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La bataille électorale québécoise se déplace sur le terrain des réseaux sociaux

Une personne tape sur le clavier d'un ordinateur et des émoticônes apparaissent sur la photo.

Les partis politiques ciblent désormais leur électorat sur les réseaux sociaux.

Photo : iStock / oatawa

Radio-Canada

Banques d'adresses courriels, applications, stratégies sur les réseaux sociaux : les principaux partis politiques se préparent pour une importante campagne numérique au Québec. Si le Parti libéral du Québec et le Parti québécois ont toujours compté sur une forte base militante, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire se disent armés pour rattraper leur déficit sur le terrain.

Un texte de Romain Schué (Nouvelle fenêtre)

« Traditionnellement, le parti qui l’emportait était celui qui avait la plus grosse machine, afin notamment de faire sortir le vote et de faire du pointage », explique Serge Leathead, le patron de l’agence de publicité montréalaise Upperkut.

Dorénavant, la donne a changé, reprend celui qui a été embauché par le PQ pour établir la stratégie publicitaire du parti, en difficulté selon les sondages, après avoir signé celle, victorieuse, de Projet Montréal l’an passé.

« Maintenant, avec la place des réseaux sociaux et le phénomène de vague, tu peux avoir un sympathisant en début de campagne et à la fin, il n’est plus avec toi », souligne Serge Leathead, dont la firme est l’auteure des pancartes et clips misant sur l’autodérision pour séduire les électeurs.

Plus d’informaticiens engagés

Alors que Justin Trudeau avait déjà utilisé les réseaux sociaux pour remporter les élections fédérales en 2015, tout comme Barack Obama quelques années plus tôt, « ce sera la première fois au Québec que le numérique jouera un rôle aussi important », croit Eric Montigny, politologue à l'Université Laval.

« Ce qu’on a vu de Trudeau, ce n’était que la pointe de l’iceberg. Le plus intéressant, c’était toute l’organisation, avec un travail de stratégie, un ciblage de la clientèle », précise Bruno Guglielminetti, expert en nouvelles technologies, tout en confirmant une montée en puissance dans les partis provinciaux.

« L’argent qu’ils économisent en posant des affiches, c’est de l’argent qu’ils peuvent mettre dans le numérique, le traitement des bases de données. Le PLQ et le PQ l'ont appris ces dernières années et ce n'est pas surprenant de voir leur présence en ce moment sur Internet », ajoute-t-il, alors qu’Éric Montigny assure que les partis « engagent désormais plus d’informaticiens » que d’organisateurs « classiques ».

Le Québec va réellement vivre sa première campagne numérique. Il y aura moins de monde sur le terrain, tout est informatisé. On veut plus d’adresses courriel que de militants.

Éric Montigny, professeur au département de science politique de l'Université Laval

La CAQ forme ses membres

Dans les faits, les quatre principaux partis ont investi ces derniers mois pour cibler leur électorat potentiel. L’an passé, la Coalition avenir Québec a déboursé un million de dollars pour acquérir un outil informatique permettant de centraliser des informations.

« C’est plus qu’un outil de pointage, c’est aussi un outil de gestion de campagne », détaille Brigitte Legault, directrice générale du parti créé en 2011.

Le nombre de membres par partis

  • Parti québécois : 80 000
  • Parti libéral du Québec : 30 000 (en 2017)
  • Québec solidaire : 20 000
  • Coalition avenir Québec : 11 500 (en 2017)

La CAQ, qui dit compter sur une augmentation « à vitesse grand V » de nouveaux membres [le parti refuse de divulguer le nombre exact], espère ainsi rattraper le PQ et le PLQ « qui ont plus d’une longueur d’avance sur nous » au niveau de la base militante.

Avec cette application nommée « Coaliste », la CAQ souhaite « prioriser et maximiser le temps » pour convaincre les Québécois tout au long de la campagne. Quatre formateurs ont par ailleurs été engagés depuis janvier.

