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Bernard Trépanier, personnage-clé de la commission Charbonneau, est mort

Bernard Trépanier
Bernard Trépanier durant la commission Charbonneau Photo: Radio-Canada

L'ancien directeur du financement d'Union Montréal – le parti de l'ex-maire Gérald Tremblay – Bernard Trépanier est mort. Surnommé « Monsieur 3 % » en raison des commissions qu'il aurait réclamées à l'époque au nom du parti du maire Tremblay, M. Trépanier a rendu l'âme un peu plus de deux mois après l'abandon des poursuites intentées contre lui.

Son avocat et ami, Daniel Rock, a confirmé la nouvelle à Radio-Canada, mardi.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) avait décidé, en juin dernier, d’abandonner les poursuites intentées contre M. Trépanier en raison de son état de santé précaire. Il souffrait d’un cancer et d’une maladie pulmonaire chronique qui l’empêchaient d’assister à ses procès.

Bernard Trépanier devait être jugé dans le cadre de deux procès : l’un pour son implication présumée dans le scandale du Faubourg Contrecoeur et l’autre pour des accusations de fraude et de corruption liées à un système de partage des contrats municipaux. Ce dernier stratagème mettait en cause des firmes de génie-conseil, des fonctionnaires et des élus de la Ville de Montréal.

L’avocate au dossier avait à ce moment indiqué à la Cour que M. Trépanier était en fin de vie et qu’il recevait des soins palliatifs.

Collusion à Montréal

Bernard Trépanier avait été arrêté par l’Unité permanente anticorruption (UPAC), en septembre 2017, dans le cadre de l’opération « Fronde ». L’UPAC avait procédé à l’arrestation de sept autres personnes, soit l’ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino, l’ex-directeur de la réalisation des travaux à la Ville de Montréal Robert Marcil et cinq dirigeants des firmes de génie-conseil Cima+, SM et HBA Technika.

L'UPAC prétendait que les huit hommes étaient impliqués dans un stratagème de collusion dans l’attribution d’une trentaine de contrats d'ingénierie, d'une valeur de 160 millions de dollars, octroyés par la Ville de Montréal entre 2001 et 2009.

M. Trépanier avait plaidé non coupable aux accusations qui pesaient contre lui (fraude, complot, abus de confiance et fraude envers le gouvernement), mais il avait admis devant la commission Charbonneau qu’un système de partage des contrats municipaux avait été mis en place à Montréal.

Selon des témoignages présentés devant la commission Charbonneau, Bernard Trépanier était surnommé « Monsieur 3 % » en raison d'une ristourne de 3 % qu'il exigeait des soumissionnaires pour engraisser les coffres du parti de Gérald Tremblay. Ces ristournes étaient exigées lors de l'attribution de contrats municipaux aux firmes de génie et de construction.

Le scandale du Faubourg Contrecoeur

Également arrêté en mai 2012 par l’escouade Marteau avec huit autres personnes dans le cadre de l’enquête de l’UPAC sur le scandale du Faubourg Contrecoeur, Bernard Trépanier avait plus tard demandé et obtenu de subir un procès séparé en raison de son état de santé qui se détériorait. Un état de santé précaire n’a d’ailleurs jamais permis à la cour de fixer une date pour la tenue de ce procès.

Dans cette deuxième affaire, l'ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino et l'entrepreneur Paolo Catania ont été acquittés le 2 mai dernier des accusations de fraude, d'abus de confiance et de complot qui pesaient contre eux.

La firme Construction Frank Catania et associés, de même que quatre employés qui travaillaient pour elle au moment des faits allégués, ont aussi été blanchis des accusations de fraude et de complot auxquelles ils faisaient face.

Une carrière politique dans l’ombre

L'ex-argentier d'Union Montréal a d'abord été initié à la politique en travaillant comme attaché politique pour différents ministres conservateurs du gouvernement Mulroney, de 1984 et 1987.

En 1989, Bernard Trépanier commence à faire de l'organisation politique pour Frank Zampino dans Saint-Léonard. Il a toujours travaillé pour Frank Zampino par la suite, mais à titre de « bénévole », selon son témoignage devant la commission Charbonneau. Il y expliquait avoir développé une relation d'amitié avec M. Zampino.

De son propre aveu, M. Trépanier a travaillé bénévolement pour l'équipe de Gilles Vaillancourt lors de sa première course à la mairie de Laval.

Dans les années 1990, il travaille à titre d’organisateur politique – comme « faux bénévole » – dans plusieurs municipalités de la Rive-Nord, toujours selon son témoignage devant la commission Charbonneau. Il a notamment travaillé pour Bernard Paquet dans le cadre d'élections dans Saint-Laurent, pour Denis Germain et Marc Gascon à Saint-Jérôme et en partie aussi pour Georges Dubois à Boisbriand.

M. Trépanier a révélé devant la commission que les élections dans ces municipalités à cette époque étaient des élections « clés en main », c’est-à-dire que des firmes d'ingénieurs, des cabinets d'avocats et des entrepreneurs locaux « misaient » sur des équipes électorales dans le but « d'obtenir des mandats » de la Ville.

L'argentier d'Union Montréal

Bernard Trépanier a ensuite occupé le poste de directeur du financement d’Union Montréal, du printemps 2004 à février 2006. Il avait alors été congédié par le maire Tremblay pour avoir tenté d'extorquer un million de dollars à un promoteur. Le maire Tremblay avait réglé le dossier à l’interne à l’époque et il n’a jamais remis de lettre de congédiement à M. Trépanier, qui a quitté le parti avec quatre mois de salaire et une prime de 25 000 $.

M. Trépanier avait néanmoins continué de récolter des dons pour Union Montréal dans les années subséquentes, selon le témoignage de l’ancien représentant officiel du parti, Marc Deschamps, à la commission Charbonneau. M. Deschamps a même signé de nouveaux certificats de solliciteur pour M. Trépanier en 2007, 2008 et 2009.

M. Trépanier devient le deuxième coaccusé dans l’affaire du Faubourg Contrecoeur à mourir avant de subir son procès. L’ancien chef de cabinet du maire Tremblay et président de la SHDM, Martial Filion, est mort d’une crise cardiaque à l’âge de 59 ans en février 2013. Il avait également travaillé dans les cabinets de l’ancien premier ministre du Québec Robert Bourassa et de l’ancien chef du Parti libéral du Québec, Claude Ryan.

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