•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Terres protégées : le Nouveau-Brunswick retourne à la case départ

Industrie forestière. Billes de bois en forêt.

Bois coupé

Photo : Radio-Canada / ICI Radio-Canada

Radio-Canada

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a l'intention de rétablir le taux de terres de la Couronne protégées qui avait été réduit en 2014.

Le gouvernement Gallant compte augmenter de 150 000 acres sur cinq ans les aires protégées sur les terres de la Couronne, à la suite d’une révision du plan forestier de 2014.

Le gouvernement progressiste-conservateur précédent, dans son plan annoncé en 2014, avait réduit de 28 % à 23 % la surface des terres publiques où l'exploitation forestière est interdite. La province avait aussi accordé une plus grande allocation de bois aux grandes forestières. En échange, ces dernières s'étaient engagées à investir et à créer des emplois.

Les allocations ne changeront pas à la suite de la révision du plan de 2014, indique le ministre du Développement de l’énergie et des ressources, Rick Doucet. Son gouvernement avait déjà expliqué en 2015 qu’il n’était pas question de revoir les contrats conclus avec les forestières.

Le ministre Doucet n’a pas précisé comment son gouvernement compte respecter les allocations accordées tout en augmentant la proportion de terres protégées.

Fredericton veut faire plus avec moins, selon un expert

Michel Soucy, professeur à l’École de foresterie de l’Université de Moncton à Edmundston, se demande comment la province pourra conserver plus de terres tout en maintenant les allocations de bois.

C’est un très bel objectif de vouloir protéger, conserver un plus grand territoire. Ce n’est pas une petite annonce. C’est énorme qu’on veut sur le territoire qui ne sera pas conservé, en d’autres mots, faire plus avec moins. C’est facile à dire, mais ce n’est pas toujours facile à faire. L’objectif est toujours de ne pas manquer de bois, et c’est là où ce n’est pas facile, explique Michel Soucy.

J. D Irving surprise et inquiète

La nouvelle estune surprise préoccupante en l’absence de toute consultation, affirme Jason Limongelli, vice-président de la forestière J. D. Irving, par voie de communiqué.

Un chariot élévateur soulève du bois d'oeuvre à l'extérieur de l'usineAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Du bois-d'oeuvre prêt à être exporté à la scierie de J.D. Irving à Saint-Léonard (N.-B.).

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

M. Limongelli presse le gouvernement d’entreprendre une révision des faits en tenant mieux compte des citoyens, des entreprises et des communautés de la province qui dépendent du secteur forestier. Fredericton devrait aussi tenir compte des efforts volontaires de recherche et de conservation dans les habitats forestiers.

J. D. Irving a investi plus de 450 millions de dollars depuis 2014 pour moderniser ses installations et ses activités, et améliorer la formation de ses travailleurs, ajoute M. Limongelli. Ces investissements dépendent d’un approvisionnement en bois croissant et concurrentiel, souligne-t-il.

Trop peu, trop tard, juge l’opposition

David Coon, chef du Parti vert, affirme que cette annonce est trop peu, trop tard. M. Gallant a pris trop de temps.

David Coon en entrevueAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

David Coon, chef du Parti vert du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada

En refusant d’intervenir plus tôt lors de son mandat, le gouvernement Gallant aurait causé des dommages importants et irréversibles à l’environnement forestier, juge le député Coon.

Il soutient d’ailleurs que ce n’est pas avec de telles mesures que le gouvernement sera en mesure de convaincre les Américains de retirer leurs droits sur les produits forestiers néo-brunswickois.

Jeannot Volpé, ancien député et ministre progressiste-conservateur.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jeannot Volpé soutient que la prise de position de Blaine Higgs doit être remise dans le contexte de l'époque.

Photo : Radio-Canada / Kassandra Nadeau

Jeannot Volpé, candidat progressiste-conservateur dans la circonscription de Madawaska-Les-Lacs-Edmundston, était ministre des Ressources naturelles sous le gouvernement de Bernard Lord.

Invité à réagir, il abonde dans le même sens que David Coon. Selon lui, cette annonce survient trop peu de temps avant les élections.

C’est un petit peu ironique qu’à une semaine des élections, ils reprennent le même engagement, alors qu’ils n’ont rien fait pendant quatre ans.

Jeannot Volpé, candidat progressiste-conservateur pour la circonscription de Madawaska-Les-Lacs-Edmundston

Si M. Gallant voulait remédier à la situation, il avait quatre ans pour le faire, lance-t-il.

Jeannot Volpé souligne au passage qu’il faudrait réviser la loi sur les terres de la Couronne adoptée dans les années 1980. Ça fait presque 40 ans [...] je pense qu’il y a tellement de choses qui ont changé dans la gestion de nos forêts.

Une révision d'un plan de 2014

Le rétablissement du taux de terres de la Couronne protégées fait partie d’une révision du plan de 2014. Le gouvernement Gallant espère convaincre les autorités américaines de rétablir l’exemption de droits compensatoires et antidumping dont la province bénéficiait sur le bois d’oeuvre exporté aux États-Unis.

Le Nouveau-Brunswick est la seule province de l’Atlantique non exemptée des droits imposés par les États-Unis l’automne dernier.

Une coalition de sociétés américaines exerçait une pression sur le département américain du Commerce pour qu’il impose ces droits au Nouveau-Brunswick. La coalition jugeait qu'une augmentation progressive des allocations de bois sur les terres de la Couronne depuis 2003 avantageait injustement les forestières du Nouveau-Brunswick, et que le plan forestier de 2014 accentuait cette augmentation.

Michel Soucy en entrevueAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Michel Soucy, professeur d'économie forestière, Université de Moncton

Photo : Radio-Canada

Je crois que oui, le plan de 2014 a contribué à donner des arguments à l’industrie américaine, des États-Unis, pour essayer de trouver une façon de nous imposer ces taxes-là comme aux autres provinces canadiennes. Ç'a contribué à leur donner de bons arguments parce que ç'a une apparence de : est-ce que le gouvernement subventionne indûment l’industrie forestière du Nouveau-Brunswick?, estime le professeur Soucy.

Michel Soucy doute que les mesures annoncées mardi suffisent à convaincre les autorités américaines à revenir sur leur décision.

« Ça devrait éliminer quelques-uns des arguments, mais j’ai de la difficulté à voir que ça change énormément la situation, dit-il. Ça va être une négociation qui va être quand même difficile d’essayer de récupérer ce statut d’exemption parce qu’une fois qu’on l’est imposé on fait partie du même lot, et je n’ai pas d’indication qu’ils sont ouverts aux États-Unis à nous séparer du lot à nouveau. »

Nouveau-Brunswick

Protection des écosystèmes