« On n’est plus à barricader les militants dans les locaux électoraux. On n’agit pas différemment d’une start-up. Ce n’est pas un secret, si tu ne formes pas les gens, les bénévoles ne savent pas quoi faire », mentionne Brigitte Legault, ajoutant que « des centaines de milliers de dollars » seront aussi dépensées durant cette campagne sur les réseaux sociaux.

« Ça n’a rien à voir avec les dernières élections où on était quasi inexistant », juge-t-elle, en reconnaissant s'inspirer des techniques utilisées ces dernières années aux États-Unis.

QS veut diversifier ses contenus

Alors que le Parti libéral du Québec n’a pas répondu aux demandes de Radio-Canada sur ce sujet, Québec solidaire « prépare quelque chose qui n’a jamais été fait », promet Gabriel Nadeau-Dubois.

« On va avoir de la pub classique, mais la part du lion sera investie sur les réseaux sociaux. Pour nous, c’est plus efficace, on touche une plus grande diversité de personnes », reprend le député de Gouin.

« Il faut rejoindre les jeunes électeurs là où ils sont. Et ils ne sont pas devant le Téléjournal de 18h », affirme Nadeau-Dubois.

QS avait déjà lancé en début d'année une plateforme numérique intitulée Mouvement. Celle-ci permet notamment aux sympathisants du parti de se réunir, sans demander l'aval de la direction du parti.

« C'est une réussite », clame Gabriel Nadeau-Dubois.

Près de 4000 personnes seraient inscrites et « 1000 événements, que ce soit des assemblées de cuisine, des soirées, du pointage, des conférences ou du tractage », ont été organisés un peu partout au Québec, reprend le porte-parole de QS.

Le PQ promeut le terrain

Au Parti québécois, qui s’est lui aussi doté au printemps d’une « Force bleue » comparée à l’époque à une « machine de guerre », le terrain sera cependant privilégié, jure-t-on au sein du parti de Jean-François Lisée, qui pointe au deuxième rang des chefs au niveau des abonnés sur les réseaux sociaux.

« On garde un bon noyau de supporters, estime le député Mathieu Traversy. On n’échappe pas au virage numérique, mais on reste très attaché au lien traditionnel, au porte-à-porte, à cette connexion privilégiée. »

La « Véromobile », un véhicule au nom de Véronique Hivon, vice-chef du parti, fera ainsi une tournée dans toute la province, clame Mathieu Traversy.

Il ne faut pas que le politique se déconnecte des discussions avec les citoyens. Il faut leur parler, les écouter pour en apprendre davantage. On ne veut pas perdre ce lien, c’est notre base électorale.

Mathieu Traversy, député du PQ

Au PLQ, qui compterait près de 30 000 membres [le parti refuse de fournir une mise à jour des chiffres], on abonde dans le même sens. « La force du nombre est indéniable » et « le niveau d'implication l'est tout autant », juge Catherine Maurice, porte-parole du parti, en évoquant des adhérents « très actifs ».

Convaincre le « consommateur »

Cette base militante pourrait même être décisive, estiment élus et experts.

« Nous, on n’aura besoin de payer personne pour poser des pancartes. Dans des circonscriptions serrées, le nombre de militants sur le terrain peut faire la différence », affirme Gabriel Nadeau-Dubois, en évoquant notamment la chaude lutte dans la circonscription de Taschereau.

« Le marketing ne suffit pas, confirme Martin Pâquet, spécialiste en histoire politique à l’Université Laval. Il faut s’assurer que le consommateur achètera le produit. Les gens ont encore tendance à voter pour ceux qu’ils connaissent. La présence sur le terrain reste très importante. »

Le numérique, complète Bruno Guglielminetti, permet de « faire rayonner » un chef, « mais un candidat doit aller dans les centres communautaires, participer à des épluchettes de blé d’Inde, faire des photos ».

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