusqu'en avril prochain.

J’ai toujours des craintes qu’avec un système de vente privé, il y ait une pression pour vendre autant de cannabis que possible. Donc, il y aurait de la pression, a fait valoir le professeur.

Dans le secteur privé, il y a toujours la pression de vendre plus. C’est comme ça, le capitalisme.

Eugene Oscapella, professeur en criminologie à l'Université d'Ottawa

Le but de légaliser le cannabis n’est pas d’en vendre le plus possible, souligne M. Oscapella, mais plutôt de l’encadrer dans un système conforme à la loi, d’éviter les problèmes liés au crime organisé et de baser les ventes et l’utilisation du cannabis sur des principes de santé publique.

Eugene Escuapella répond aux questions d'une journaliste.L'avocat et professeur au département de criminologie à l’Université d’Ottawa, Eugene Oscapella Photo : Radio-Canada

Des défis pour les municipalités

L'absence de magasins physiques au moment de la légalisation du cannabis soulève de nombreuses questions, particulièrement pour les municipalités, les services de police et les commerces illégaux de cannabis.

La députée d'Ottawa–Vanier à Queen's Park, Nathalie Des Rosiers, attend de voir comment la situation évoluera pour les villes, qui auront en partie à encadrer la vente et la consommation de cannabis.

On peut imaginer que si trop de municipalités décident d’interdire le cannabis, l’objectif d’éliminer le marché noir ne sera pas atteint. C’est une des inquiétudes, a-t-elle affirmé.

Le conseiller municipal du quartier Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, abonde dans le même sens et affirme que la décision du gouvernement provincial l'a surpris.

C’est un bouleversement complet, a-t-il dit. Il demande notamment au gouvernement de clarifier le plus rapidement possible les règlements pour les municipalités.

Toute la pression est mise sur les municipalités de l’Ontario.

Mathieu Fleury, conseiller du quartier Rideau–Vanier

M. Fleury soutient que cette décision crée de la confusion pour le Service de police d’Ottawa et la communauté, une confusion qui se prolongera jusqu’à l'ouverture des détaillants privés.

Mathieu Fleury répond aux questions d'une journaliste.Le conseiller municipal du quartier Rideau–Vanier d'Ottawa, Mathieu Fleury. Photo : Radio-Canada

Service en ligne assez efficace?

Le gouvernement Ford a assuré que son processus de distribution sera rigoureux et que les livraisons seront faites en mains propres aux consommateurs.

Or, ce processus pourrait décourager certaines personnes à faire usage de la voie légale pour se procurer du cannabis, selon Benoit-Claude Briand-Turpin, qui se présente comme bénévole chez Cannabliss, un commerce illégal de marijuana d'Ottawa.

On parlait d’un système de vérification robuste. Ça peut être deux choses : soit les gens ne voudront pas se soumettre au processus de vérification, vont être impatients et vont finir par aller voir une boutique comme nous; soit il y aura des lacunes et plusieurs personnes mineures vont pouvoir avoir accès à du cannabis, a-t-il clamé.

Selon moi, la période d’adaptation risque d’être un peu difficile, tant pour les consommateurs que pour les commerçants et le gouvernement.

Benoit-Claude Briand-Turpin, bénévole chez Cannabliss

La procureure générale Caroline Mulroney n'a pas été en mesure d'expliquer les moyens qui seront pris pour éliminer les commerces illégaux de cannabis. Son gouvernement n'a pas non plus annoncé qui sera responsable des livraisons.

À noter que l'Ontario interdira la consommation de marijuana dans les lieux publics, au travail, en voiture et à bord d'un bateau.

Avec les informations de Guillaume Dumont et Ismaël Sy

Ottawa-Gatineau

Politique provinciale